Le directeur général du groupe Ryanair, Michael O’Leary, a ravivé lundi 2 novembre sa querelle avec Elon Musk au sujet de Starlink. Derrière les provocations, le dirigeant maintient une objection économique : selon lui, la traînée des antennes entraînerait une surconsommation de carburant de 1,5%, sans recettes suffisantes pour la compenser. Une position qui contraste avec celle d’easyJet, dont les premiers avions doivent être connectés en 2027.
Michael O’Leary relance sa querelle avec Elon Musk
La réconciliation attendra. Interrogé lundi sur Bloomberg TV, à l’occasion de la présentation des résultats semestriels du groupe irlandais, Michael O’Leary a de nouveau pris pour cible Elon Musk, dont SpaceX commercialise le service d’Internet par satellite Starlink. « Je n’ai aucune intention de me réconcilier avec lui », a déclaré le dirigeant, avant d’ajouter : « Il pense que je suis un idiot. Moi, je sais que c’est lui l’idiot. »
La passe d’armes prolonge une confrontation engagée en janvier autour du refus de Ryanair d’équiper ses avions de Starlink. Elon Musk avait notamment demandé le départ de Michael O’Leary et évoqué, sur le ton de la provocation, un rachat de la compagnie. Ryanair avait exploité la polémique en lançant une promotion de 100 000 billets, baptisée « Big “Idiot” Sale ».
Le patron du groupe ne voit donc guère de raison de mettre fin aux hostilités. Selon Bloomberg, il estime que cette querelle a procuré à Ryanair l’équivalent de 30 à 40 millions de dollars de publicité gratuite — une valorisation avancée par le dirigeant, et non une recette encaissée par la compagnie. « Si nous pouvons l’agacer de nouveau, tant mieux », a-t-il lancé.bloomberg+1
Starlink : Ryanair invoque une surconsommation de carburant de 1,5%
Derrière les attaques personnelles, le désaccord porte sur le coût de la connectivité en vol. Michael O’Leary ne conteste pas les performances du service : « Starlink est un très bon système, mais cette technologie entraîne une surconsommation de carburant de 1,5% en raison de la traînée aérodynamique », a-t-il déclaré aux analystes, selon les propos rapportés par Bloomberg. Le contexte pétrolier renforce, à ses yeux, l’argument. « Avec un carburant aérien à 170 dollars le baril, la dernière chose que je souhaite faire est d’installer un système qui pénalise la consommation de 1,5% », a-t-il expliqué aux analystes.
Cette prudence s’inscrit dans une offensive plus large contre les coûts. Ryanair anticipe une hausse d’environ 2 milliards d’euros de sa facture de carburant l’année suivante, à mesure que ses couvertures actuelles arriveront à échéance. Le groupe a annoncé une revue de ses dépenses pour tenter d’en amortir les effets.
Le Wi-Fi payant, véritable point de blocage des négociations
La facture de kérosène n’est toutefois pas le seul obstacle. Michael O’Leary a indiqué que Ryanair avait mené des discussions approfondies avec Starlink, qui était, selon lui, disposé à prendre en charge l’installation des terminaux. Les échanges auraient achoppé sur les perspectives de recettes : le fournisseur aurait estimé que 60% des passagers de la compagnie seraient prêts à payer pour se connecter, une hypothèse que le dirigeant juge incompatible avec sa clientèle. Cette présentation des négociations reste celle de Ryanair.
« Je pense que si c’est gratuit, certains de nos passagers l’utiliseront. S’il faut payer, il n’y a aucun modèle de revenus », a résumé Michael O’Leary lors de la conférence avec les investisseurs. L’enjeu n’est donc pas seulement de financer les équipements : il faut aussi, pour Ryanair, éviter qu’un service supplémentaire n’alourdisse durablement les charges sans contrepartie suffisante.
Le refus n’est pas présenté comme définitif. D’après Bloomberg, le dirigeant envisage une adoption future si l’intégration des équipements permet d’éviter la pénalité aérodynamique et si l’installation ne coûte rien à la compagnie. Il a évoqué des emplacements possibles dans le nez de l’avion ou une soute. Il s’agit cependant d’une perspective avancée par Michael O’Leary, et non de l’annonce d’une solution technique disponible ou d’un programme d’équipement de Ryanair.
EasyJet et Wizz Air prennent le chemin inverse
Pendant que Ryanair temporise, plusieurs de ses concurrentes à bas coûts franchissent le pas. Le 26 octobre, easyJet a annoncé un accord avec SpaceX pour installer Starlink sur ses Airbus A320, A320neo et A321neo. Les premières installations sont prévues au premier semestre 2027, avec un déploiement achevé début 2028. Il ne s’agit donc pas encore d’un service généralisé sur les vols de la compagnie.
EasyJet promet la navigation sur Internet, le streaming et les jeux en ligne depuis les appareils personnels des passagers. Elle évoque aussi des fonctions commerciales et pratiques, notamment la consultation d’informations sur le voyage et la possibilité de commander des produits du menu de bord. Son communiqué ne précise toutefois pas si la connexion sera gratuite ou payante, une distinction centrale dans le débat soulevé par Ryanair. « Rester connecté est désormais essentiel pour bon nombre de nos passagers », affirme Kenton Jarvis, directeur général d’easyJet, dans le communiqué de la compagnie. Le transporteur présente ainsi le Wi-Fi comme un élément de confort susceptible de peser dans le choix des voyageurs, qu’ils se déplacent pour les affaires ou les loisirs.
Wizz Air avait, de son côté, annoncé dès juin un partenariat avec Starlink, avec une introduction du service prévue à partir de 2027. Au-delà du marché low cost, Lufthansa Group prévoit d’équiper environ 850 avions d’ici à 2029, avec un accès gratuit pour les clients disposant d’un statut de fidélité et les utilisateurs de Travel ID, dans toutes les classes.
Le contraste dépasse donc la querelle de dirigeants. easyJet mise sur la connectivité pour enrichir son offre et attirer des passagers ; Michael O’Leary exige d’abord la démonstration qu’elle ne compromettra pas les coûts d’exploitation de Ryanair. Entre les deux approches, la question décisive reste moins la vitesse de connexion que celle de savoir qui en paiera réellement le prix.

Yoann a commenté :
3 novembre 2026 - 14 h 19 min
Pour une fois, MOL est provocant à juste titre !