L’IATA, CANSO et ACI World ont annoncé le 28 juillet 2026 une initiative conjointe destinée à réduire le risque d’incursions sur piste, un phénomène rare mais potentiellement dramatique pour la sécurité aérienne.
Le dispositif s’inscrit dans la continuité des plans d’action de l’OACI et mise sur une meilleure remontée des données, des équipes locales de sécurité renforcées et un partage plus large des retours d’expérience.
Une réponse commune à un risque bien identifié
L’Association du transport aérien international (IATA), la Civil Air Navigation Services Organisation (CANSO) et Airports Council International (ACI) ont lancé une initiative conjointe pour mieux prévenir les incursions sur piste, définies comme la présence incorrecte d’un avion, d’un véhicule ou d’une personne sur une piste ou dans sa zone protégée. Dans son communiqué, IATA rappelle que ces événements figurent dans ses rapports annuels de sécurité et que plusieurs incursions récentes ont eu des conséquences mortelles.
Cette démarche illustre un constat désormais largement partagé dans l’industrie : la sécurité des pistes ne relève pas d’un seul acteur, mais d’une chaîne complète allant des compagnies aériennes aux aéroports, en passant par les prestataires de navigation aérienne, les régulateurs et les personnels de première ligne. L’OACI souligne d’ailleurs que son objectif stratégique 2026-2050 vise à atteindre un taux nul de mortalité liée aux accidents et incidents d’aviation, ce qui impose de nouvelles mesures et une coopération renforcée.
Trois axes de travail
L’initiative repose sur trois priorités : améliorer le signalement et la collecte des données, renforcer les équipes locales de sécurité des pistes, et partager plus largement les progrès ainsi que les enseignements tirés des opérations. L’enjeu est de mieux capter les incidents, les quasi-accidents, les événements précurseurs et les observations de terrain afin d’intervenir plus tôt.
Les équipes locales de sécurité des pistes sont présentées comme le forum central où compagnies, aéroports, contrôleurs aériens et autres parties prenantes peuvent analyser les risques locaux et arrêter des actions coordonnées. Cette approche correspond à la logique déjà défendue par l’OACI dans son manuel sur la prévention des incursions de piste, qui insiste sur la collecte d’incidents, l’analyse des causes et les mesures de mitigation au niveau local.
Une initiative adossée à des outils existants
L’annonce ne part pas d’une feuille blanche : elle s’inscrit dans le prolongement du Global Action Plan for the Prevention of Runway Incursions (GAPPRI), développé avec l’OACI, EUROCONTROL et la Flight Safety Foundation, ainsi que du Global Runway Safety Action Plan de l’OACI, dont la deuxième édition a été publiée en 2024.
Les trois organisations entendent aussi s’appuyer sur des outils déjà disponibles, comme la Runway Safety Team Implementation Package d’ACI, la Runway Safety Checklist co-développée par ACI et CANSO, l’outil d’évaluation du risque d’incursion d’IATA, les analyses GAPPRI et les audits IOSA, qui permettent de vérifier les évaluations et les mesures d’atténuation mises en place par les compagnies.
Un risque rare mais potentiellement grave
La prudence reste de mise : si les incursions sur piste sont relativement rares au regard du volume total des opérations, elles comptent parmi les événements les plus sensibles en matière de sécurité. Le manuel de l’OACI consacré à la prévention des incursions rappelle que la prévention passe par la gestion conjointe des communications, des mouvements sur l’aire de manœuvre, de l’exploitation aéroportuaire et du contrôle aérien.
Dans son Executive Summary 2025, l’IATA indique que les opérations au sol et les phases critiques du vol demeurent au cœur des enjeux de sécurité, avec une concentration des risques sur le décollage, l’atterrissage et les opérations de surface. Le document met aussi en avant des vulnérabilités persistantes sur les événements rares mais à fort impact, ce qui éclaire directement le sens de cette nouvelle initiative.
Pour Nick Creen, vice‑président senior en charge des opérations, de la sécurité et de la sûreté à l’IATA : « L’avion est le moyen de transport longue distance le plus sûr. Pour conserver ce niveau, il faut une amélioration continue, des normes mondiales, des données fiables et une collaboration étroite. Cette initiative permet d’identifier plus tôt les risques de piste et de prendre des mesures coordonnées. »
« La sécurité des pistes repose sur une communication claire et des décisions coordonnées dans tout l’aéroport. Des équipes locales solides réunissent contrôleurs, aéroports et compagnies pour identifier les risques et agir concrètement », ajoute Andrea Sack, vice‑présidente senior en charge des opérations mondiales chez CANSO.
« Les aéroports sont au cœur de ce défi, là où tout le système aérien converge. La connaissance du terrain et une collaboration durable transforment les recommandations de sécurité en réductions tangibles du risque », conclut Darryl Dowd, vice‑président en charge de la sécurité, de la sûreté et des opérations d’ACI World.

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