Air China a officiellement rétabli ce lundi sa liaison passagers entre Pékin et Pyongyang, mettant fin à plus de six ans d’interruption et complétant la remise en route progressive des connexions aériennes et ferroviaires entre la Chine et la Corée du Nord.
Cette reprise, très encadrée, ne signifie pas pour autant une réouverture du pays au tourisme de masse, mais offre de nouveau un corridor aérien essentiel aux échanges diplomatiques et économiques entre les deux capitales.
L’avion d’Air China en provenance de Pékin a atterri lundi matin à Pyongyang, marquant la reprise formelle des vols passagers du transporteur chinois entre les capitales chinoise et nord‑coréenne après une suspension remontant à janvier 2020. La ligne, inaugurée en 2008, avait été interrompue avec la fermeture quasi totale des frontières nord‑coréennes au début de la pandémie de Covid‑19. Le vol hebdomadaire CA121 quitte l’aéroport international de Pékin‑Capitale à 8h05 pour une arrivée prévue à 11h00 à l’aéroport de Pyongyang‑Sunan, tandis que le retour CA122 décolle de Pyongyang à 12h00 pour se poser à 12h55 à Pékin. Air China programme cette rotation le lundi, au moins jusqu’à la mi‑mai, avec un Boeing 737‑700.
Fréquences limitées, tarifs élevés, accès contrôlé, concurrence
Pour l’instant, la reprise reste prudente : Air China opère un vol par semaine, quand Air Koryo, la compagnie nord‑coréenne, a déjà relancé en août 2023 deux rotations hebdomadaires entre Pyongyang et Pékin. Les écrans de réservation indiquent des vols le lundi, avec une réduction de la desserte prévue en juin, où seules deux rotations seraient assurées sur le mois. Les billets sont proposés à partir de 2 040 yuans, soit environ 280 dollars, niveau qui reflète une capacité limitée et un profil de clientèle principalement affaire ou institutionnelle.
La reprise des vols d’Air China intervient quelques jours après celle des trains de passagers entre Pékin, Dandong et Pyongyang, rétablis le 12 mars après six ans d’interruption. Selon China State Railway Group, ces circulations internationales visent à soutenir la reprise des échanges de personnel, la coopération économique et les liens culturels entre les deux pays. Depuis l’été 2023, les liaisons se sont rouvertes par étapes : Air Koryo a d’abord rétabli certaines fréquences vers Pékin et Vladivostok, essentiellement pour des vols de rapatriement et des déplacements ciblés. La remise en service d’une ligne régulière par la compagnie nationale chinoise, après plusieurs années de ciel vide sur cet axe, est interprétée par plusieurs observateurs comme un signe supplémentaire du « dégel », mesuré, des échanges bilatéraux.
Un corridor stratégique plus qu’une route touristique
Avant la pandémie, la Chine représentait plus de 80% des arrivées en Corée du Nord, composées en grande partie de voyageurs d’affaires de courte durée, de travailleurs humanitaires et de groupes touristiques très encadrés. Selon Young Pioneer Tours, l’un des opérateurs spécialisés historiques sur la Corée du Nord, le pays reste officiellement fermé au tourisme international, à l’exception de certains ressortissants russes admis sous régime très contrôlé. Les nouvelles rotations d’Air China devraient d’abord servir les diplomates, les entreprises chinoises engagées dans les projets miniers, d’infrastructures ou de construction, ainsi que quelques organisations internationales soumises à des régimes d’autorisations spécifiques.
Cette reprise s’inscrit dans un contexte de renforcement des échanges politiques entre Pékin et Pyongyang, alors même que la Corée du Nord reste fermée au tourisme pour le grand public. Le Korea Herald note que la décision reflète des « relations restaurées » entre les deux États, sur fond de contacts diplomatiques de haut niveau depuis la visite de Kim Jong‑un en Chine l’an dernier. Dans la région, plusieurs médias, dont le Hankyoreh et Kyodo, interprètent le retour d’Air China comme un indicateur de la volonté de Pékin de normaliser, au moins partiellement, ses échanges avec Pyongyang tout en restant dans le cadre des sanctions onusiennes.
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