Airlink a retiré sa demande pour un troisième survol en formation avant le match de rugby Afrique du Sud–Nouvelle-Zélande prévu samedi au FNB Stadium de Johannesburg. La décision intervient alors que l’autorité sud-africaine de l’aviation civile, la SACAA, exploite les enregistrements de vol des deux Embraer ayant frôlé le toit du DHL Stadium du Cap le 29 août.

Le spectaculaire passage de deux E-Jet d’Airlink, diffusé en direct avant le deuxième test entre les Springboks et les All Blacks, n’aura donc pas de répétition immédiate. La compagnie régionale sud-africaine avait déposé trois demandes de survol liées à cette série de rugby : le premier a été réalisé à Johannesburg le 22 août, le deuxième au Cap le 29 août, et le troisième était envisagé le 5 septembre au FNB Stadium. Airlink a officiellement retiré cette dernière demande le 1er septembre.

Airlink invoque la météo à Johannesburg

La compagnie a expliqué que les prévisions ne permettaient pas d’assurer un nouveau passage en formation dans des conditions satisfaisantes. Son directeur général, de Villiers Engelbrecht, a indiqué que « les prévisions météorologiques annoncent des conditions défavorables à un survol en formation en toute sécurité », selon la presse sud-africaine.

Cette annulation ne signifie donc pas, à ce stade, que le régulateur a interdit l’opération. Mais son calendrier, au moment même où la SACAA examine le précédent survol, évite à Airlink de remettre immédiatement en scène une démonstration devenue très commentée dans le monde aéronautique.

Données de vol et conformité à l’examen

La SACAA a confirmé le 2 septembre avoir ouvert des vérifications de conformité sur le passage du DHL Stadium. Elle a recueilli les téléchargements des enregistreurs de paramètres de vol — les FDR — et demandé des éléments complémentaires à l’opérateur. L’autorité précise qu’elle est désormais engagée dans l’analyse des données et qu’un rapport assorti de recommandations sera communiqué à Airlink une fois l’évaluation achevée.

Le régulateur rappelle toutefois que l’opération n’était pas clandestine. Les demandes avaient été déposées au titre de la réglementation applicable aux vols sans passagers ni fret. Pour le passage du Cap, Airlink avait fourni les documents requis, mené une séance d’entraînement sur simulateur et organisé un briefing de sécurité, le tout approuvé dans le cadre des « Special Air Events ».

La SACAA résume sa ligne ainsi : « la conformité en matière de sécurité et de sûreté aériennes restera toujours primordiale et non négociable ».

Une marge estimée à 12,5 mètres

Le 29 août, l’Embraer E190 ZS-YAE, revêtu d’une livrée verte aux couleurs des Springboks, et l’Embraer E195 ZS-YDE, en livrée noire rappelant les All Blacks, avaient survolé le stade en formation. La scène avait marqué les spectateurs, notamment lorsqu’un appareil avait traversé la fumée des artifices tirés depuis l’enceinte.

L’analyse de Flightradar24 fait apparaître une altitude ADS-B minimale de 50 pieds en pression standard. Avec le QNH local de 1019 hPa, cette donnée correspondrait à environ 205 à 210 pieds au-dessus du niveau de la mer. Le toit du DHL Stadium culminant aux environs de 164 pieds, la marge verticale aurait été de 41 à 46 pieds, soit environ 12,5 à 14 mètres. Il s’agit d’une estimation issue des données de suivi, et non de la conclusion de l’enquête réglementaire.

Airlink soutient que les deux avions évoluaient à environ 150 nœuds, soit près de 278 km/h, après une préparation approfondie. « Le vol a exigé une planification et une répétition minutieuses », a déclaré la compagnie, ajoutant que la SACAA et Air Traffic and Navigation Services (ATNS) avaient apporté « conseils, approbation et soutien ».

Chaque Embraer embarquait trois commandants de bord expérimentés : un pilote commandant de bord, un copilote et un officier de sécurité ou technique. Airlink affirme que les données enregistrées confirment le respect des limites de vitesse et d’altitude approuvées pour la démonstration.

Le spectacle face à la culture de sécurité

Les survols de stades par des avions de ligne ne sont pas inédits et participent régulièrement à la mise en scène de grands événements sportifs. Mais l’étroitesse apparente de la marge au-dessus d’une enceinte pleine rappelle la différence entre une opération autorisée, un vol démonstratif soigneusement préparé et l’acceptabilité de son niveau de risque.

La SACAA ne s’est pas fixé d’échéance publique pour rendre ses conclusions. Son rapport devra notamment déterminer si les paramètres réellement observés, les procédures de préparation et les garanties opérationnelles appellent ou non une révision des pratiques pour ce type de démonstration. En attendant, le ciel du FNB Stadium restera vide samedi avant le coup d’envoi.