La vague de fermetures d’espaces aériens en Iran, en Irak, en Israël, au Qatar, au Koweït, à Bahreïn et dans d’autres pays de la région, décidée dans la foulée des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, a plongé le trafic aérien mondial dans une crise d’une ampleur inédite depuis la pandémie.

Hubs de Dubaï, Doha et Abou Dhabi à l’arrêt, milliers de vols annulés, passagers français et internationaux bloqués loin de chez eux : c’est toute la géographie des liaisons entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie qui se trouve brutalement reconfigurée.

En quelques heures, la carte du trafic aérien au-dessus du Moyen-Orient s’est vidée de ses avions : l’espace aérien de l’Iran, de l’Irak, du Koweït, du Qatar, de Bahreïn et d’Israël a été fermé aux vols civils, tandis que les Émirats arabes unis appliquaient une fermeture « temporaire et partielle » de leur ciel. Les images publiques de FlightRadar24 montrent un vaste « trou noir » aérien au-dessus du Golfe, obligeant les compagnies à dérouter d’urgence leurs appareils vers des itinéraires de contournement par la Méditerranée orientale, l’Arabie saoudite ou la mer Rouge. Les conséquences ont été immédiates sur les trois grands hubs que sont Dubaï, Abou Dhabi et Doha, qui concentrent habituellement une part centrale du trafic entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Selon les données de Cirium, plus de 1 800 vols opérés par Emirates, Qatar Airways et Etihad ont été annulés en 48 heures, alors que ces compagnies transportent en temps normal environ 90 000 passagers par jour en transit par leurs plateformes.

Des terminaux saturés et des voyageurs ballottés

Dans les halls presque immobiles de Dubaï et de Doha, la crise se lit dans les files qui s’allongent devant les comptoirs de transfert et les bureaux d’hôtels. « On nous a annoncé d’abord un retard, puis une annulation, et maintenant on ne sait même plus quand on pourra repartir », raconte un passager français joint à Hamad International Airport, à Doha, où des rangées de passagers patientent sur des sièges transformés en couchettes improvisées.

À Dubaï, qualifié de plus grand aéroport international du monde par le volume de passagers, les autorités ont fait état de quatre blessés après une attaque de drone sur la plateforme, tandis qu’à l’aéroport Zayed d’Abou Dhabi un mort et sept blessés ont été recensés. Des frappes ont également été signalées à l’aéroport international du Koweït, accentuant encore la désorganisation des opérations au sol et les interruptions de pistes.

Compagnies du Golfe à l’arrêt forcé

Face à la fermeture de leurs espaces aériens nationaux, les grands transporteurs de la région ont suspendu ou drastiquement réduit leurs programmes de vols. Emirates a interrompu l’ensemble de ses opérations au départ et à l’arrivée de Dubaï pendant plusieurs heures, avant de ne reprendre que de façon partielle, tandis qu’Etihad a annoncé la suspension de tous ses vols au départ d’Abou Dhabi jusqu’à au moins 2 h du matin, heure locale, lundi.

Qatar Airways a, de son côté, stoppé temporairement ses opérations en raison de la fermeture de l’espace aérien qatari, une réouverture étant conditionnée à l’évolution de la situation sécuritaire. Selon les estimations relayées par plusieurs médias économiques, Qatar Airways aurait annulé près de 60% de ses vols le premier jour de la crise, Emirates environ 65% et Etihad autour de 50%. Ces ratios donnent la mesure du choc subi par des réseaux conçus autour du transit massif de long-courriers.

Un effet domino sur les transporteurs européens et asiatiques

L’onde de choc dépasse largement les frontières de la région. De nombreux transporteurs européens ont suspendu leurs liaisons avec le Moyen-Orient, ou renoncé, au moins temporairement, à survoler les pays directement touchés. Pour les passagers français en correspondance dans le Golfe, la situation a souvent tourné au casse-tête logistique. Depuis Paris ou les grandes métropoles régionales, de nombreux voyageurs à destination de l’Asie du Sud, de l’Asie du Sud-Est ou de l’Océanie transitent en temps normal par Dubaï, Doha ou Abou Dhabi, en profitant des fréquences élevées et des tarifs compétitifs des compagnies du Golfe.

« Nous devions rejoindre Bangkok via Doha, mais après l’atterrissage on nous a simplement demandé d’attendre des nouvelles de la compagnie, sans aucune information claire sur une éventuelle prise en charge », témoigne un couple de trentenaires résidant en région parisienne, qui dit avoir passé la nuit à l’aéroport, faute de solution de re-routage immédiat. Plusieurs passagers français rapportent avoir été réacheminés vers des aéroports alternatifs en Europe ou dans la région — Larnaca, Riyad, Djeddah ou Le Caire — avant d’être parfois renvoyés vers leur point de départ en attendant la réouverture des couloirs aériens.

Détours massifs, temps de vol allongés et surcoûts

Pour les vols maintenus, les contraintes opérationnelles se sont multipliées. De nombreux appareils reliant l’Europe à l’Asie ont dû abandonner leurs routes habituelles passant par l’espace aérien iranien, irakien ou du Golfe, pour emprunter des détours par le nord (Turquie, Caucase, mer Caspienne) ou par le sud (mer Rouge, péninsule arabique), afin d’éviter les zones de conflit.

Ces rallongements de trajectoire se traduisent par une augmentation significative du temps de vol et de la consommation de carburant, grevant les coûts opérationnels des transporteurs. Les experts du secteur anticipent une hausse rapide des tarifs si la situation perdure, les compagnies cherchant à répercuter au moins une partie de ces surcoûts sur les billets long-courriers, particulièrement sur les axes Europe–Asie et Europe–Océanie.

Frappes contre l’Iran : le pont aérien entre l’Europe et l’Asie coupé net 1 Air Journal

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