Bamboo Airways traverse une nouvelle zone de fortes turbulences : la compagnie vietnamienne a cessé d’afficher des vols commerciaux pour les passagers individuels sur son site en août, ne maintenant plus que quelques rotations en charter, tandis que sa flotte est réduite à la portion congrue et que son avenir apparaît plus que jamais incertain.

Bamboo Airways, une activité commerciale quasi à l’arrêt

Depuis le 1er août, le moteur de réservation de Bamboo Airways n’affiche plus aucun vol pour les grandes liaisons intérieures vietnamiennes, qu’il s’agisse d’Ho Chi Minh-Ville – Hanoï, Hanoï – Da Nang ou Ho Chi Minh-Ville – Da Nang. Le site de la compagnie renvoie systématiquement le message « aucun vol trouvé », alors que les principaux concurrents vietnamiens continuent de vendre sans difficulté leurs billets pour ces mêmes routes.

Cette absence d’offre ne signifie pas une cessation totale d’activité. Bamboo Airways semble concentrer ses derniers moyens sur des opérations en affrètement, sous contrat avec des voyagistes ou partenaires, qui louent l’intégralité de l’appareil pour des voyages de groupes. Autrement dit, la compagnie ne propose plus de vols réguliers au public, mais continue à « faire voler » quelques avions pour des clients institutionnels.

Une flotte réduite à trois appareils… dont un seul utilisé

La contraction de l’activité s’accompagne d’une réduction drastique de la flotte. Selon les données du site spécialisé Planespotters, Bamboo Airways ne disposerait plus que de trois appareils en service : un Airbus A321ceo, un A320neo et un A320ceo. Un interlocuteur proche des opérations de la compagnie indique toutefois qu’en pratique, « un seul avion est actuellement utilisé », les deux autres étant immobilisés.

Cette situation contraste avec le pic atteint avant la grande phase de restructuration entamée en 2022 : Bamboo Airways a exploité jusqu’à 44 avions, principalement des Airbus A319/A320/A321, auxquels s’ajoutaient des Boeing 787‑9 Dreamliner pour les vols long‑courriers. Au fil des difficultés financières et opérationnelles, la flotte et le réseau ont été progressivement réduits, jusqu’à une poignée de lignes domestiques et quelques charters internationaux encore opérés en 2025.

Aujourd’hui, la combinaison d’une flotte quasi immobilisée et d’un système de vente arrêté pour les passagers individuels laisse entrevoir une mise en sommeil de facto de l’activité commerciale régulière, même si aucune annonce officielle de suspension de licence ou de cessation d’exploitation n’a été publiée.

Passagers en difficulté : remboursements retardés et service client saturé

La disparition des vols du moteur de réservation s’accompagne de vives difficultés pour les clients. Plusieurs témoignages évoquent des tentatives infructueuses pour joindre le centre d’appels de Bamboo Airways, des attentes prolongées, voire l’impossibilité d’obtenir un interlocuteur.

Sur les réseaux sociaux et dans la presse vietnamienne, des passagers se plaignent de retards dans le traitement des demandes de remboursement et d’un manque de visibilité sur les programmes de vols à venir. La compagnie, dans un communiqué diffusé tard dans la soirée du 30 juillet, a reconnu des « perturbations opérationnelles », présenté ses excuses aux clients affectés et indiqué que « l’afflux de demandes de remboursement » entraînait des délais supplémentaires dans leur traitement.

Performance opérationnelle dégradée avant la crise

Les difficultés actuelles s’inscrivent dans la continuité d’une dégradation des indicateurs opérationnels observée ces derniers mois. D’après l’Autorité de l’aviation civile du Vietnam (CAAV), Bamboo Airways a opéré 725 vols en juin, dont 241 retardés, soit environ 33% de retards, la plaçant parmi les compagnies les moins performantes du marché domestique en matière de ponctualité.

Cette contre‑performance a conduit la CAAV à convoquer une réunion avec Bamboo Airways, des représentants de l’Airports Corporation of Vietnam (ACV) et d’autres parties prenantes, afin d’évoquer la situation financière et opérationnelle de la compagnie, ainsi que les solutions envisageables pour ses obligations impayées. Selon un représentant de l’ACV, aucune solution définitive n’a émergé de ces discussions, Bamboo Airways ayant demandé « davantage de temps pour résoudre ses difficultés ».

Un parcours chaotique depuis la fondation

Fondée en 2017, Bamboo Airways a lancé ses premiers vols commerciaux en 2019, avec l’ambition de devenir un nouvel acteur majeur sur le marché vietnamien, à la fois sur les liaisons domestiques et vers l’Asie et l’Europe. La compagnie est née au sein du conglomérat FLC Group, avant de passer sous le contrôle d’un nouveau groupe d’investisseurs dans le cadre d’un vaste plan de restructuration initié en 2022.

Ce plan, baptisé « Bamboo Airways Restructuring Plan » et accompagné d’une « Air Transport Business Plan 2024–2028 », prévoyait une rationalisation de la flotte et du réseau, à l’appui d’une recapitalisation. Mais les résultats n’ont pas été à la hauteur des objectifs. En septembre 2025, FLC Group a officiellement repris la main sur la gestion de Bamboo Airways, estimant que « la poursuite de la propriété, de la gestion et de l’exploitation de la compagnie dépassait les capacités financières et administratives du nouveau groupe d’investisseurs ».

Lors de l’assemblée générale des actionnaires, le président du conseil d’administration de Bamboo Airways, Lê Thái Sâm, déclarait ainsi : « Continuer à posséder, gérer et exploiter Bamboo Airways à l’heure actuelle dépasse les capacités financières et administratives du nouveau groupe d’investisseurs. C’est pourquoi j’ai proposé que FLC Group envisage de reprendre la propriété, la gestion et l’exploitation de Bamboo Airways ». L’assemblée a acté la fin du plan de restructuration et donné mandat à FLC pour bâtir un nouveau plan de développement pour la période 2026–2030.

Crise profonde chez Bamboo Airways : billets introuvables, flotte réduite et avenir incertain 1 Air Journal

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