La compagnie nationale biélorusse Belavia affirme que Washington a autorisé Boeing à reprendre sa coopération directe avec elle. Annoncée le 31 octobre 2026, cette décision doit faciliter l’approvisionnement en pièces détachées et en logiciels pour les avions déjà en service, tout en ouvrant la voie à des discussions sur de futures acquisitions. Une nouvelle étape dans l’assouplissement des restrictions américaines.
Boeing–Belavia : un feu vert annoncé pour les pièces et les logiciels
Pour Belavia, l’enjeu immédiat se situe dans les ateliers de maintenance plutôt que dans les chaînes d’assemblage. Selon son directeur général, Igor Cherginets, le département américain du Commerce a délivré à Boeing une autorisation lui permettant de travailler directement avec la compagnie biélorusse. Belavia a confirmé cette annonce dans un communiqué publié le 31 octobre. « Cela permettra à Belavia de recevoir directement des pièces détachées, des composants et des logiciels pour les avions dont dispose la compagnie », a déclaré Igor Cherginets à l’agence de presse publique biélorusse BelTA. « Cela ouvre également la voie à des négociations pour l’acquisition d’avions directement auprès de Boeing. »
Le communiqué de Belavia évoque des « possibilités potentielles » d’acquisition de nouveaux appareils, sans préciser de modèle, de quantité ou de calendrier. Il indique également qu’une autorisation du département américain du Trésor avait précédé celle du Commerce.
Maintenance des Boeing : un premier assouplissement dès septembre 2025
Cette annonce prolonge une ouverture déjà engagée par Washington. Le 11 septembre 2025, l’Office of Foreign Assets Control, l’organisme du Trésor chargé des sanctions financières, avait publié une licence générale autorisant des transactions impliquant Belavia. Le lendemain, le Bureau of Industry and Security — BIS, rattaché au département du Commerce — avait adopté un dispositif spécifique concernant les avions de la compagnie.
Cette autorisation du 12 septembre 2025 couvrait, sous conditions, les vols de certains appareils ainsi que leur entretien, leur réparation et leur révision. Elle citait notamment huit Boeing 737 : un 737 MAX 8, deux 737-300 et cinq 737-800. Le BIS avait également retiré huit appareils de sa liste dite « General Prohibition 10 », dont le maintien aurait fait obstacle aux opérations de maintenance concernées.
Il ne s’agissait toutefois pas d’un libre accès à l’ensemble des équipements américains. Pour les pièces et matériels restant soumis à licence, Washington prévoyait un examen au cas par cas, afin de vérifier leur destination et leur utilisation au sein de la flotte commerciale de transport de passagers de Belavia.
De nouveaux avions Boeing ? Des discussions, pas une commande
Le renouvellement de la flotte figure depuis plusieurs mois parmi les préoccupations affichées de Belavia. Dès février 2026, Igor Cherginets expliquait à BelTA examiner plusieurs options, auprès de constructeurs russes comme de fabricants d’autres pays. Il faisait déjà état d’échanges avec Boeing, tout en précisant qu’aucun contrat n’avait alors été signé. « Les décisions juridiques et politiques ont été prises. Nous en sommes reconnaissants. Mais il faut du temps », déclarait-il, avant d’ajouter : « Nous rencontrons Boeing, nous discutons. Il n’y a pas encore de contrats. » Le dirigeant rappelait également l’acquisition, en 2025, de trois Airbus A330-200 destinés aux liaisons long-courriers. Le nouveau feu vert annoncé pourrait faciliter ces échanges, sans préjuger de leur aboutissement commercial. Ni Belavia ni les déclarations de son directeur général rapportées par BelTA ne détaillent, pour l’heure, de projet ferme d’achat auprès de Boeing.
Sanctions européennes : pas de retour automatique dans les aéroports de l’UE
L’ouverture américaine ne doit pas être confondue avec une normalisation européenne. Deux étapes distinctes ont marqué les restrictions prises par l’Union européenne en 2021. Le 4 juin, après le déroutement forcé du vol Ryanair FR4978 vers Minsk, l’UE a interdit aux transporteurs biélorusses l’accès à ses aéroports et le survol de son territoire. Puis, le 2 décembre, Belavia a été directement visée par des sanctions individuelles dans le cadre d’un autre dossier : l’instrumentalisation des migrants aux frontières extérieures de l’Union. Le Conseil de l’UE accusait alors plusieurs entreprises, dont la compagnie aérienne, d’avoir contribué à faciliter les franchissements irréguliers de ces frontières.
Pièces aéronautiques : la question sensible des réexportations
Le rapprochement annoncé laisse enfin subsister un enjeu de contrôle : la destination finale des équipements. Dans son dispositif de septembre 2025, le BIS soulignait explicitement la nécessité de prévenir le détournement des pièces vers d’autres utilisateurs ou usages non autorisés. L’autorisation ne permettait pas non plus, à elle seule, l’exportation ou la réexportation de ces matériels vers la Russie ou la Biélorussie ; des autorisations distinctes pouvaient être nécessaires.
Le risque de réexportation constitue ainsi un point de vigilance réglementaire, et non la preuve d’un transfert de pièces Boeing vers la Russie. Pour Belavia, le bénéfice annoncé reste d’abord industriel : retrouver un accès direct au soutien du constructeur pour ses avions en service. La perspective de nouveaux appareils demeure, à ce stade, celle d’une négociation à ouvrir ou à approfondir.

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