Southwest Airlines a tourné une page majeure de son histoire en abandonnant, après plus d’un demi-siècle, son système d’« open seating » – où les passagers choisissaient librement leur place à l’embarquement – au profit de sièges attribués à l’avance pour tous ses passagers. La low cost texane s’aligne ainsi sur le modèle dominant du secteur, tout en introduisant une nouvelle segmentation commerciale de sa cabine avec trois catégories de sièges : Standard, Preferred et Extra Legroom.
Depuis 1971, Southwest était la dernière grande compagnie américaine à fonctionner sans sièges attribués, les passagers choisissant librement leur place une fois montés à bord, en fonction de leur groupe et de leur numéro d’embarquement. Le dernier vol en « open seating » a eu lieu le 27 janvier 2026 entre Honolulu et Los Angeles, clôturant une tradition devenue emblématique de la compagnie aérienne texane. Les premiers vols en sièges attribués ont été célébrés en grande pompe dans certains aéroports américains, avec salves de canons à eau, ballons et messages « I understood the assignment » (« J’ai compris la consigne ») aux portes d’embarquement.
La nouvelle politique repose désormais sur une cabine structurée en trois zones : des sièges Standard, inclus dans la plupart des tarifs ; des sièges Preferred, offrant un emplacement plus prisé à l’avant de l’appareil ; et des sièges Extra Legroom, avec jusqu’à environ cinq centimètres de pitch supplémentaire, situés à l’avant ou près des issues de secours, vendus avec un supplément parfois de plusieurs dizaines de dollars selon la route. Le système historique d’embarquement par groupes A/B/C avec numéro de position cède la place à huit groupes numérotés (1 à 8), l’ordre étant déterminé par le type de siège choisi, le niveau de fidélité et, dans certains cas, la carte de crédit co‑brandée.
Les atouts et limites de l’« open seating »
Le système d’« open seating », qui permettait de s’installer à n’importe quelle place disponible, présentait plusieurs avantages pour Southwest Airlines comme pour une partie de sa clientèle. Sur le plan opérationnel, il contribuait à des embarquements rapides, en laissant les flux se répartir naturellement dans la cabine. Sur le plan commercial, il renforçait l’image de compagnie aérienne « jeune et décontractée », rompant avec les codes traditionnels du transport aérien, et fidélisait une clientèle attachée à ce rituel très particulier de « la course aux meilleures places ».
Mais ce modèle avait aussi ses inconvénients, de plus en plus visibles à mesure que Southwest Airlines étendait son réseau et que le marché évoluait. De nombreux passagers dénonçaient le stress de la « ruée » à l’embarquement, la crainte de se retrouver séparés de leurs proches, ou de ne pas obtenir de siège couloir ou hublot sur des vols longs vers Hawaï ou l’Amérique centrale. Certains clients réguliers résumaient ce sentiment en estimant que le système faisait de chaque embarquement une « loterie ».
Une nouvelle expérience à bord pour les passagers
Concrètement, les passagers sélectionnent désormais leur siège au moment de la réservation, en choisissant parmi les trois catégories proposées, selon le tarif payé ou les options ajoutées. Les sièges Extra Legroom, situés à l’avant de la cabine ou aux issues de secours, sont prioritaires dans les groupes d’embarquement 1 et 2, tandis que les clients fidèles (statut A‑List et A‑List Preferred) peuvent accéder sans surcoût à certains de ces sièges, en fonction des disponibilités.
Les familles devraient, en théorie, y gagner en sérénité avec l’assurance d’être assises ensemble, et les voyageurs occasionnels ne seront plus obligés de se connecter exactement 24 heures avant le départ pour espérer un bon numéro de groupe. À l’inverse, les plus nostalgiques de l’« open seating » dénoncent une « normalisation » de Southwest Airlines, craignant que la compagnie aérienne texane ne perde une part de sa singularité et de sa proximité historique avec les passagers.
Pourquoi basculer vers les sièges attribués
La décision de passer aux sièges attribués ne s’explique pas seulement par des raisons d’image, mais par un faisceau de facteurs commerciaux, concurrentiels et financiers. D’abord, les études internes de Southwest Airlines ont montré que le marché avait changé : « Après des recherches approfondies, nous avons constaté que 80% de nos clients actuels et 86% de nos clients potentiels préfèrent un siège attribué », a expliqué un porte-parole, en précisant que l’absence de sièges assignés était devenue la première raison de choisir une compagnie aérienne concurrente.
Dans un communiqué, Tony Roach, vice‑président exécutif de Southwest Airlines, résume ainsi l’argument central : « Nos clients souhaitent plus de choix et un meilleur contrôle de leur expérience de voyage. L’attribution des sièges leur offre de nouvelles possibilités, comme celle de choisir des sièges avec plus d’espace pour les jambes, et élimine l’incertitude quant à leur place en cabine. » Pour la low cost, ce virage ouvre aussi la voie à de nouvelles recettes, via la tarification dynamique des sièges Preferred et Extra Legroom, dans un contexte où les actionnaires réclament davantage de revenus ancillaires et une convergence avec les standards de l’industrie (sièges payants, segmentation tarifaire, services premium).
Avec la fin de l’« open seating », c’est une page d’histoire de l’aviation américaine qui se tourne, tant ce système avait contribué à façonner l’identité de Southwest Airlines et à différencier la low cost de Dallas de ses concurrentes nord-américaines. Reste à savoir si les anciens adeptes de la « course aux sièges » vont s’accommoder de ce nouveau modèle, avec pour la compagnie aérienne des revenus supplémentaires au rendez‑vous.

@Southwest Airlines
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