En République démocratique du Congo (RDC), la compagnie aérienne nationale Congo Airways traverse une crise profonde. Créée en 2015 avec quatre appareils, elle ne dispose aujourd’hui d’aucun avion propre opérationnel, exploitant de manière irrégulière des avions de location.  

Une compagnie nationale en difficulté chronique
Face à cette situation préoccupante, le Président congolais Félix Tshisekedi a exigé du gouvernement un nouveau plan de relance « actualisé, réaliste et rigoureusement encadré ». Malgré plusieurs tentatives de redressement, Congo Airways accumule les dysfonctionnements : problèmes financiers récurrents, litiges liés aux baux d’avions, suspensions répétées de vols et une gouvernance souvent critiquée. Une mission d’enquête mixte menée fin 2025 par l’Inspection générale des finances, le Conseil supérieur du portefeuille et l’Autorité de l’aviation civile a révélé des engagements financiers « imprudents » et des manquements réglementaires.

Lors du Conseil des ministres du 20 mars 2026, le chef de l’État a jugé la situation « préoccupante ». Il a chargé la Première ministre Judith Tuluka Suminwa de superviser l’élaboration d’un plan de relance, avec le concours des ministres des Transports, des Finances et du Portefeuille.

« Le Président de la République a engagé le vice-Premier ministre en charge des Transports, le ministre des Finances et la ministre du Portefeuille, sous la supervision de la Première ministre, à élaborer un plan de relance actualisé, réaliste et rigoureusement encadré sur le plan financier », indique le compte rendu officiel du Conseil des ministres.

Ce plan doit inclure une refonte de la gouvernance, des mécanismes de contrôle interne, des audits réguliers, une meilleure gestion des ressources humaines et un reporting transparent à l’État actionnaire. Le Président Tshisekedi a également demandé à l’État de solder ses dettes envers la compagnie aériennes pour assainir ses finances.

Un secteur aérien dominé par d’autres acteurs
En l’absence de flotte opérationnelle chez Congo Airways, d’autres compagnies aériennes assurent l’essentiel du trafic en RDC. La plus active est Air Congo, créée fin 2024 sous forme de joint-venture (51 % État congolais – 49 % Ethiopian Airlines). Cette nouvelle compagnie nationale a démarré ses opérations domestiques en décembre 2024 avec deux Boeing 737-800 loués à Ethiopian, avant d’en recevoir un troisième en février 2026.

Dès mars 2026, Air Congo a lancé ses premières liaisons régionales : Kinshasa-Johannesburg (via Lubumbashi), Entebbe, Douala, Cotonou et Dar es Salaam. Elle ambitionne de renforcer la connectivité régionale et de concurrencer des transporteurs comme Uganda Airlines ou Air Tanzania sur certains axes.

D’autres compagnies privées ou régionales complètent l’offre : flyCAA (Compagnie Africaine d’Aviation) reste un acteur historique sur les liaisons intérieures, notamment avec son rare Airbus A330 sur les vols longs domestiques comme Kinshasa-Lubumbashi. Air Kasaï opère également sur le réseau intérieur avec une flotte plus modeste. Ethiopian Airlines, partenaire stratégique, maintient une présence importante avec des dessertes à Kinshasa, Lubumbashi et Goma.

Un trafic aérien en croissance mais encore fragile
Le transport aérien en RDC reste essentiel dans un pays immense où les infrastructures routières et ferroviaires sont souvent défaillantes. En 2019, avant la crise-Covid, les aéroports congolais avaient enregistré un record de plus de 1,1 million de passagers embarqués, dont près de 525 000 à l’aéroport international de N’Djili (Kinshasa) et 190 000 à Lubumbashi.

Après la pandémie, le trafic a connu une reprise progressive, portée par la demande domestique (liaisons vers les provinces minières et les grandes villes) et les besoins des secteurs extractifs. L’aéroport de N’Djili, principal hub du pays, affiche une capacité actuelle d’environ 1,8 million de passagers par an, avec des projets d’extension ambitieux (nouveau terminal visant 5 millions de passagers).

Cependant, le secteur reste fragile : faiblesse structurelle de compagnies aériennes, coûts élevés des opérations, problèmes de maintenance et concurrence limitée expliquent des tarifs souvent élevés pour les voyageurs congolais. La relance réussie de Congo Airways (ou le développement d’Air Congo avec le soutien d’Ethiopian Airlines) est donc vue comme un levier stratégique pour désenclaver les provinces, soutenir l’économie et améliorer l’accessibilité du territoire.

Un enjeu majeur pour la mobilité nationale
Les prochaines semaines seront décisives. Le gouvernement doit présenter un plan concret, chiffré et assorti de garanties de suivi. Après plusieurs tentatives infructueuses, la réussite de ce nouveau plan dépendra de la rigueur de sa mise en œuvre et de l’engagement de toutes les parties prenantes.

Pour un pays de la taille de la RDC, un transport aérien fiable et abordable n’est pas un luxe, mais une nécessité pour le développement économique et l’unité nationale.

République démocratique du Congo : plan de relance pour Congo Airways et montée en puissance d’Air Congo 1 Air Journal

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