Les suspensions en série de vols par les compagnies aériennes étrangères ont pratiquement isolé le Venezuela du reste du monde, sur fond de tensions politiques avec les Etats-Unis et de risques croissants liés aux brouillages GPS dans la région.
La stratégie de pression voulue par le Président américain Donald Trump, combinée aux avertissements de sécurité émis par les autorités aéronautiques américaines, a transformé l’espace aérien vénézuélien en zone d’évitement. Plusieurs compagnies aériennes ont annoncé l’arrêt ou la prolongation de la suspension de leurs liaisons avec Caracas, invoquant des risques pour la sécurité des vols. Parmi elles, Iberia, LATAM, GOL, Avianca, TAP Air Portugal, Turkish Airlines ou encore de Copa Airlines, qui figuraient encore parmi les dernières compagnies aériennes à desservir le Venezuela.
Avec le retrait des compagnies européennes et latino‑américaines, les dernières liaisons régulières vers le Venezuela ont été assurées par un petit nombre de compagnies régionales, Wingo, Satena ou Boliviana de Aviación, avant qu’elles n’annoncent à leur tour la fin de leurs vols. L’arrêt de ces liaisons régionales laisse le pays presque sans connectivité aérienne avec l’étranger, hors quelques vols opérés sous contrôle strict des autorités vénézuéliennes. Cette situation affecte directement la diaspora vénézuélienne et les voyageurs qui se retrouvent bloqués, contraints de recourir à des itinéraires de contournement complexes via des pays voisins par voie terrestre ou maritime.
La stratégie de pression de Donald Trump
L’isolement aérien du Venezuela s’inscrit dans une stratégie plus large de pression politique préconisée par Donald Trump, qui a appelé à considérer l’espace aérien vénézuélien comme « fermé dans son intégralité ». Depuis fin novembre, Washington a multiplié les avertissements de sécurité à destination des compagnies aériennes, évoquant une « situation potentiellement dangereuse » et recommandant d’éviter le survol du Venezuela, sur fond de tensions autour de la lutte antidrogue et de sanctions renforcées. En déclarant l’espace aérien vénézuélien fermé, Donald Trump a surtout cherché à dissuader les transporteurs étrangers d’y opérer, au‑delà des seules compagnies aériennes américaines. L’objectif semble atteint aujourd’hui, le Venezuela étant quasi-isolé du reste du monde.
Juridiquement, les États‑Unis ne peuvent pas fermer unilatéralement l’espace aérien d’un autre État, mais ils disposent de leviers puissants via les avis NOTAM (Notice to Airmen), les sanctions financières et autres restrictions. Depuis 2019, les compagnies aériennes américaines n’ont plus le droit de desservir le Venezuela, et les derniers NOTAM de sécurité ont envoyé un signal fort à l’ensemble du transport aérien international, déjà confronté à des contraintes d’assurance et de conformité en desservant le Venezuela.
Depuis la mort du socialiste Hugo Chávez en 2013, le pouvoir à Caracas est resté aux mains des chavistes, avec Nicolás Maduro à la présidence, malgré une contestation populaire récurrente de la légitimité des scrutins successifs, sur fond d’effondrement économique lié à l’incompétence et la corruption du régime autoritaire. Nicolás Maduro est visé par un acte d’inculpation pour narco‑terrorisme : la justice américaine, qui offre 50 millions de dollars pour sa capture, l’accuse de diriger, avec d’autres hauts responsables vénézuéliens, le « Cartel de los Soles ».
Des brouillages GPS au cœur des inquiétudes
Au‑delà de la dimension géo-politique, l’un des motifs majeurs de préoccupation de l’aviation civile porte sur les brouillages et interférences des signaux GPS qui affectent l’espace aérien vénézuélien et une partie de la mer des Caraïbes. Depuis le début de l’automne, des rapports techniques et des témoignages d’équipages font état de perturbations importantes des systèmes de navigation par satellite, parfois étendues sur plusieurs centaines de kilomètres autour du Venezuela.
Selon des données d’observation et des analyses publiées par des médias spécialisés, le brouillage s’est intensifié à mesure qu’augmentait la présence militaire américaine dans la région, en lien avec des opérations annoncées comme visant le trafic de drogue. Même si ni Washington ni Caracas ne reconnaissent officiellement l’usage de brouilleurs, ces dispositifs serviraient à protéger des installations militaires contre des attaques de drones, de part et d’autre, avec des effets collatéraux sur l’aviation civile.
La plupart des avions de ligne reposent encore principalement sur l’ancienne génération de signaux GPS, plus vulnérables au brouillage, et que les flottes ne sont pas toutes équipées de systèmes redondants plus récents. Aussi, les interférences peuvent entraîner des pertes temporaires de position GPS et obliger les équipages à revenir à des procédures de navigation conventionnelles, dans un environnement déjà complexe.
Par ailleurs, l’Agence fédérale de l’aviation américaine (FAA) a publié fin novembre un avis de sécurité demandant aux compagnies de faire preuve d’une extrême prudence lors des survols du Venezuela, en raison de brouillages GNSS (Systèmes de navigation par satellite), d’une activité militaire accrue et de systèmes de défense aérienne capables d’atteindre les altitudes de croisière. Des plateformes d’information aéronautique indépendantes recommandent désormais d’éviter le couloir aérien SVZM/Maiquetía sauf nécessité absolue, mentionnant des cas d’intégrité de navigation « dégradée ».

Aéroport de Caracas @AJ/DR
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