L’Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne (EASA) vient de publier un bulletin « zones de conflit » (CZIB 2026‑02) recommandant aux compagnies régies par la réglementation européenne, ainsi qu’aux transporteurs de pays tiers autorisés par l’EASA, de ne plus opérer dans l’espace aérien iranien, et ce à tous les niveaux de vol de la région d’information de vol de Téhéran (FIR Tehran – OIIX).
Cette alerte intervient sur fond de tensions militaires accrues et de mise en alerte renforcée de la défense aérienne iranienne, avec un risque jugé élevé de méprise sur des avions civils.
Une FIR entièrement classée « à éviter »
Dans son bulletin, valable jusqu’au 16 février 2026 sauf révision anticipée, l’EASA indique que la recommandation couvre « toutes les altitudes et tous les niveaux de vol » au sein de la FIR de Téhéran (code OIIX), qui englobe l’ensemble de l’espace aérien iranien contrôlé. Une FIR (Flight Information Region) désigne une région d’information de vol, c’est‑à‑dire une portion d’espace aérien à l’intérieur de laquelle un organisme de contrôle désigné fournit les services de la circulation aérienne aux vols civils.
L’agence européenne souligne que cette recommandation s’applique à la fois aux opérateurs soumis au règlement (UE) 965/2012 et aux compagnies de pays tiers opérant vers, depuis ou au sein de l’Union dans le cadre d’une autorisation dite TCO (Third Country Operator). Elle rappelle que les compagnies doivent intégrer ces contraintes dans leur planification de routes et de carburant, en anticipant des trajectoires alternatives pour les vols reliant l’Europe à l’Asie ou au Golfe.
Défense aérienne en alerte et risque de méprise
Selon l’EASA, « la situation actuelle et la possibilité d’une action militaire des États‑Unis, qui a placé les forces de défense aérienne iraniennes en état d’alerte renforcé, augmentent la probabilité de méprise au sein de la FIR Téhéran (OIIX) ». L’agence insiste sur « la présence et l’éventuelle utilisation d’une large gamme d’armes et de systèmes de défense sol‑air », conjuguées à des « réactions étatiques imprévisibles » et à la possible activation de missiles sol‑air (SAM), ce qui crée « un risque élevé pour les vols civils à toutes les altitudes ».
Cette mise en garde s’inscrit dans un contexte de tensions régionales persistantes, marqué par des troubles intérieurs en Iran et par des menaces de ripostes contre des bases américaines stationnées dans les pays voisins en cas d’opération militaire occidentale. Plusieurs États, dont les États‑Unis via le SFAR 117, interdisent déjà à leurs transporteurs de survoler la FIR de Téhéran en raison du risque de méidentification et d’activités militaires non annoncées.
Concrètement, de nombreuses compagnies européennes avaient déjà dévié leurs routes pour contourner à la fois l’Iran et l’Irak, privilégiant des trajectoires plus au nord (via l’Afghanistan ou l’Asie centrale) ou plus au sud (via l’Égypte et l’Arabie saoudite), ce qui rallonge les temps de vol et renchérit les coûts d’exploitation. Des transporteurs comme Lufthansa, British Airways ou Wizz Air évitent ainsi depuis plusieurs jours le corridor iranien, malgré une réouverture officielle de l’espace aérien décidée par Téhéran après une fermeture de quelques heures qui avait entraîné déviations et annulations.
Des plateformes spécialisées comme Safe Airspace classent depuis plusieurs années la FIR de Téhéran au niveau de risque le plus élevé, « Do Not Fly », en insistant sur la possibilité de fermetures de l’espace aérien à très court préavis, d’activités militaires non signalées et d’une instabilité politique durable.

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