À cinq jours de son ouverture aux passagers, Western Sydney International affiche un programme modeste au regard de l’investissement : 5,6 milliards de dollars australiens. Jetstar inaugurera les dessertes le 25 octobre, avant une montée en puissance progressive. Sans couvre-feu, mais encore privé de liaison ferroviaire, le nouvel aéroport doit convaincre les compagnies autant que les voyageurs.

Un aéroport neuf ne suffit pas à créer son marché. Après des décennies de débats, Western Sydney International (WSI), également baptisé Nancy-Bird Walton en hommage à la pionnière australienne de l’aviation, s’apprête à accueillir ses premiers passagers. Dimanche 25 octobre 2026, à 11 heures, un Airbus A320 de Jetstar doit assurer le premier départ commercial passagers, le vol JQ362 vers la Gold Coast. Construit à Badgerys Creek, à l’ouest de la métropole, cet équipement public représente un investissement de 5,6 milliards de dollars australiens, soit environ 4 milliards de dollars américains. Mais, selon les données Cirium rapportées le 19 octobre par Bloomberg, son programme ne compte encore qu’environ six vols quotidiens, voire moins, sur les douze prochains mois. Une photographie des horaires publiés, plutôt qu’un plafond définitif d’activité.

Jetstar en première ligne, Qantas attendra mars 2027

Le groupe Qantas avance par étapes. Jetstar annonce jusqu’à quatorze vols hebdomadaires vers Melbourne, quatre vers la Gold Coast et trois vers Brisbane, tous en A320. La marque Qantas arrivera le 28 mars 2027 avec quatre vols par semaine vers chacune des deux premières capitales d’État, Melbourne et Brisbane, assurés en Embraer E190 de QantasLink. Ces dessertes s’ajouteront à celles de Sydney-Kingsford Smith, sans les remplacer.

Cette prudence traduit une stratégie assumée : développer l’offre lorsque le marché se matérialisera. « Nous nous attendons à ce que la demande augmente et, lorsque nous le constaterons, nous ajouterons des fréquences », déclarait en juin Vanessa Hudson, directrice générale de Qantas, selon Bloomberg. Virgin Australia n’a, pour sa part, aucun vol programmé et indique encore évaluer l’intérêt d’intégrer WSI à son réseau.

Le contexte ne facilite pas les paris commerciaux. Bloomberg relève la hausse des coûts du carburant liée à la guerre en Iran, les réductions de capacité intérieure de Qantas et les difficultés des transporteurs à obtenir de nouveaux appareils. Autant de contraintes qui limitent les moyens disponibles pour ouvrir un marché encore peu éprouvé.

Singapore Airlines donne corps à l’avantage des vols de nuit

À l’international, Air New Zealand doit ouvrir Auckland dès le 26 octobre. Singapore Airlines suivra le 23 novembre avec une liaison quotidienne en Airbus A350-900 de 303 sièges, dont 40 en classe affaires. Vietjet et Fiji Airways figurent également parmi les compagnies annoncées. L’arrivée de Singapore Airlines illustre le principal atout aéronautique de WSI : son exploitation 24h/24. La compagnie prévoit initialement un départ à 23 h 55, permettant une arrivée à Singapour à 5 h 05 le lendemain. Ce vol complétera ses quatre dessertes quotidiennes de Kingsford Smith, et non un transfert de celles-ci.

« La possibilité de départs tardifs de Western Sydney permettra un parcours fluide et des correspondances via l’aéroport de Singapour-Changi », souligne Dai Haoyu, responsable de la planification marketing de Singapore Airlines, dans le communiqué de lancement. Pour WSI, la souplesse horaire constitue ainsi un argument concret auprès des transporteurs organisant leurs correspondances dans leurs propres hubs.

Sans train à l’ouverture, un accès encore pénalisant

Reste un handicap immédiat : l’accès terrestre. Selon Bloomberg, la liaison ferroviaire ne sera pas disponible avant 2027 au plus tôt. La navette vers le centre de Sydney coûte 55 dollars australiens pour un trajet d’environ une heure, alors que Kingsford Smith bénéficie d’une proximité bien supérieure avec le quartier d’affaires.

Cet éloignement pèse sur l’attractivité du nouvel aéroport auprès des visiteurs du centre-ville. Il rend aussi essentielle la vérification des codes aéroport : WSI et SYD désignent deux plateformes distinctes, et non deux terminaux d’un même ensemble. Un itinéraire combinant les deux impose un transfert terrestre à anticiper, comme nous le rappelions dans nos colonnes en juin.

Le pari de WSI repose toutefois d’abord sur sa clientèle de proximité. Selon le plan directeur, la moitié des 6,1 millions d’habitants attendus à Sydney en 2030 vivra dans l’ouest. Environ 40% de la population du Greater Western Sydney est née à l’étranger, un vivier potentiel pour les voyages familiaux vers l’Asie notamment.

Le fret déjà lancé, les ambitions passagers à construire

L’ouverture du 25 octobre concerne les passagers : le fret a précédé. Un A321 cargo de Qantas s’est posé le 13 juillet pour valider les procédures opérationnelles, avant le lancement des services réguliers le 27 juillet. Le nouveau terminal de Qantas Freight, d’une superficie de 24 000 m², doit traiter plus de 850 tonnes par semaine, en tirant notamment parti de l’activité nocturne.

Dimensionnée initialement pour environ 10 millions de passagers par an, la plateforme vise 8,4 millions de voyageurs à l’horizon 2030, puis près de 20 millions en 2045, selon son plan directeur. Le démarrage clairsemé ne permet pas, à lui seul, de conclure à un échec. Mais l’exploitant devra transformer un potentiel démographique en fréquentation régulière.

 

À Sydney, le deuxième aéroport ouvre à l’heure des doutes sur son trafic 1 Air Journal

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