La compagnie autrichienne Austrian Airlines a accusé une perte opérationnelle ajustée de 93 millions d’euros au premier semestre 2026, soit une dégradation de 50 millions d’euros sur un an. La flambée du kérosène et la suspension imposée de plusieurs dessertes du Moyen-Orient ont effacé les bénéfices d’une demande passagers pourtant solidement orientée à la hausse.

Le Moyen-Orient, une double facture pour la compagnie

Pour Austrian Airlines, la crise ne se résume pas à une hausse de la facture carburant. La fermeture ou la restriction de plusieurs espaces aériens, ainsi que les impératifs de sûreté, ont conduit à interrompre temporairement les liaisons vers Amman, Erbil, Tel-Aviv et Téhéran. Ces suppressions de vols ont, à elles seules, entraîné un manque à gagner chiffré à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Cet épisode met en lumière la vulnérabilité particulière du modèle de hub viennois : les routes vers le Levant, l’Irak et l’Iran alimentent à la fois le trafic local et les correspondances entre l’Europe centrale, le Moyen-Orient et l’Asie. Au-delà des dessertes supprimées, les détours imposés à certains vols renchérissent mécaniquement les opérations, par l’allongement des temps de parcours, la consommation supplémentaire et les contraintes de programmation des équipages.

Des avions mieux remplis, mais une rentabilité dégradée

La demande, elle, ne s’est pas essoufflée. Austrian Airlines a transporté 6,96 millions de passagers entre janvier et juin, en hausse de 6% sur un an, tandis que son chiffre d’affaires a progressé de 4%, à 1,22 milliard d’euros. Le coefficient de remplissage a gagné 3,4 points, à 80,6%, alors que la capacité, mesurée en sièges-kilomètres offerts, est restée quasiment stable à 13,53 milliards.

La régularité opérationnelle demeure en revanche élevée : 98,8% du programme a été réalisé comme prévu. La compagnie a également redéployé les capacités libérées par les suspensions au Moyen-Orient : environ 800 vols supplémentaires ont été programmés vers des destinations loisirs européennes comme Palma de Majorque, Dubrovnik, Barcelone, Nice ou Malaga.

Graz sacrifiée, réseau d’hiver resserré

Pour restaurer ses marges, Austrian Airlines va ajuster son programme pour l’hiver 2026-2027. La liaison intérieure Vienne-Graz, structurellement déficitaire, sera supprimée. Graz restera reliée aux grands hubs du groupe Lufthansa avec 46 fréquences hebdomadaires vers Francfort, Munich et Zurich ; l’accès au réseau d’Austrian via Vienne reposera aussi sur l’offre ferroviaire AIRail.

La compagnie suspendra également, à titre temporaire, ses vols vers Tbilissi, Keflavík et Porto. Elle mettra fin au positionnement nocturne d’avions et d’équipages à Klagenfurt, Copenhague, Varsovie et Cracovie.

Le pari de la flotte simplifiée

Austrian Airlines ne renonce pas pour autant à son plan de renouvellement de flotte. Deux Boeing 787-9 Dreamliner supplémentaires sont attendus avant la fin de l’année, ce qui porterait à cinq le nombre d’exemplaires en service. La compagnie prévoit aussi l’arrivée d’un Airbus A320neo équipé de la connectivité Starlink, technologie qu’elle entend progressivement déployer dans sa flotte.

La stratégie industrielle est un petit jeu de réflexion aéronautique : sortir progressivement de la complexité de cinq familles d’appareils — Embraer, Airbus A320, Boeing 767, Boeing 777 et Boeing 787 — pour converger vers deux ensembles seulement, la famille Airbus A320 sur le court et moyen-courrier, et le Boeing 787-9 sur le long-courrier. Quatre Embraer ont déjà quitté la flotte en 2026 ; l’objectif est d’achever la sortie de ces appareils d’ici à la fin de 2028 et de faire du Dreamliner l’unique type long-courrier à l’horizon 2028-2029.

Cette rationalisation doit réduire les coûts de maintenance, de formation et de planification des équipages, tout en améliorant l’efficacité énergétique. Austrian Airlines maintient ainsi son cap à long terme : absorber le choc conjoncturel du Moyen-Orient, restaurer sa rentabilité par les prix et les économies internes, puis capitaliser sur une flotte plus récente et plus homogène. La direction reste confiante dans un retour au bénéfice sur l’ensemble de 2026, porté par la haute saison estivale et les ajustements tarifaires.

A Vienne, Austrian Airlines réduit la voilure après un semestre dans le rouge 1 Air Journal

@Austrian Airlines