Les compagnies européennes boudent toujours le ciel iranien et irakien, pourtant rouvert, sur fond de nouvelles flambées de violences et de contestation en Iran qui ravivent le spectre d’une escalade militaire. Face à un espace aérien jugé moins sécuritaire, les transporteurs préfèrent rallonger leurs routes.

L’espace aérien iranien a été fermé sans préavis pendant près de cinq heures dans la nuit du 14 au 15 janvier (avant de rouvrir), sur fond de craintes d’une action militaire américaine et d’une montée des troubles internes. Cette fermeture éclair du FIR (Flight Information Region) de Téhéran, suivie d’une reprise partielle des survols, a rappelé aux compagnies la fragilité d’un corridor déjà marqué par des années de tensions régionales et de risques de fermetures soudaines.
Plusieurs États européens, à commencer par l’Allemagne, ont émis ou renforcé leurs recommandations de prudence, Berlin conseillant explicitement à ses transporteurs d’éviter l’espace aérien iranien. Dans le même temps, des organismes spécialisés comme Safe Airspace maintiennent un niveau de risque élevé sur l’Iran, qualifié de zone à « ne pas survoler », en raison des troubles intérieurs et du risque de décisions brutales des autorités de contrôle aérien.

Lufthansa, KLM, Air France : prudence assumée

Lufthansa a annoncé qu’elle contournerait l’espace aérien iranien et irakien « jusqu’à nouvel ordre », tout en réorganisant ses opérations au Moyen-Orient, avec notamment des vols limités aux seules liaisons de jour vers Tel‑Aviv et Amman sur une période de plusieurs jours. La compagnie allemande prévient que certaines rotations pourront être annulées et que les horaires resteront ajustés en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire dans la région.

La maison‑mère Air France‑KLM reste elle aussi extrêmement prudente : Air France a depuis longtemps renoncé à utiliser l’espace iranien pour ses routes vers l’Asie, préférant des trajectoires plus méridionales via la Turquie, l’Égypte ou la péninsule Arabique. KLM confirme de son côté que « KLM évite actuellement l’espace aérien iranien par précaution — une route que nous empruntions déjà rarement. La fermeture de l’espace aérien iranien la nuit dernière n’a donc eu aucun effet sur nos opérations ».

Wizz Air, British Airways, Finnair : routes déviées et escales supplémentaires

Selon les données de suivi de vol, des compagnies comme Wizz Air, Lufthansa et British Airways ont toutes dévié leurs routes pour contourner les espaces aériens iranien et irakien, privilégiant des trajectoires plus au nord, via l’Afghanistan et l’Asie centrale, afin de réduire leur exposition aux risques régionaux. Un porte‑parole de Wizz Air explique ainsi : « Nous évitons les espaces aériens irakien et iranien, de sorte que certains vols à destination de l’ouest au départ de Dubaï et d’Abou Dhabi devront effectuer des arrêts (carburant et relève d’équipage) à Larnaca, à Chypre, ou à Thessalonique, en Grèce ».

Chez British Airways, la maison‑mère IAG indique que « tous les vols British Airways vers Bahreïn sont annulés jusqu’au 16 janvier inclus », illustrant la prudence accrue des transporteurs britanniques vis‑à‑vis du Golfe lorsqu’il s’agit de traverser des zones jugées instables. Finnair a pour sa part cessé de voler au‑dessus de l’Irak et fait désormais transiter ses vols vers Doha et Dubaï au‑dessus de l’Arabie saoudite, après avoir déjà renoncé de longue date aux survols de l’Iran, de la Syrie et d’Israël pour des raisons de sécurité.

Conséquences pour les voyageurs

Pour les passagers, le contournement de l’espace iranien se traduit par des temps de vol plus longs, des escales techniques supplémentaires et une plus grande vulnérabilité aux retards en chaîne sur les axes Europe–Asie et Europe–Golfe. Les itinéraires qui reposaient historiquement sur le corridor iranien sont progressivement remplacés par des routings via l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie ou encore l’Asie centrale, ce qui peut allonger la durée de certains trajets d’une quarantaine de minutes à plus d’une heure selon les conditions de vent et la congestion des couloirs alternatifs.

Troubles en Iran, risques de fermeture : le corridor aérien moyen‑oriental se recompose 1 Air Journal

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