Les compagnies aériennes russes auraient reçu pour instruction d’empêcher leurs équipages de prendre et de diffuser des photos ou vidéos réalisées depuis un avion en vol.

Cette nouvelle consigne, qui s’inscrit dans le durcissement de la sécurité autour de Moscou face à la menace des drones, viserait en particulier les images de l’espace aérien et des événements observés depuis le cockpit.

Les images de lever de soleil au-dessus des nuages, de trafic croisé ou d’approches spectaculaires publiées par des pilotes russes sur les réseaux sociaux pourraient bientôt se raréfier. Selon la chaîne Telegram spécialisée Aviatorshchina, les compagnies aériennes russes ont commencé à informer leurs personnels navigants d’une interdiction de photographier ou filmer pendant l’exécution des vols, ainsi que de publier ces contenus sur Internet.

La mesure aurait été décidée à l’issue d’une réunion tenue à la mi-juillet sous la présidence de Vladimir Poteshkin, vice-ministre russe des Transports chargé de l’aviation. Les compagnies auraient reçu la consigne d’organiser des briefings complémentaires auprès de leurs équipages. Il leur serait rappelé qu’il est interdit de fixer, en photo ou en vidéo, « des objets dans l’espace aérien et des événements se produisant depuis le bord d’un aéronef », puis de diffuser ces images en ligne, selon Aviatorshchina.

Cette information, également reprise par le média régional russe Amur.life, n’a pas, à ce stade, été accompagnée de la publication d’un arrêté ou d’une circulaire détaillant formellement son périmètre, ses exceptions éventuelles ou les sanctions disciplinaires applicables.

Une mesure au croisement de la sûreté et de la sécurité des vols

Dans le monde aérien, la prise d’images depuis un poste de pilotage n’est jamais une question anodine. Elle peut relever, selon les cas, de la discipline opérationnelle — éviter toute distraction —, de la confidentialité des procédures ou de considérations de sûreté.

Les phases critiques du vol sont déjà soumises au principe de la « cabine stérile » : les pilotes doivent alors se concentrer exclusivement sur la conduite de l’avion et les communications opérationnelles. En Russie, S7 Airlines avait ainsi annoncé en février l’interdiction pour ses équipages de réaliser des photos ou vidéos lors du roulage, du décollage et de l’atterrissage, tout en proscrivant les contenus de divertissement pendant le travail.

Un précédent avait également marqué le secteur fin 2024 : S7 avait ouvert une enquête après la diffusion d’une photographie montrant un pilote visionnant une course de Formule 1 dans le cockpit d’un Airbus A321. La compagnie avait rappelé que les règles de cabine stérile s’appliquaient jusqu’à 3 000 mètres d’altitude, avec interdiction des activités étrangères à la conduite du vol lors des phases les plus sensibles. « Les procédures de “cabine stérile” […] s’étendent jusqu’à une altitude de 3 000 mètres », avait alors indiqué S7, citée par Kommersant.

La nouvelle instruction rapportée semble toutefois aller plus loin. Elle ne viserait plus seulement le risque de distraction en cockpit, mais aussi la captation d’éléments visibles à l’extérieur de l’appareil — trafic aérien, dispositifs de défense, activité inhabituelle dans l’espace aérien ou au sol — et leur diffusion publique.

Moscou sous pression de la menace des drones

Cette initiative intervient dans un contexte de restrictions inhabituelles dans la région de Moscou, où la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a fait de l’espace aérien un enjeu de sécurité accru. Les autorités russes font régulièrement état d’attaques de drones ukrainiens et suspendent ponctuellement les opérations dans les aéroports de la capitale.

L’interdiction de filmer depuis le cockpit ne change pas, en elle-même, les procédures de pilotage ni les moyens officiels de surveillance aérienne. Elle traduit néanmoins une volonté de mieux contrôler les images circulant publiquement sur les mouvements et les événements observables depuis les avions de ligne.

Russie : les pilotes priés de ne plus filmer depuis le cockpit 1 Air Journal

©Boeing