Depuis 2004, Jérôme Caro dirige Tabbagh Travel Service, une agence de voyages francilienne fondée en 1950. Sous cette enseigne, il développe deux marques : Destino Mundo et 37 Sud. Cet ancien auditeur financier a fait du voyage de groupe — parfois jusqu’à 300 participants — la colonne vertébrale de son activité. Portrait d’un professionnel du voyage discret mais ambitieux, dans un métier où chaque déplacement collectif se prépare comme une opération de précision.
La complexité cachée du voyage de groupe
Derrière l’apparente simplicité d’un voyage de groupe organisé et livré clé en main se cache une mécanique bien plus délicate à orchestrer qu’un voyage individuel. Premier obstacle : le transport aérien. Pour acheminer plusieurs centaines de voyageurs, l’agence doit composer avec plusieurs compagnies aériennes et répartir les passagers selon la hiérarchie de l’entreprise cliente. « En général, dans ce type d’entreprises, il y a plusieurs strates hiérarchiques : les patrons, puis le management intermédiaire, qui voyagent en vol direct, et les employés ensuite qui se déplacent avec des vols avec correspondance », moins onéreux, détaille Jérôme Caro.
Sur une destination comme New York, desservie par de nombreux vols quotidiens depuis la France, la marge de manœuvre reste confortable ; elle se resserre davantage sur Miami, largement moins bien desservie. La même logique de répartition s’applique ensuite à l’hôtellerie, où trouver suffisamment de chambres disponibles au même endroit et à la même date relève parfois du casse-tête.
Une prise de risque assumée en amont
Mais la principale difficulté, selon Jérôme Caro, réside ailleurs : dans la prise de risque financier que l’agence doit assumer bien avant que le voyage de groupe organisé ne soit vendu.
En tant qu’agence agréée IATA, Tabbagh Travel Service achète elle-même ses billets et négocie directement les places auprès des compagnies aériennes, parfois un an à l’avance, pour garantir les meilleurs tarifs. « Parfois, les clients nous “commandent” des voyages de groupe mais ne veulent pas s’engager : ils ne signent le contrat qu’une fois qu’ils ont réuni leurs 30 participants. Nous, en revanche, on est obligés de s’engager un an à l’avance pour avoir les meilleurs tarifs auprès des compagnies aériennes et des hôtels : c’est nous qui posons les acomptes pour garantir les meilleures conditions », explique le dirigeant.
Cette prise de risque rapproche de fait Tabbagh Travel Service du métier de tour-opérateur plus que de celui d’une simple agence de voyages. « C’est pour ça qu’en réalité on fait le métier d’un tour-opérateur, sans en être un au sens d’un gros TUI ou d’un Nouvelles Frontières, qui eux sont sur du marché de masse », résume Jérôme Caro.
Nombre de collectivités clientes ne s’engagent elles-mêmes qu’une fois leurs inscriptions de participants connues, laissant Tabbagh Travel Service porter seule l’incertitude financière en amont : « On doit s’engager pour elles en amont, et elles ne s’en rendent pas toujours compte. »
Le choix des partenaires locaux, clé du sur-mesure
Cette spécialité du voyage organisé se joue avant tout dans le choix des partenaires locaux. « On mise beaucoup sur nos correspondants sur place, avec qui on travaille depuis de nombreuses années, et qui assurent un suivi et un service sur mesure — c’est aussi ce qu’on vend à nos clients », explique Jérôme Caro. « On n’est pas parmi les plus gros tour-opérateurs, mais on assure une qualité de service et un suivi assez important », précise-t-il, en insistant sur la volonté de sortir de la standardisation des programmes pour adapter chaque voyage au profil du client.
Des groupes jusqu’à 300 personnes, toujours sur mesure
Cette approche du sur-mesure n’empêche pas Tabbagh Travel Service, à travers les plateformes Destino Mundo et 37 Sud, de gérer des voyages de groupes de grande envergure : Jérôme Caro évoque notamment des déplacements de 300 personnes, dont un combinant Miami et New York.
Dans ces cas de figure, la destination n’est jamais imposée par l’agence : « En général, c’est le client qui a déjà une idée de ce qu’il veut, parce qu’il a toujours un “décideur” qui a un choix, voire deux, en tête pour imposer la destination », note-t-il. L’agence intervient ensuite pour ajuster le programme en fonction de la saisonnalité, des tarifs, du budget et de la capacité d’accueil des prestataires sur place.
Une responsabilité sociétale concrète
Au-delà du sur-mesure, Jérôme Caro met aussi en avant une forme de vigilance qu’il qualifie de « coresponsabilité ». « Le tourisme responsable, pour nous, c’est surtout vérifier que sur place, nos prestataires paient correctement leurs guides, qu’il n’y a pas de travail au noir, que les bus ne sont pas des carcasses polluante. C’est la base », explique-t-il, évoquant une démarche proche de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
Un parcours qui commence loin des agences de voyages
Rien ne prédestinait Jérôme Caro à diriger une agence de voyages. Formé à la comptabilité et à l’audit, il termine son expérience professionnelle à Washington avant de bifurquer, avec un ami, vers le tourisme, jugé « plus fun que la compta ».
Les deux hommes démarchent alors des entreprises pour organiser des week-ends de ski destinés à leurs salariés, une pratique très en vogue à l’époque au titre de l’incentive. Le métier de voyagiste étant réglementé, il leur faut une licence pour exercer. Les deux amis s’associent alors, avec un contrat d’apprentissage, et ouvrent un premier point de vente à Aubervilliers. En 2002, ils lancent leur premier site internet, baptisé CroqueVacances.com.
En 2004, Joseph Tabbagh, fondateur de Tabbagh Travel Service, souhaite prendre sa retraite et cède l’agence à Jérôme Caro. Depuis, l’ancien auditeur financier reconverti voyagiste est seul à la tête de la structure, qui a déménagé plusieurs fois : d’Aubervilliers vers l’Opéra, puis Saint-Lazare, avant Boulogne-Billancourt avec la crise du Covid. Plus récemment, il a racheté un local commercial aux Batignolles.
Une maison, deux marques
Aujourd’hui, l’activité de Jérôme Caro se répartit entre deux marques : Destino Mundo et 37 Sud. Tabbagh Travel Service reste l’agence historique, créée par Joseph Tabbagh en 1950 — l’une des plus anciennes agences encore en activité en Île-de-France.
Il y a deux ans, Jérôme Caro a racheté 37 Sud, qu’il développe activement pour son activité de voyages de groupes. « Les deux marques font la même chose : la vente de voyages sur mesure pour les groupes. Tabbagh Travel, c’est la marque historique… on la garde par nostalgie, mais on commercialise de plus en plus sous la marque 37 Sud », explique Jérôme Caro.
Sur internet, l’agence de voyages conserve également le site Destino Mundo, qui assure la vente de voyages individuels, qui ne représente toutefois plus que 30 % du chiffre d’affaires de Tabbagh Travel Service. Les 70 % restants proviennent des voyages de groupe (comités d’entreprise, associations de retraités ou collectivités locales).
Deux continents à conquérir, et une passion pour la moto
Sur le plan commercial, Jérôme Caro concentre aujourd’hui son développement sur deux zones : l’Amérique du Sud et l’Asie. « Il y a plus de concurrence sur l’Asie, mais les tarifs y restent plus abordables. Le problème de l’Amérique du Sud, c’est que les vols et les prestations sur place coûtent très cher — c’est plus compliqué à vendre », reconnaît-il, avant de confier son attachement personnel pour ce continent : « Moi, j’adore l’Amérique du Sud, c’est vivant. »
Fin connaisseur des États-Unis, Jérôme Caro organise également depuis une quinzaine d’années des circuits à moto à travers le pays des cow-boys. Cinq itinéraires en Harley-Davidson sont proposés, de 10 à 15 jours, pour des groupes de 15 à 20 clients, encadrés par un accompagnateur et un van d’assistance. Parmi les parcours phares : la Route 66, la route de la musique entre Chicago et La Nouvelle-Orléans, les grands parcs nationaux de l’Ouest américain, la Route 1 le long de la côte californienne, ou encore les Keys, au sud de Miami. Un budget conséquent, de l’ordre de 5 000 à 6 000 euros par personne, pour des voyages dont la difficulté, selon Jérôme Caro, n’est pas de convaincre les amateurs de moto, mais bien de faire connaître l’offre au grand public.

Jéerôme Caro @DestinoMundo/DR
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