La hausse du prix du carburant fragilise les compagnies aériennes et complique leur transition énergétique. Réunis à Bruxelles les 13 et 14 octobre, des dirigeants du secteur du transport aérien ont alerté sur une facture durablement élevée, alors que les carburants d’aviation durables (SAF) restent rares et coûteux. Pour l’IATA, les compagnies aériennes les plus vulnérables pourraient être contraints de cesser leur activité ou de trouver un repreneur.

Un kérosène environ 70% plus cher sur un an
« Il y a une limite à la douleur » que peuvent supporter les compagnies aériennes. L’avertissement vient de Marie Owens Thomsen, économiste en chef de l’Association du transport aérien international (IATA), interrogée par l’AFP lors du forum consacré à l’aviation durable organisé à Bruxelles. Selon elle, le prix du kérosène se situe environ 70% au-dessus de son niveau d’un an plus tôt.

Cette hausse touche un poste majeur des dépenses. « Le carburant, c’est normalement 31% des coûts de base », rappelle-t-elle. L’envolée de la facture réduit donc fortement les marges de manœuvre de transporteurs dont la rentabilité reste limitée.

Dans ses perspectives publiées en juin, l’IATA estimait les dépenses de carburant du secteur à 350 milliards de dollars en 2026, contre 252 milliards en 2025. Elle prévoyait alors une marge nette mondiale de seulement 2%, pour un bénéfice de 23 milliards de dollars. Ces chiffres sont des prévisions, et non des résultats définitifs.

LATAM ne compte pas sur une baisse rapide
Le directeur général de LATAM Airlines, Roberto Alvo, partage ce diagnostic. « Mon avis est que les prix élevés des carburants vont persister un long moment », a-t-il déclaré à Bruxelles.

Le dirigeant appelle les compagnies aériennes à ne pas construire leurs perspectives sur l’hypothèse d’un reflux rapide : « Je pense que c’est ridicule de s’attendre à ce qu’en 2027 nous voyions une baisse des prix comme nous l’avons vu en juillet dernier. »

Toutes les compagnies aériennes ne disposent pas des mêmes capacités pour absorber le choc. Roberto Alvo distingue celles qui bénéficient d’un socle de revenus solide de celles dont la clientèle est particulièrement sensible aux prix. Certaines ont déjà utilisé « tous leurs amortisseurs financiers », prévient-il.

Menace de faillites et de consolidations
Pour l’IATA, la pression sur les trésoreries pourrait accélérer les défaillances et la consolidation du secteur. Une fois leurs réserves épuisées, les compagnies aériennes doivent emprunter. Or un bilan dégradé renchérit le financement et rend leur redressement plus difficile. « Il n’y a pas d’issue qu’on entrevoit pour ces compagnies aériennes en difficulté. Donc soit elles s’arrêtent, soit elles doivent trouver un acheteur », explique Marie Owens Thomsen. L’économiste anticipe davantage de faillites, sans identifier de transporteurs ni avancer de calendrier.

La vigueur du trafic ne suffit donc pas, à elle seule, à écarter le risque financier. Le groupe LATAM a enregistré une progression de 8,3% de son trafic, mesuré en passagers-kilomètres, sur les neuf premiers mois de 2026. Son dirigeant n’en reste pas moins préoccupé par la persistance des coûts élevés.

Les carburants durables n’offrent pas de solution immédiate
Les carburants d’aviation durables, ou SAF, ne permettent pas aujourd’hui de desserrer cette contrainte économique. Leur production augmente lentement et leurs prix restent nettement supérieurs à ceux du kérosène fossile. Leurs coûts de production ont eux aussi progressé cette année.

Dans ses estimations de juin, l’IATA prévoyait une production mondiale de 2,4 millions de tonnes de SAF en 2026, soit environ 0,8% de la consommation de carburant aérien. Elle évaluait leur surcoût pour les compagnies aériennes à 4,3 milliards de dollars sur l’année.

Marie Owens Thomsen dénonce également le décalage entre les objectifs imposés au transport aérien et l’offre disponible : « Tout ce qu’on veut que nous fassions, on ne nous fournit pas de quoi y parvenir. » Elle pointe une quantité insuffisante de carburants durables ainsi que des réglementations qui se superposent ou se contredisent.

Les compagnies aériennes doivent ainsi financer leur transition énergétique tout en absorbant une facture de carburant déjà fortement alourdie. À court terme, la rareté et le prix des alternatives ne leur offrent pas de protection contre les tensions sur le kérosène.

Kérosène cher, SAF inaccessible : le double piège qui menace le transport aérien 1 Air Journal

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