Plus de 100 pays délivrent des visas électroniques (E-visa), mais les compagnies aériennes ne disposent pas toujours d’un moyen simple et fiable pour les contrôler avant l’embarquement. L’Association du transport aérien international (IATA) appelle à harmoniser les systèmes de vérification, tandis qu’Alexandre Demaille, dirigeant de l’agence RapideVisa, alerte sur le risque de faux documents remis aux voyageurs.

Un passager présente son passeport, son billet et la confirmation de son e-visa au guichet d’enregistrement. Comment l’agent de comptoir peut-il s’assurer que cette autorisation a réellement été délivrée par les autorités du pays de destination ? L’IATA y voit un décalage entre la facilité d’obtention des visas électroniques en ligne et la difficulté de leur vérification pour les compagnies aériennes.

Des justificatifs aux formats multiples
Selon les pays, la preuve d’un e-visa peut prendre la forme d’un courriel, d’un PDF ou d’un code QR. Sa vérification peut nécessiter une recherche sur un site internet, une connexion à une base gouvernementale ou un simple contrôle manuel. Faute de méthode commune, les agents d’enregistrement doivent composer avec des procédures différentes selon les destinations — et parfois selon les pays de transit. L’enjeu est aussi financier pour les transporteurs, tenus de contrôler les documents nécessaires au voyage avant l’embarquement. D’après l’IATA, une erreur peut entraîner des amendes et des frais de réacheminement représentant en moyenne 9 000 dollars par passager concerné.

Pour Alexandre Demaille, dirigeant du site RapideVisa, la difficulté porte notamment sur l’authenticité du document présenté : « Une compagnie aérienne peut facilement contrôler les données présentes sur un document (nom, numéro de passeport, dates de validité). En revanche, vérifier l’authenticité d’un e-Visa — c’est-à-dire s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un faux document — est quasiment impossible. » L’expert rappelle qu’un faux document expose le voyageur à un refus d’entrée sur le territoire. Dans ce cas, la compagnie aérienne concernée a l’obligation de le rapatrier.

Deux pistes pour fiabiliser les contrôles
L’IATA met en avant deux mécanismes complémentaires. Le premier, appelé iAPI (interactive Advance Passenger Information – transmission interactive des données relatives aux passagers), permet à une compagnie d’envoyer les informations d’un voyageur au gouvernement du pays de destination pendant l’enregistrement et de recevoir une réponse en temps réel. Selon l’association, les compagnies aériennes déclarent des taux de conformité documentaire jusqu’à 20 fois plus élevés dans les pays dotés de systèmes iAPI complets que dans ceux qui s’appuient sur des contrôles manuels. Moins de 30 pays exploiteraient toutefois actuellement un tel système.

Le second mécanisme est l’autorisation de voyage numérique, ou DTA (Digital Travel Authorization), définie par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Elle vise à fournir une preuve harmonisée et vérifiable de la délivrance d’une autorisation électronique, notamment grâce à un code-barres bidimensionnel signé numériquement. Elle peut servir lorsque la vérification en temps réel par iAPI n’est pas disponible. La sécurité ne tient donc pas au seul fait d’afficher un code QR : c’est la possibilité d’en vérifier la signature numérique qui permet d’authentifier les données.

Le risque des faux sites
Alexandre Demaille estime que la question dépasse les seuls systèmes d’enregistrement. Il dit constater « une multiplication de faux sites gouvernementaux ou de plateformes trompeuses sur Internet », susceptibles, selon lui, de facturer des démarches fictives ou de remettre de faux e-visas à des voyageurs qui l’ignorent. Il distingue ces plateformes qui disparaissent du jour au lendemain des agences spécialisées comme RapideVisa, précise-t-il. 

« Nous soutenons l’initiative de l’IATA », poursuit-il, en plaidant pour une norme internationale de vérification comparable, dans son principe, à la zone de lecture automatique des passeports. Il évoque « un QR code unique de vérification » qui permettrait aux compagnies aériennes de contrôler plus facilement les autorisations. L’approche décrite par l’IATA et l’OACI repose plus précisément sur une preuve standardisée assortie d’une signature numérique vérifiable.

L’IATA invite les gouvernements à rapprocher leurs justificatifs de visa des normes internationales, à prévoir des méthodes compatibles avec les systèmes d’enregistrement des compagnies aériennes et à associer celles-ci au lancement de nouveaux programmes. La généralisation de l’iAPI et des DTA prendra du temps, reconnaît l’association : l’émission des visas s’est numérisée plus vite que les moyens de les vérifier.

E-visa : sa vérification à l'embarquement reste un casse-tête pour les compagnies aériennes 1 Air Journal

©Lufthansa