Une scène pour le moins déroutante s’est produite hier à Gibraltar : plusieurs témoins affirment qu’une voiture connectée a reproduit, en temps réel, la trajectoire d’un vol easyJet jusqu’aux abords de la piste de l’aéroport local. L’épisode, largement relayé sur les réseaux sociaux, révèle la fragilité des systèmes GPS embarqués au passage d’avions militaires équipés de leur côté de brouilleurs stratégiques.

D’après ces témoignages, une citadine électrique dernier cri, équipée d’un système d’aide à la conduite et de navigation avancé -la marque n’est pas citée-, se serait « calée » sur le trajet du vol easyJet Londres–Gibraltar. Au fil de la descente de l’appareil, l’algorithme de guidage aurait recalculé l’itinéraire de la voiture pour qu’il suive point par point le plan de vol, faisant apparaître sur l’écran de bord une trajectoire parfaitement alignée avec celle de l’avion, jusqu’à l’extrémité nord de la piste de Gibraltar, célèbre pour couper en deux une artère routière très fréquentée.

Un brouillage militaire suspecté

Une vidéo tournée par un automobiliste, déjà visionnée des milliers de fois, montre le véhicule s’avancer jusqu’à la barrière qui protège l’axe de piste, avant de la contourner et de s’élancer sur la piste à la poursuite de l’avion commercial. « Au départ, j’ai cru à un bug de cartographie », témoigne l’auteur de la séquence. « Mais quand on a commencé à parler de brouillage militaire dans le secteur, ça ne ressemblait plus à une simple erreur de GPS. » Le conducteur de la voiture, joint par un tabloïd régional britannique, raconte avoir perdu la main sur son itinéraire : « J’ai eu l’impression d’être dans un James Bond. Je voyais le symbole de l’avion sur mon écran, et ma voiture semblait déterminée à le suivre. J’ai dû désactiver plusieurs aides à la conduite pour reprendre la situation en main. »

Quelques instants plus tôt, un avion de transport militaire américain C‑17 aurait été dérouté vers le couloir aérien de Gibraltar, après une interdiction temporaire de survol de la France et de l’Espagne. Une vengeance de la part du pilote ? Sur Truth Social, Donald Trump a évoqué la manœuvre dans un message triomphant, parlant d’« une petite virée improvisée de la logistique américaine » sur le flanc sud de l’Europe.

L’aéroport de Gibraltar à la croisée des chemins

Si les autorités gibraltariennes refusent pour l’instant de commenter, la communauté des amateurs d’aviation indique avoir relevé des anomalies de signalement sur Flightradar24hsur24 au moment du passage du C‑17. Plusieurs spécialistes avancent l’hypothèse que des systèmes de brouillage ou de protection GPS, activés pour l’appareil militaire, auraient perturbé des signaux civils à basse altitude, affectant au passage quelques véhicules connectés, dont la fameuse voiture « suiveuse » du vol easyJet.

Le décor se prête, il est vrai, à la confusion : l’aéroport international de Gibraltar est l’un des rares au monde dont la piste croise perpendiculairement une artère urbaine, la Winston Churchill Avenue, régulièrement fermée à la circulation pour laisser décoller ou atterrir les avions. « Le brouillage de signaux satellitaires est un sujet sérieux, mais il ne transforme pas une voiture en avion », tempère toutefois un chercheur en systèmes de navigation de l’Université de Portsmouth, rappelant à juste titre que le véhicule n’aurait en aucun cas pu quitter le sol. Sauf à aller en mer.

L’affaire renommée easyDrive

Sur les réseaux sociaux, l’épisode a déjà été rebaptisé « l’affaire easyDrive » et fait les délices des amateurs de technologies connectées. Sollicitée, la compagnie easyJet s’est fendue d’un commentaire rassurant : « La voiture n’aurait jamais pu décoller sans l’autorisation d’un contrôleur aérien », relève un porte-parole, tout en rappelant que « la sécurité de nos équipages et de nos passagers demeure notre priorité absolue. »

Selon son propriétaire, la voiture impliquée a depuis retrouvé un comportement parfaitement normal, après une réinitialisation complète du système embarqué. Non sans humour, il assure qu’elle « ne suit plus aucun plan de vol, seulement les limitations de vitesse ».

Brouillage militaire : la voiture connectée qui se prenait pour un Airbus à l’aéroport de Gibraltar 1 Air Journal

©Gibraltar Airport