Le conflit social se durcit chez Airbus en Espagne. Réunis en assemblées le 31 août, les salariés ont refusé à 81% de suspendre leur grève illimitée, engagée le 25 août après un premier mouvement de 22 jours en juillet. Alors que direction et syndicats doivent se retrouver ce mardi devant l’organisme espagnol de médiation SIMA, la CGT française envisage une mobilisation sur les sites hexagonaux du groupe le 12 septembre, en soutien aux salariés espagnols.

Airbus Espagne : la grève illimitée reconduite à 81%

Le bras de fer se prolonge chez Airbus Espagne, au risque de peser sur un appareil industriel qui livre à la fois des avions commerciaux, des programmes militaires et des équipements spatiaux. Lundi 31 août, les salariés réunis en assemblées ont largement choisi de maintenir la grève illimitée. Selon des sources syndicales citées par elDiario.es, 81% des votants ont rejeté la suspension du mouvement, contre 16% favorables à une pause et 2,4% d’abstentions. « Les travailleurs d’Airbus ont décidé ce lundi de maintenir la grève illimitée », rapporte le média espagnol, alors que la direction avait conditionné la poursuite des négociations à l’arrêt des débrayages.

Le mouvement concerne les principaux établissements du groupe en Espagne : Getafe, près de Madrid, les sites andalous de San Pablo et Tablada, à Séville, ainsi qu’Illescas, Albacete et Cadix. Le site d’Illescas avait, lui, voté quelques jours plus tôt pour une suspension, mais la décision majoritaire des autres assemblées maintient de fait la pression à l’échelle nationale. Airbus compte environ 14 000 salariés en Espagne, dont près de 9 000 à Getafe.

Salaires et télétravail au cœur du conflit

La réduction envisagée du télétravail a servi de déclencheur, mais le différend dépasse cette seule question. Les organisations CGT, UGT et ÚTIL réclament un accord plus large sur les rémunérations, l’organisation du travail, les congés, la flexibilité des horaires et certains droits sociaux. Les salariés demandent notamment que les hausses de salaire suivent l’inflation réelle afin d’éviter une nouvelle érosion du pouvoir d’achat. Airbus a mis sur la table une indexation salariale sur l’indice des prix et un mécanisme de rattrapage de 7,6% de pouvoir d’achat d’ici à 2030. La proposition prévoit également le remboursement de retenues salariales liées à un différend sur les absences pour maladie.

Dans le volet télétravail, les dernières discussions ont aussi fait évoluer la position du constructeur. Airbus a assoupli son projet initial de réduction du travail à distance, en permettant aux salariés de conserver en moyenne deux jours hebdomadaires de télétravail. Des informations publiées en Espagne évoquent le maintien des accords individuels existants, dans la limite de 40% du temps de travail effectué à distance.

Pour les grévistes, ces avancées restent insuffisantes ou trop imprécises. Les syndicats réclament des engagements formels, des calendriers précis et des garanties financières. Ils dénoncent également l’écart de rémunération avec les sites français et allemands du groupe, dans un contexte où Airbus doit maintenir ses capacités de production et attirer des compétences industrielles et d’ingénierie.

Une médiation décisive devant le SIMA

La direction d’Airbus et les syndicats à l’origine du mouvement devaient se retrouver ce mardi 1er septembre devant le Servicio Interconfederal de Mediación y Arbitraje, le SIMA, organisme espagnol de médiation et d’arbitrage. Airbus estime que son offre constitue une base sérieuse de sortie de crise. Dans une déclaration relayée par la presse française, le groupe regrette « la décision des assemblées de poursuivre la grève illimitée, qui crée une situation critique tant pour notre activité que pour nos clients ». La direction assure que son texte « répond aux points soulevés par les partenaires sociaux, sur les aspects économiques comme non économiques » et qu’il doit préserver « une position forte et compétitive » d’Airbus en Espagne.

Le ton est d’autant plus tendu que le groupe aurait gelé les recrutements prévus en Espagne pendant la durée du conflit, selon le président du comité d’entreprise espagnol cité par Reuters. Des représentants syndicaux ont également estimé que le mouvement ralentissait déjà certaines activités civiles et militaires, même si Airbus indiquait, la semaine dernière, que les perturbations dans les fonctions administratives et support n’avaient pas encore affecté directement la production.

Getafe, Illescas et Cadix participent notamment aux activités d’Airbus Commercial Aircraft, tandis que Séville concentre des capacités majeures dans le militaire, avec les programmes A400M et C295. Getafe est également impliqué dans l’Eurofighter

La CGT envisage une mobilisation en France le 12 septembre

En France, la CGT Airbus entend désormais donner une dimension transfrontalière au mouvement. Olivier Lepenve, délégué CGT et élu au comité social et économique d’Airbus, explique que son organisation réfléchit « à faire le lien avec le mouvement espagnol ». « L’idée est de lancer une mobilisation sur tous les sites français le jour de la grande manifestation à Madrid le 12 septembre, organisée par nos collègues espagnols », indique-t-il. Un tract de la CGT doit être distribué dans les établissements français du groupe.

Cette perspective demeure toutefois à ce stade une démarche propre à la CGT. Le syndicat précise qu’aucune action intersyndicale n’est engagée avec les autres organisations représentatives d’Airbus France, qui ne considèrent pas, pour l’heure, qu’une mobilisation dans le prolongement direct du conflit espagnol soit d’actualité.

À court terme, l’issue dépendra donc de la médiation au SIMA. Mais le vote espagnol du 31 août montre une chose : malgré les concessions annoncées sur le télétravail et les salaires, la défiance reste profonde. Et chez Airbus, où chaque site alimente un système industriel étroitement imbriqué, le conflit ne peut plus être considéré comme une affaire strictement espagnole.

Airbus : la grève espagnole résiste, la CGT veut mobiliser la France le 12 septembre 1 Air Journal

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