À la veille du début du mouvement annoncé, les négociations n’ont pas permis de lever le préavis de grève des pilotes d’Air Corsica, qui couvre la période du 9 au 16 octobre 2026. Ce conflit inédit pour la compagnie porte sur les rémunérations et les conditions de travail. Il intervient alors que cinq de ses sept ATR 72-600 restent immobilisés après des signalements d’odeurs inhabituelles, obligeant le transporteur à recourir à des avions affrétés.
Air Corsica doit désormais composer avec deux fronts : une crise technique qui désorganise son exploitation depuis plusieurs semaines et un désaccord social que les dernières discussions n’ont pas résolu. Déposé le 1er octobre par le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) et le Syndicat des pilotes de l’aviation civile (SPAC), le préavis demeurait en vigueur à l’issue des échanges du 7 octobre. Il s’agit du premier appel à la grève des pilotes dans l’histoire de la compagnie. Les deux organisations, qui représentent les quelque 140 pilotes d’Air Corsica, contestent les propositions de la direction dans le cadre du renouvellement de leur accord d’entreprise. Au-delà d’une revalorisation des rémunérations, le différend concerne la progression salariale liée à l’ancienneté et le rétablissement de droits à congés auxquels les navigants avaient renoncé.
Grève des pilotes : les efforts consentis en 2024 au cœur du conflit
Les syndicats rappellent avoir accepté, dans le cadre du plan de transformation « Tocc’à Noi », un gel salarial pendant deux ans ainsi que la suppression de sept jours de congés. L’accord conclu en 2024 doit arriver à échéance le 30 novembre. Selon les représentants des pilotes, la direction souhaite prolonger les restrictions salariales, alors qu’ils attendaient le rétablissement des mécanismes d’évolution prévus.
Dans leur communiqué commun du 1er octobre, publié sur le site du SNPL, les deux organisations dénoncent une dernière proposition qui « conduirait notamment à bloquer l’évolution salariale en fonction de l’ancienneté ». Elles estiment que la confiance née des engagements précédents est désormais « profondément fragilisée ». Le conflit ne se résume donc pas au montant d’une augmentation immédiate. Il porte aussi sur les perspectives de rémunération et sur la reconnaissance des concessions consenties au cours des deux dernières années. Le SPAC réclame notamment « une revalorisation générale et significative des rémunérations permettant de prendre en compte la perte de pouvoir d’achat subie par les salariés », selon son communiqué.
Air Corsica propose une hausse salariale en deux étapes en 2027
La direction affirme, de son côté, avoir revu ses offres jusqu’à la limite de ses capacités financières. Lors d’un point presse organisé le 7 octobre, Pierre Muracciole, président du directoire, a défendu les efforts accomplis pour trouver un compromis : « Nous avons discuté, nous avons écouté et fait évoluer nos positions au gré des différentes négociations. Nous sommes allés, de mon point de vue, aussi loin que la situation de la compagnie nous permettait de le faire ». Air Corsica propose notamment une augmentation salariale en deux étapes au cours de l’année 2027. « Nous avons mis sur la table des augmentations salariales qui représentent plusieurs milliers d’euros », a précisé Pierre Muracciole, sans en détailler publiquement les montants, les négociations restant ouvertes.
La compagnie a également proposé un accompagnement financier des pilotes susceptibles d’être placés en activité partielle du fait de l’immobilisation des ATR. Cette mesure vise à limiter la perte de revenus des personnels dont l’activité est réduite, tandis que l’entreprise doit financer des capacités de remplacement pour maintenir ses liaisons.
Cinq ATR 72-600 immobilisés : une crise technique toujours sans issue annoncée
Le conflit social survient dans une situation opérationnelle déjà tendue. Cinq des sept ATR 72-600 d’Air Corsica ont été retirés préventivement de l’exploitation après des signalements répétés d’odeurs inhabituelles, notamment dans les postes de pilotage. Ces immobilisations concernent plus de 70% de sa flotte de turbopropulseurs, et non l’ensemble de ses avions : la compagnie dispose également de sept Airbus A320. L’origine du phénomène n’est pas établie. Les investigations mobilisent l’avionneur ATR, le motoriste Pratt & Whitney Canada et l’équipementier Liebherr, avec des travaux prévus notamment à Toulouse. Dans son point de situation du 23 septembre, Air Corsica indiquait qu’aucune date de remise en service ne serait annoncée avant l’achèvement des vérifications et la validation des conditions techniques nécessaires.
Pour préserver son programme de vols, Air Corsica a recours à des affrètements et redéploie certains de ses Airbus sur des rotations habituellement assurées en ATR. Le dispositif de remplacement a notamment mobilisé Amelia et Chalair. Ces solutions maintiennent des capacités de transport, mais ajoutent des coûts et compliquent l’organisation quotidienne des opérations.
Un accord sur quatre ans proposé par les syndicats
Le SNPL et le SPAC assurent avoir intégré les difficultés de la flotte dans leur proposition de sortie de crise. Leur compromis consiste à conclure immédiatement un accord d’une durée de quatre ans, tout en différant son application de plusieurs mois pour laisser à la compagnie le temps de surmonter les difficultés actuelles. « Nous ne prenons pas à la légère les conséquences qu’une grève pourrait avoir pour les passagers corses », écrivent les deux syndicats dans leur communiqué commun. Ils ajoutent : « Notre objectif reste d’obtenir un accord, pas de faire grève pour faire la grève ! » Les organisations se déclarent toujours disponibles pour poursuivre les discussions et parvenir à un accord durable.
Du côté de la gouvernance, la priorité affichée reste la préservation de l’entreprise et de sa desserte. « Notre responsabilité, c’est de préserver la compagnie, ses emplois et sa mission de service public », a déclaré Marie-Hélène Casanova-Servas, présidente du conseil de surveillance, lors du point presse du 7 octobre, selon Corse Net Infos. La Collectivité de Corse est l’actionnaire majoritaire d’Air Corsica.
Vols Air Corsica : des perturbations encore difficiles à mesurer
Le maintien du préavis ne permet pas, à lui seul, de déterminer le nombre de vols qui seront annulés ou modifiés entre le 9 et le 16 octobre. L’ampleur des perturbations dépendra de la participation effective des pilotes et des capacités de remplacement que la compagnie pourra mobiliser, alors qu’elle recourt déjà largement aux affrètements pour compenser l’indisponibilité de ses ATR.

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