L’Allemagne a officiellement attribué à la Russie la tentative d’attaque au drone explosif survenue le 4 août à l’aéroport de Leipzig/Halle, l’une des principales plates-formes européennes de fret aérien et un maillon important du transport stratégique de l’Otan. L’engin, découvert à proximité d’un Antonov An-124 ukrainien, n’a pas explosé ; mais l’épisode, suivi de la découverte de deux autres drones potentiellement liés à l’affaire, révèle une vulnérabilité nouvelle pour les infrastructures aéronautiques civiles à usage militaire.

À Leipzig, Berlin accuse Moscou d’une attaque hybride contre une plateforme aérienne stratégique

L’Allemagne a franchi un cap dans sa confrontation avec Moscou. Mardi 1er septembre, Berlin a affirmé que la Russie était responsable d’une tentative d’attaque menée, début août, au moyen d’un drone porteur d’explosifs à l’aéroport de Leipzig/Halle. Le ministre allemand de l’intérieur, Alexander Dobrindt, a déclaré que « les enquêtes policières, les modes opératoires et les informations des services de renseignement démontrent une responsabilité russe dans la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig ». Il a précisé que les personnes impliquées auraient agi « pour le compte d’entités étatiques russes », sans nommer publiquement les services concernés.

Berlin qualifie l’opération d’« attaque hybride », un terme qui recouvre des actions situées sous le seuil d’un affrontement militaire direct : sabotage, espionnage, opérations d’influence, cyberattaques ou utilisation de relais locaux. Le gouvernement allemand présente donc l’affaire non comme un incident isolé de sûreté aéroportuaire, mais comme une possible action de déstabilisation visant les capacités logistiques occidentales liées à la guerre en Ukraine.

Moscou rejette ces accusations. L’ambassadeur russe en Allemagne, Sergueï Netchaïev, les a qualifiées de « non fondées, absurdes et contraires au bon sens ».

Un drone neutralisé près d’un Antonov An-124 ukrainien

Les faits remontent à la nuit du 4 au 5 août. Peu avant minuit, un objet volant non identifié a été signalé à proximité de Leipzig/Halle. Plusieurs vols, dont au moins un vol passagers, ont été déroutés tandis qu’une partie des opérations a été interrompue. La police fédérale allemande a ensuite découvert, près de la piste sud et dans la zone sécurisée, un drone équipé d’une charge explosive et d’un détonateur.

L’appareil se trouvait près d’un avion-cargo Antonov An-124 de la compagnie ukrainienne Antonov Airlines. Cet avion lourd de transport, surnommé Ruslan, est capable d’emporter des cargaisons hors gabarit et joue un rôle central dans les dispositifs de transport stratégique. La proximité de l’engin avec cet appareil, utilisé notamment pour des missions logistiques militaires, a immédiatement donné à l’incident une dimension géopolitique.

Le parquet fédéral allemand s’est saisi de l’enquête, considérant qu’il existait des éléments suffisants laissant penser que le drone était destiné à provoquer une explosion. Dans un premier temps, les autorités avaient confirmé que l’engin était doté d’« explosifs professionnels » et d’un détonateur ; il a été neutralisé avec l’aide d’un robot de déminage.

Deux autres drones et la piste d’une opération coordonnée

L’enquête ne s’est pas arrêtée au premier drone. Les autorités allemandes soupçonnent qu’un second appareil ait heurté un avion-cargo de DHL peu après la suspension temporaire des opérations. Cet élément demeure présenté avec prudence par les enquêteurs : il s’agit d’une hypothèse investiguée, et non d’un scénario publiquement établi dans tous ses détails.

Un troisième drone a par ailleurs été retrouvé le 14 août dans un champ de Kabelsketal, à l’ouest de l’aéroport, soit dix jours après le premier incident. Selon des informations de NDR, WDR et de la Süddeutsche Zeitung, reprises notamment par Reuters, environ 50 grammes d’une substance soupçonnée d’être de l’hexogène — aussi appelé RDX, un explosif militaire puissant — ont été découverts dans le même secteur.

Cette succession d’indices nourrit l’hypothèse d’une action préparée et coordonnée. Les autorités allemandes ont souligné le caractère professionnel du dispositif : le choix d’une plate-forme sensible, le ciblage supposé d’un cargo ukrainien, l’emploi d’un drone et l’intégration d’un système explosif constituent un mode opératoire très différent des simples intrusions de drones de loisir qui perturbent régulièrement les aéroports européens.

Pour le secteur aérien, la menace est double. Un drone chargé d’explosifs peut viser directement un aéronef stationné, ses réservoirs, ses zones de chargement ou des équipements au sol. Mais il peut aussi provoquer une suspension préventive du trafic, des déroutements, l’immobilisation d’équipages et de cargaisons, ainsi qu’un important effet psychologique sur les flux logistiques. À Leipzig/Halle, l’incident a démontré qu’un appareil de petite taille pouvait mettre sous tension une infrastructure essentielle du fret européen en quelques minutes.

Pourquoi Leipzig/Halle est un aéroport sensible

Leipzig/Halle n’est pas seulement le deuxième grand pôle allemand du fret derrière Francfort : il constitue aussi une infrastructure à forte valeur stratégique pour l’Allemagne, l’Ukraine et les pays alliés de l’Otan. L’aéroport accueille les activités de DHL et sert depuis longtemps de base à des opérations de transport lourd militaire.

Depuis 2006, la plate-forme est associée au programme SALIS (Strategic Airlift International Solution), qui met à disposition des pays partenaires des capacités de transport stratégique assurées par des Antonov An-124. Le contrat actuel, conclu en 2022, implique notamment l’Allemagne, la France, la Pologne, la Norvège, la Belgique, la République tchèque, la Slovénie et la Hongrie, avec Antonov Logistics SALIS GmbH comme prestataire.b

Le rôle de Leipzig est particulièrement important pour le transport de matériels volumineux : véhicules, équipements de défense, éléments industriels ou cargaisons exceptionnelles. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, la présence d’Antonov Airlines et l’utilisation de l’aéroport pour des flux logistiques militaires lui confèrent une sensibilité accrue.

Pour l’aviation civile et cargo, l’affaire de Leipzig/Halle pourrait faire figure de signal d’alarme. Jusqu’ici, les perturbations causées par les drones concernaient le plus souvent la sécurité immédiate des trajectoires d’approche et de départ. L’incident allemand introduit une menace plus grave : celle d’un drone utilisé non seulement pour interrompre le trafic, mais pour tenter d’endommager un aéronef ou une infrastructure logistique au sol.

Drone explosif près d’un Antonov An-124 à Leipzig : Berlin annonce des mesures contre Moscou 1 Air Journal

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