Plus d’un an après le crash du vol AI171 à Ahmedabad, Air India peine à redresser son trafic entre l’Inde et le Royaume-Uni. En mai 2026, la compagnie a transporté près de 25% de passagers en moins qu’un an auparavant, alors que ses capacités n’avaient reculé que d’environ 11%. Un écart qui reflète une demande fragilisée, dans un environnement également perturbé par les contraintes de survol et une concurrence internationale renforcée.
Air India : le trafic britannique décroche
Le traumatisme du 12 juin 2025 continue-t-il de peser sur la fréquentation d’Air India ? Les données de Cirium, publiées par The Independent, mettent en tout cas en évidence un net décrochage de la compagnie nationale indienne sur le marché Inde–Royaume-Uni. En mai 2026, Air India a transporté 74 499 passagers entre les deux pays, soit une baisse proche de 25% par rapport à mai 2025. Dans le même temps, le nombre de sièges offerts n’a diminué que d’environ 11%. Autrement dit, le recul du trafic ne peut s’expliquer par la seule réduction du programme de vols : le coefficient de remplissage apparaît mécaniquement sous pression.
La tendance avait commencé à se dessiner dès l’été 2025. En août, Air India avait accueilli 85 024 passagers sur ces liaisons, contre 96 576 un an plus tôt. En septembre, le trafic était tombé de 100 559 à 81 291 voyageurs. Or, sur ces deux mois, l’offre ne reculait que de 4% environ, alors que le nombre de passagers diminuait respectivement de 11% et 19%.
Le crash d’Ahmedabad, une crise durable
Le 12 juin 2025, un Boeing 787-8 Dreamliner d’Air India assurant le vol AI171 entre Ahmedabad et Londres-Gatwick s’est écrasé quelques secondes après son décollage. L’accident a fait 260 morts : 241 occupants de l’avion et 19 personnes au sol. Un seul passager a survécu. L’enquête de l’Aircraft Accident Investigation Bureau indien (AAIB) reste en cours. Son rapport préliminaire avait établi que les interrupteurs de commande du carburant des deux moteurs étaient passés en position « cut-off » peu après la rotation, entraînant une perte de puissance. Mais il ne déterminait pas la cause de cette action ni la responsabilité éventuelle d’un facteur humain, technique ou organisationnel. L’AAIB a indiqué en juillet qu’un projet de rapport final pourrait être prêt en octobre 2026.
Dans ce contexte, la défiance de certains voyageurs constitue un risque commercial tangible pour Air India, particulièrement sur le marché britannique, traditionnellement stratégique pour la compagnie en raison de l’importance de la diaspora indienne et des liaisons sans escale vers Londres.
Concurrence, survols et riposte commerciale
Le recul d’Air India ne tient toutefois pas exclusivement au crash. La compagnie subit aussi l’interdiction d’utiliser l’espace aérien pakistanais imposée aux transporteurs indiens, qui allonge certaines routes européennes, renchérit les coûts et complique l’utilisation des avions. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont également affecté le réseau international du groupe.
Pendant ce temps, les compagnies étrangères ont progressé. En novembre et décembre 2025, leurs volumes de passagers entre l’Inde et le Royaume-Uni ont augmenté de 11,9% sur un an, soutenus par une hausse de capacité de l’ordre de 10%. Les grandes compagnies du Golfe, mais aussi les transporteurs européens, proposent des correspondances compétitives via leurs hubs, même face aux liaisons directes d’Air India vers Londres.
Air India affirme néanmoins constater une amélioration de l’expérience client. Dans une réponse à The Independent, la compagnie souligne que son Net Promoter Score au Royaume-Uni est passé de -46 lors de l’exercice FY24 à +2 en FY26, puis à +13 depuis le début de FY27. Sur les routes de Londres, ce score aurait gagné 66 points, de -45 à +21. « Air India continue d’observer une réponse encourageante de ses clients sur ses services britanniques », assure le transporteur, en mettant en avant « les améliorations tangibles » apportées à ses produits et services.
Une transformation sous contrainte financière
Cette reconquête s’inscrit dans une transformation coûteuse. Air India prévoit notamment le rétrofit de 16 Dreamliner et l’arrivée d’environ 100 avions supplémentaires au sein du groupe en 2027 et 2028. Mais l’effort industriel et commercial se heurte à une situation financière tendue : Air India et Air India Express ont enregistré une perte combinée de 2,33 milliards de dollars pour l’exercice clos en mars 2026, plus du double de celle de l’année précédente.
Selon Reuters, la compagnie sollicite environ 1,5 milliard de dollars de capitaux nouveaux auprès de Tata Sons, son actionnaire principal, et de Singapore Airlines, qui détient environ un quart du capital. Les discussions sont en cours et aucun accord n’était acté fin août.

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