En pleine vague de retours de vacances de Pâques, la grève d’une journée des personnels de cabine de Lufthansa et Lufthansa CityLine ce 10 avril désorganise le trafic aérien allemand, avec plus de 520 vols annulés et quelque 90 000 passagers affectés, principalement à Francfort et Munich. Cette journée de chaos dans le ciel allemand intervient alors que Lufthansa et Ver.di annoncent un premier accord de rémunération pour environ 500 pilotes et personnels de cabine de la nouvelle filiale City Airlines
Ce 10 avril 2026, le syndicat UFO (Independent Flight Attendants’ Organization) a appelé les personnels de cabine de Lufthansa et de Lufthansa CityLine à une grève de 24 heures, de 00 h 01 à 22 h 00, portant sur toutes les opérations au départ des principaux aéroports allemands. Le mouvement touche les vols Lufthansa au départ de Francfort et Munich, les deux hubs intercontinentaux du groupe, ainsi que les départs Lufthansa CityLine au départ de Hambourg, Hanovre, Brême, Stuttgart, Cologne, Düsseldorf et Berlin.
Selon l’Association des aéroports allemands (ADV), plus de 520 vols doivent être annulés sur la journée, perturbant les plans de voyage d’environ 90 000 passagers au moment critique du retour de vacances de Pâques. Pour Joachim Vázquez Bürger, président d’UFO, la responsabilité du conflit incombe à la compagnie : « Cette situation aurait pu être évitée – la responsabilité incombe à Lufthansa, qui n’a jusqu’ici même pas réussi à présenter une proposition susceptible de servir de base à la négociation ».
Un impact opérationnel massif mais partiellement atténué
Face à ce mouvement social, Lufthansa indique qu’elle prévoit de maintenir un peu plus d’un tiers du programme initial de vols de la compagnie principale le vendredi 10 avril, notamment en regroupant les passagers sur des appareils de plus grande capacité et en mobilisant d’autres compagnies du groupe, comme Austrian Airlines. Les données compilées par ADV et par les opérateurs aéroportuaires suggèrent que la plupart des annulations se concentrent sur les liaisons intérieures allemandes et européennes de court et moyen‑courrier, où les marges de manœuvre pour la reprogrammation sont les plus importantes. En parallèle, Lufthansa affirme viser un retour à un programme de vols largement normal dès le samedi, tout en reconnaissant la possibilité de « poches de perturbations » résiduelles, liées aux re‑positionnements d’avions et d’équipages.
La direction de la compagnie n’en cache pas l’ampleur du choc pour un réseau déjà très tendu sur le plan opérationnel. Jens Ritter, directeur général de Lufthansa Airlines, reconnaît que cette grève « fait vraiment mal » car elle survient « en plein milieu du week‑end de retour de Pâques ». Sur LinkedIn, il dit à ses clients qu’il est « vraiment désolé » et que ce n’est « pas l’expérience que nous voulons vous offrir ».
La suppression de plus de 500 vols en une journée, en majorité sur le court et moyen‑courrier, fragilise les correspondances vers l’Amérique du Nord, l’Asie et l’Afrique, même si la compagnie s’efforce de préserver au maximum ses longues liaisons internationales. La capacité de Lufthansa à reprotéger les passagers sur d’autres compagnies du groupe ou partenaires Star Alliance devient un élément critique pour limiter l’impact commercial et réputationnel.
UFO dénonce des conditions jugées insuffisantes pour les PNC
Au cœur du conflit, l’échec des négociations sur une nouvelle convention collective pour les quelque 19 000 personnels de cabine de Lufthansa. UFO reproche à la compagnie de ne pas avoir mis sur la table de proposition « négociable » en matière de rémunération, de temps de repos et de perspectives de carrière, dans un contexte de forte reprise de la demande et d’inflation persistante en Europe.
Pour Joachim Vázquez Bürger, cette grève, bien que pénalisante pour les voyageurs, est un passage obligé : « Nous sommes parfaitement conscients que cela peut entraîner des perturbations pour les personnes qui rentrent de vacances, et nous le regrettons explicitement », ajoute‑t‑il, avant d’insister à nouveau sur le refus supposé de Lufthansa de présenter une offre acceptable.
Une transformation jugée brutale par une partie du personnel
Du côté de la direction, Jens Ritter insiste sur la nécessité de transformer le modèle de Lufthansa face à un environnement particulièrement instable. Dans son message adressé aux clients, il décrit « un monde en tumulte, une réalité financière difficile et le besoin urgent de transformer Lufthansa Airlines dans son ensemble ». Il rappelle que, ces dernières années, la compagnie est parvenue à reconstruire « des opérations fluides, un produit que nos clients aiment, et l’une des marques les plus fortes du secteur aérien », fruit de la « dévotion et de la passion de chaque personne au sein de la compagnie ». Mais il prévient que l’avenir dépend de la capacité collective à explorer de nouvelles voies, à travailler ensemble « pour façonner l’avenir de Lufthansa ».
En filigrane, la direction met en avant la concurrence féroce sur le marché européen court‑courrier, la pression sur les coûts et la volatilité des prix du carburant. Michael Niggemann, membre du directoire de Lufthansa en charge des ressources humaines, dénonce ainsi une « escalade irresponsable » des conflits sociaux, « surtout à un moment où nous faisons face à des défis géopolitiques, à des fluctuations extrêmes du prix du kérosène et à une grande incertitude pour les mois à venir ».
À ce stade, la grève du 10 avril est annoncée comme limitée à une seule journée, UFO n’ayant pas, pour l’heure, appelé à un mouvement reconductible. Néanmoins, le syndicat a déjà prévenu qu’en l’absence de proposition substantielle de Lufthansa, d’autres actions pourraient suivre. De son côté, Jens Ritter en appelle à une reprise du dialogue : il conclut son message aux salariés et aux syndicats par un appel à « revenir à la table des négociations ».
Troisième grand mouvement social pour Lufthansa en 2026 malgré des accords partiels
La grève du 10 avril n’est que le troisième grand mouvement social touchant Lufthansa depuis le début de l’année 2026. En février, une grève coordonnée des pilotes et des personnels de cabine, organisée par les syndicats VC (Vereinigung Cockpit) et UFO, avait déjà entraîné plusieurs centaines d’annulations de vols, affectant jusqu’à 100 000 passagers sur une journée.
En mars, ce sont les pilotes de Lufthansa qui ont observé une grève de deux jours, sur fond de désaccord persistant sur le régime de retraites et les garanties d’emploi, perturbant les vols passagers et cargo au départ des principaux aéroports allemands. Ce climat social tendu s’inscrit par ailleurs dans une année marquée par d’autres grèves en Allemagne, notamment une journée de fermeture totale de l’aéroport de Berlin dans le cadre d’un autre conflit.
Paradoxalement, ce nouveau mouvement intervient alors que Lufthansa a récemment obtenu plusieurs accords significatifs avec d’autres catégories de personnel, ce qui met en lumière la fragmentation du dialogue social au sein du groupe. Pour les 20 000 employés au sol (Deutsche Lufthansa, Lufthansa Technik, Lufthansa Cargo, etc.), la compagnie est parvenue, fin mars, à un accord de branche avec le syndicat Ver.di, prévoyant des augmentations de salaire d’environ 12,5% en deux étapes, sur une période de 26 mois, rétroactive au 1er janvier 2026.
Accord pour City Airlines ce 10 avril, pour un adieu à Lufthansa CityLine
Le 10 avril, le jour même de la grève des PNC, Lufthansa et Ver.di annoncent également un premier accord de rémunération pour environ 500 pilotes et personnels de cabine de la filiale City Airlines, qui doit nourrir une partie du trafic du réseau européen vers Munich et Francfort. Selon Ver.di, cet accord prévoit des hausses de salaires de 20 à 35%, étalées en plusieurs étapes jusqu’en 2029, ainsi que des améliorations en matière de temps de repos, de congés et d’options de temps partiel.
Cet accord sur City Airlines contraste avec les tensions persistantes autour de Lufthansa CityLine, autre filiale régionale du groupe, pour laquelle est évoqué un plan de fermeture progressive accompagné de négociations sur les indemnités et la protection des salariés. La création de City Airlines, nouvelle entité dédiée au court‑courrier devant nourrir en passagers les hubs, s’inscrit dans une stratégie de réduction des coûts unitaires et de flexibilisation des conditions de travail, qui suscite de fortes réticences syndicales. Les mouvements observés chez UFO et VC traduisent la crainte d’une dégradation des conditions de travail et d’une segmentation accrue entre les différentes entités du groupe, souvent perçues comme une mise en concurrence interne.

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