À la suite de l’accord de rachat d’easyJet par Apollo Global Management, le syndicat britannique BALPA entend peser sur la future gouvernance de la compagnie. Emploi, retraites, conditions de travail et gestion de la fatigue figurent en première ligne, dans un dossier où les contraintes de contrôle européen du transporteur seront tout aussi déterminantes.
La bataille boursière est terminée, mais le dialogue social commence. La British Airline Pilots’ Association (BALPA), syndicat reconnu des pilotes d’easyJet au Royaume-Uni, a annoncé qu’elle travaillerait avec Apollo Global Management et la direction de la compagnie durant le processus de reprise, puis après son éventuelle finalisation. Le fonds américain Apollo a conclu un accord pour acquérir easyJet dans le cadre d’une offre en numéraire de 715 pence par action, valorisant la low cost britannique à environ 5,7 milliards de livres sterling (6,7 milliards d’euros). Cette proposition l’a emporté après le retrait de l’investisseur Castlelake, qui avait lui aussi manifesté son intérêt pour le transporteur.
BALPA veut placer les pilotes au centre du processus
Pour le syndicat, le changement d’actionnaire ne doit pas se traduire par un recul des garanties collectives. Chris Jones, directeur des relations sociales et de la politique de l’emploi chez BALPA, insiste sur le rôle de représentation de l’organisation : « En tant que syndicat reconnu des pilotes de ligne d’easyJet, BALPA veillera à ce que les priorités et les préoccupations de ses membres soient entendues pendant le processus de reprise et au-delà », a-t-il déclaré dans un communiqué du syndicat.
BALPA précise que sa priorité demeure la défense et l’amélioration des conditions de travail des pilotes, « dans le cadre de l’exploitation continue, sûre et professionnelle de la compagnie ». Le syndicat cite explicitement la sécurité de l’emploi, les retraites, la fatigue ainsi qu’un dialogue substantiel avec les pilotes parmi les sujets qu’il portera auprès d’Apollo et d’easyJet.
La référence à la fatigue n’a rien d’anecdotique dans une compagnie fondée sur une forte utilisation quotidienne des avions, des rotations rapides et un réseau européen dense. Elle renvoie à la gestion des temps de service, des périodes de repos, des réserves et de la déclaration d’inaptitude liée à la fatigue — des paramètres qui relèvent à la fois du dialogue social et du système de gestion des risques de l’opérateur.
Apollo affiche la continuité opérationnelle
Apollo a jusqu’ici défendu une stratégie de continuité plutôt que de rupture : maintien de la marque easyJet, poursuite du renouvellement de la flotte et de la montée en capacité, développement des revenus annexes et accélération d’easyJet Holidays. Le fonds a également mis en avant l’importance de conserver les compétences clés de la compagnie.
Sur le plan industriel, l’enjeu est considérable. EasyJet exploitait 356 appareils à la fin du premier semestre 2026, après le retrait de trois A319 et l’arrivée de quatre Airbus de la famille A320neo. La modernisation et le redimensionnement de la flotte constituent un levier majeur : les appareils de nouvelle génération permettent à la fois d’accroître le nombre de sièges par vol et de réduire la consommation de carburant par siège.
L’acquéreur a déclaré ne pas prévoir de suppressions d’emplois pendant les douze premiers mois suivant la réalisation de l’opération, tout en signalant que la sortie de Bourse pourrait affecter un nombre limité de fonctions directement liées au statut de société cotée. Cette promesse, limitée dans le temps, explique en partie la volonté de BALPA d’encadrer dès maintenant les discussions sur l’emploi et les régimes de retraite.
Un montage sous surveillance réglementaire
La transaction n’est pas encore achevée. Elle doit notamment recueillir l’approbation des actionnaires et des autorités compétentes, avec une échéance envisagée à la fin du premier trimestre 2027.
Le point le plus sensible réside dans les règles de propriété et de contrôle applicables aux compagnies aériennes européennes. Pour préserver les droits de trafic d’easyJet dans l’Union européenne, la structure envisagée plafonnerait la part des fonds Apollo à 49,9%, tandis que la famille du fondateur Stelios Haji-Ioannou et d’autres actionnaires conserveraient entre 45,1% et 49,9% du véhicule d’acquisition ; un trust de gestion européen pourrait détenir jusqu’à 5%.

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