Le parquet de Paris requiert un non-lieu général dans l’enquête sur le crash du vol MS804 d’EgyptAir, dix ans après le drame qui a fait 66 morts. Cette perspective indigne les familles de victimes, qui dénoncent une enquête incomplète et un « déni de justice ».

Dix ans après le crash, un non-lieu requis
Le 19 mai 2016, un Airbus A320 d’EgyptAir effectuant un vol entre Paris et Le Caire disparaît en Méditerranée entre la Crète et les côtes égyptiennes. Les 66 personnes à bord, dont 15 Français et une quarantaine d’Égyptiens, périssent dans l’accident.

Dix ans plus tard, le parquet de Paris a requis un non-lieu général au terme de l’information judiciaire ouverte en France. L’enquête « n’a pas permis de caractériser d’autres fautes que celles » des membres d’équipage, tous décédés dans le crash, a indiqué une source proche du dossier citée par l’AFP.

La thèse d’un incendie dans le cockpit
Dans son réquisitoire définitif daté du 7 avril, le parquet retient la piste d’un incendie parti du cockpit. Selon ce document, l’accident résulte de la rencontre « d’une fuite d’oxygène provenant du boîtier de rangement du masque à oxygène du pilote » et d’« une source de chaleur inconnue » dans la cabine de pilotage.

Le parquet estime que cette fuite d’oxygène fatale est due à « l’engagement intempestif » d’un bouton d’urgence par le copilote. Il souligne aussi que cet incident s’est produit « dans un contexte de fonds musical et d’une attitude de l’équipage considérée comme trop peu professionnelle » par les experts qui ont analysé les enregistreurs de vol.

En l’état, aucune autre faute que celles imputées à l’équipage n’aurait pu être juridiquement établie, ni contre la compagnie EgyptAir ni contre d’éventuels acteurs de la chaîne industrielle ou de maintenance.

Les familles dénoncent une « justice bâclée »
La demande de non-lieu a provoqué une vive réaction des familles de victimes, réunies en association. Celles-ci disent partager « le sentiment d’une justice bâclée et d’être abandonnées », selon un communiqué conjoint des familles.

Pour leurs avocats, le dossier reste loin d’être entièrement éclairci. « Envisager un non-lieu aujourd’hui, c’est envisager un déni de justice, alors que les parties civiles ont plusieurs demandes en attente devant la chambre de l’instruction », déclare à l’AFP Me Sébastien Busy, qui représente de nombreuses familles et la Fenvac, principale association de victimes. Il regrette notamment que l’instruction ne se soit pas davantage penchée sur « les consignes qui autorisaient à fumer dans le cockpit, à accepter des gens dans le cockpit, ainsi qu’à y diffuser de la musique en continu ». Selon un autre avocat, Me Antoine Lachenaud, la famille de l’une des victimes demande « que la justice poursuive les investigations nécessaires afin que la vérité puisse être établie de manière complète, sérieuse et conforme aux données factuelles du dossier ». Les proches réclament toujours la mise en examen d’EgyptAir pour de possibles manquements à ses obligations de maintenance.

Les juges d’instruction doivent trancher
Après neuf ans d’instruction, les juges parisiens chargés du crash avaient annoncé aux familles, en avril dernier, la fin de leurs investigations. La balle est désormais dans leur camp : ils peuvent suivre les réquisitions du parquet et prononcer un non-lieu, ou ordonner de nouveaux actes en accédant, au moins en partie, aux demandes des parties civiles.

Les familles disent refuser qu’un non-lieu soit prononcé « alors que toutes les investigations pouvant expliquer les raisons de l’accident n’ont pas été menées ». Pour elles, l’enjeu est autant la recherche de responsabilités que la reconnaissance symbolique de ce drame, dix ans après la disparition du vol MS804.

Crash EgyptAir : dix ans après, le parquet de Paris demande un non-lieu général 1 Air Journal

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