Après une nouvelle évaluation sécuritaire, le ministère israélien des Transports a presque paralysé le trafic à l’aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv, limitant les mouvements à un vol entrant et un vol sortant par heure, avec un plafond de 50 passagers à l’embarquement.

La compagnie nationale El Al annonce un programme réduit à l’os, recentré sur quelques liaisons internationales jugées essentielles, tandis qu’Arkia délocalise une grande partie de ses opérations vers la Jordanie et l’Égypte. Ces mesures marquent un tournant pour le transport aérien israélien, déjà fragilisé par la guerre déclenchée avec l’Iran fin février 2026.

Ben Gourion au ralenti, ciel israélien sous contrainte

Les nouvelles restrictions sont entrées en vigueur le 23 mars 2026, à la suite d’une évaluation sécuritaire menée par la ministre des Transports, Miri Regev, sur fond de tirs de missiles iraniens et de menaces du Hezbollah au Liban. Selon plusieurs médias, dont Reuters et la presse israélienne, deux interceptions ratées lors d’attaques iraniennes le 21 mars, ayant provoqué des dégâts et des blessés dans le sud du pays, ont pesé lourd dans la décision.

Concrètement, Ben Gourion est désormais limité à un seul vol entrant et un seul vol sortant par heure. Les vols à l’arrivée ne sont pas plafonnés en nombre de passagers, mais chaque départ est restreint à un maximum de 50 voyageurs, ce qui réduit de facto la capacité de l’aéroport à une fraction de son niveau normal. «Afin de préserver des vies humaines, j’ai décidé de réduire temporairement le nombre de décollages, d’atterrissages et de passagers à l’aéroport Ben Gourion », a déclaré Miri Regev, citée par la presse locale.

El Al réduite à l’essentiel

Pour El Al, ces limitations reviennent à ramener son offre à environ 5% de ses capacités habituelles en sièges. La compagnie, déjà engagée depuis fin février dans des vols de rapatriement en lien avec le conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, parle désormais d’un réseau réduit aux seules liaisons jugées vitales.

El Al explique que ces contraintes «reviennent à n’opérer que des vols essentiels, avec pour objectif de maintenir le pont aérien entre Israël et le reste du monde », en donnant une «priorité particulière aux cas humanitaires et médicaux », selon des déclarations rapportées par Reuters. La compagnie prévoit de maintenir une poignée de destinations clés au départ de Ben Gourion, notamment New York, Los Angeles, Miami, Londres, Paris, Rome et Athènes, opérées avec des vols fortement en sous-capacité au départ d’Israël.

Dans ce contexte, El Al appelle les autorités à ouvrir l’aéroport Ramon, près d’Eilat, comme alternative complémentaire à Ben Gourion afin de préserver un minimum de desserte internationale et d’offrir une autre option aux passagers. Situé à plus de quatre heures de route de Tel-Aviv, près des frontières israéliennes avec la Jordanie et l’Égypte, Ramon présente l’avantage d’être éloigné des principaux centres urbains visés par les missiles.

Arkia s’exile à Aqaba et Taba

Les conséquences ne se limitent pas à la seule compagnie nationale. La pression opérationnelle pousse aussi les autres transporteurs israéliens à se réorganiser en urgence. Arkia Israeli Airlines, deuxième acteur du marché, annonce ainsi le transfert de la majorité de ses opérations internationales vers la Jordanie et l’Égypte.

La compagnie prévoit de basculer l’essentiel de ses vols long-courriers – notamment vers New York, Bangkok ou Hanoï – vers les aéroports d’Aqaba, en Jordanie, et de Taba, en Égypte, où les avions peuvent décoller sans se voir imposer le plafond de 50 passagers. Arkia maintiendra une activité minimale à Ben Gourion, concentrée sur quelques routes régionales comme Larnaca (Chypre) et Athènes (Grèce), principalement pour des besoins humanitaires ou de continuité minimale de service. Pour son directeur général, Oz Berlowitz, les limites actuelles reviennent de fait à fermer le ciel israélien au trafic normal. «Avec les dernières restrictions, il n’est pas possible de maintenir une activité aérienne régulière, et cela équivaut en pratique à la fermeture du ciel d’Israël », a-t-il dénoncé, cité par des médias économiques israéliens et par Reuters.

Un système aérien sous tension structurelle

Ces nouvelles mesures s’inscrivent dans un durcissement progressif du régime de vols en Israël depuis le début de la campagne militaire contre l’Iran, fin février 2026. Des responsables de l’aviation civile avaient même recommandé, dès avant la décision de Miri Regev, la fermeture immédiate de l’espace aérien israélien, à l’approche de la Pâque juive et face à la multiplication des tirs de missiles.

Pour l’heure, le gouvernement a opté pour une solution intermédiaire qui permet de maintenir un filet de connectivité internationale tout en réduisant le risque que des appareils civils se trouvent sur des trajectoires menacées. Cette stratégie a toutefois un coût élevé : raréfaction des sièges, complexification des itinéraires, transferts par la route vers des bases alternatives comme Ramon, Aqaba ou Taba, et incertitude permanente pour les passagers comme pour les compagnies.

Israël ferme (presque) son ciel : El Al réduite à 5% de ses capacités 1 Air Journal

@Arkia