Après près d’un mois de blocages qui ont paralysé ses opérations, Air Calédonie (Aircal) a franchi une étape décisive. Le conseil d’administration de la compagnie aérienne régionale a décidé, à l’unanimité, d’engager une procédure collective de sauvegarde auprès du tribunal de commerce. Cette mesure vise à protéger l’entreprise face à une situation financière devenue intenable.
Depuis le 2 mars 2026, les aérodromes des îles Loyauté et de l’île des Pins sont bloqués par des collectifs d’usagers. Ces blocages ont pour but de protester contre le projet de transfert des opérations d’Air Calédonie de l’aérodrome urbain de Magenta, au cœur de Nouméa, vers l’aéroport international de La Tontouta, situé à une quarantaine de kilomètres. Les opposants dénoncent un doublement des temps de trajet et une hausse potentielle des tarifs pour les habitants des îles.
Résultat : la desserte aérienne domestique est quasiment à l’arrêt depuis vingt-cinq jours. Air Calédonie, qui assure la continuité territoriale au sein de l’archipel, a vu son activité s’effondrer. Le directeur général, Daniel Hombouy, avait alerté début mars : avec seulement 360 millions de francs CFP (environ 3 millions d’euros) en trésorerie, la société ne pouvait « tenir un mois maximum », perdant jusqu’à dix millions de francs CFP par jour en raison des blocages.
Une décision unanime pour protéger Air Calédonie
Le conseil d’administration, réuni hier vendredi 27 mars, a acté la procédure collective de sauvegarde. Dans un communiqué, Air Calédonie explique : « Après vingt-cinq jours d’arrêt de la desserte aérienne domestique en raison des blocages des aérodromes des îles Loyauté et de l’île des Pins, la situation financière de la compagnie n’est plus tenable. »
Cette procédure de redressement judiciaire permet de geler les dettes et d’ouvrir une période d’observation. Un plan de redressement sera proposé. La poursuite de l’activité reste toutefois conditionnée à la réouverture des aérodromes et au soutien financier des actionnaires pendant cette période. Note positive : le collectif de l’île des Pins a levé son blocage le jour même de l’annonce, ouvrant une possible fenêtre de reprise partielle.
La crise a frappé les 220 employés de la compagnie régionale. Dès la mi-mars, près de la moitié d’entre eux avait été placée en chômage partiel pour préserver la trésorerie. « La décision a été prise pour préserver la trésorerie. Elle sera épuisée début avril », avait indiqué la direction. L’Union syndicale des travailleurs kanak et exploités (USTKE) regrettait alors que « les salariés se retrouvent pris en otage dans un différend opposant les usagers des îles au gouvernement local ».
Des difficultés structurelles aggravées par la crise
Air Calédonie traversait déjà des turbulences depuis plusieurs années. La fréquentation est tombée à 180 000 passagers en 2025, loin des 300 000 nécessaires à l’équilibre financier. La crise sanitaire, puis les violences de 2024 en Nouvelle-Calédonie, ont fortement pesé sur son activité.
La direction avait tenté des mesures d’économie : suppression de 38 % des effectifs et vente d’un avion ATR 72-600. Le transfert vers La Tontouta visait, lui, à réaliser quelque 477 millions de francs CFP (4 millions d’euros) d’économies annuelles et à capter une clientèle internationale. Mais ce projet a cristallisé les oppositions locales.
Quel avenir pour la compagnie vitale de l’archipel ?
La procédure collective de sauvegarde offre un sursis à Air Calédonie, compagnie publique essentielle pour relier les îles et maintenir la continuité territoriale. Cependant, la sortie de crise dépendra de la levée complète des blocages et des décisions des actionnaires. Les prochains jours seront donc déterminants.
Pour les milliers d’usagers habitués aux vols domestiques, la reprise des liaisons reste incertaine, dans un territoire déjà fragilisé par une crise économique durable. Ce dernier conflit met en lumière les tensions entre impératifs économiques et attentes des populations insulaires, dans un contexte où l’aviation joue un rôle stratégique pour la cohésion de la Nouvelle-Calédonie.

@Air Calédonie
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