Réuni du 15 au 17 septembre 2026 à Paris-Porte de Versailles, le salon IFTM (International & French Travel Market) a mis en lumière un secteur du voyage résilient mais sous contraintes. Budget, sécurité, climat et géopolitique redessinent les choix des voyageurs, tandis que l’intelligence artificielle s’impose dans les entreprises du tourisme.
Sous le thème « La valeur du voyage », cette 48e édition d’IFTM a rassemblé près de 1 700 marques et accueilli environ 34 000 visiteurs professionnels. Le salon a permis de mesurer les effets économiques, humains et environnementaux du voyage, au moment où le secteur doit concilier attractivité, maîtrise des coûts et transition durable.
Les voyageurs arbitrent davantage
La France reste une destination privilégiée pour les vacanciers français. Selon les données présentées à l’IFTM, 84% d’entre eux sont partis en vacances dans l’Hexagone. Mais ils réduisent plus volontiers leurs dépenses de restauration, de loisirs et de souvenirs. Cette recherche de valeur favorise les séjours plus courts, l’hébergement chez des proches et les destinations perçues comme accessibles. Les pratiques de plein air gagnent du terrain, du vélotourisme à la randonnée, en passant par l’œnotourisme, le tourisme de savoir-faire et les parcs de loisirs.
La saison estivale s’étale aussi dans le temps. Les départs de juin progressent de 15% à 18%, tandis que les intentions de départ en septembre passent de 20% à 22%. Sur la période de juin à septembre, le taux de départ resterait stable, à 72%. Le littoral demeure le premier espace touristique, avec 43% des séjours. Les villes suivent avec 33%, puis la campagne avec 32%. La montagne poursuit sa progression, notamment dans les Alpes du Nord, où la fréquentation a augmenté de 16% en août.
Les voyages à forfait sous pression
Les tour-opérateurs ont connu un été contrasté. Le Syndicat des entreprises du tour-operating (SETO) fait état d’un volume d’affaires en baisse de 4,3% entre le 1er mai et le 31 octobre 2026, pour un recul de 5,1% du nombre de clients. La recette unitaire est restée stable. La demande a été pénalisée par les incertitudes géopolitiques, la hausse des prix du carburant et le renchérissement du transport aérien. Les réservations avaient chuté de 20% entre mars et mai, avant une reprise des ventes de dernière minute à partir de juin.
Les destinations moyen-courrier ont mieux résisté que le long-courrier. L’Europe du Sud, avec l’Espagne et la Grèce, demeure en tête des ventes. La France progresse de 3,5% en nombre de clients sur la saison estivale, portée notamment par la moyenne montagne. À l’inverse, le long-courrier recule de 9,9%, touché par la hausse des prix de l’aérien.
Sur l’ensemble de l’exercice 2025-2026, l’Égypte se distingue avec une progression de 18,7% du nombre de clients. La Chine (+34,6%), l’Afrique du Sud (+30,4%) et le Sénégal (+18,4%) figurent aussi parmi les meilleures croissances. Les États-Unis accusent le recul le plus marqué, à -25,5%. Pour l’hiver 2026-2027, les premières réservations affichent toutefois un signal plus favorable. Le volume d’affaires déjà réservé atteint 640 millions d’euros, en hausse de 1,7%, avec une recette unitaire moyenne en progression de 4,7%, à 2 618 euros.
La France attire l’international
La destination France conserve son pouvoir d’attraction auprès des visiteurs étrangers. Les recettes du tourisme international atteignent 49,5 milliards d’euros entre janvier et la fin juillet 2026. Pour le seul mois de juillet, elles s’élèvent à 9,4 milliards, en hausse de 3,7% sur un an. Les arrivées aériennes internationales progressent, notamment grâce aux marchés long-courriers. Le nombre de visiteurs en provenance du Mexique progresse de 14%, devant le Canada (+10%), la Chine (+5%), le Japon (+4%) et les États-Unis (+3%).
L’agence Atout France, chargée de la promotion touristique, anticipe désormais plus de 80 milliards d’euros de recettes touristiques internationales pour l’ensemble de 2026, avec une fréquentation qui pourrait dépasser 100 millions de touristes internationaux. « Le tourisme reste un besoin essentiel, une respiration », a souligné le ministère du Tourisme français lors de la conférence d’ouverture de l’IFTM.
L’IA change les métiers du voyage
L’intelligence artificielle (IA) n’est plus seulement un sujet d’expérimentation. Elle s’installe dans les agences, les tour-opérateurs, les plateformes et les destinations. Selon le Club Tourisme et Technologie, 90% de ses membres utilisent désormais l’IA au quotidien, contre 48% en 2025. Les usages concernent la rédaction, la synthèse, la recherche d’informations, la génération de contenus, l’assistance aux voyageurs, l’analyse des dépenses et la personnalisation des recommandations. L’IA contribue aussi à automatiser les tâches administratives et à accélérer la production de devis ou de programmes de voyage.
Pour autant, les professionnels restent prudents. Dans le secteur, les attentes portent sur la fiabilité des résultats, la qualité des données, la confidentialité et le maintien d’un contrôle humain. Plus de la moitié des professionnels interrogés expriment également un besoin de formation dédié. Le rôle de l’agent de voyages évolue ainsi vers davantage de conseil, de personnalisation et de réassurance. Dans le sondage IFTM x CDMV x Helpdesk des Pros du Tourisme, 98,5% des répondants estiment que la valeur de leur métier repose d’abord sur le capital humain, l’expertise et l’accompagnement, plutôt que sur la seule vente de produits.
Le voyage d’affaires se transforme
Le voyage d’affaires reste actif, mais les entreprises sélectionnent davantage leurs déplacements. La dépense liée aux voyages professionnels en France devrait progresser de 2,3% en 2026, à 31,6 milliards d’euros. Cette hausse reflète principalement l’inflation des coûts de transport et d’hébergement, plutôt qu’une forte croissance des volumes.
À l’échelle mondiale, la Global Business Travel Association prévoit 1,84 milliard de déplacements professionnels en 2026, soit une hausse de 1,3%. Les dépenses mondiales devraient, elles, atteindre 1 710 milliards de dollars, en progression de 7,2%. « Les entreprises n’ont pas renoncé aux voyages, mais elles se montrent de plus en plus sélectives et attentives à la productivité », a déclaré Suzanne Neufang, directrice générale de la GBTA.
Les politiques de mobilité privilégient aussi la multimodalité. En France, 75,4% des entreprises appliquent désormais une politique favorable au train pour les trajets de moins de quatre heures. La sécurité, le suivi des émissions de CO2, la flexibilité et l’interopérabilité des outils deviennent des critères de pilotage au même titre que les tarifs négociés.
L’événementiel maintient le cap
Dans le MICE (Meeting, Incentive, Convention et Exhibition), les budgets sont plus étroitement surveillés, mais les événements sont maintenus. Les entreprises réduisent en priorité les dépenses d’animation et d’activités, alors que l’hébergement, la restauration et les lieux restent davantage préservés. Le séminaire résidentiel concentre cette tendance. Il représente 35% des événements d’entreprise en 2025, mais 56% des dépenses du secteur. Son coût moyen atteint 397 euros par participant, contre 384 euros un an plus tôt.
La dimension RSE progresse également. En 2025, 34% des événements se sont déroulés dans un lieu labellisé, contre 31% en 2024. L’empreinte carbone moyenne par participant a reculé de 10,3%, à 16,45 kg de CO2. Mais le prix demeure le premier critère d’arbitrage pour les entreprises.
À l’IFTM 2026, le message est clair : le voyage reste désiré et stratégique, mais il doit désormais justifier sa valeur. Pour les voyageurs comme pour les professionnels, l’enjeu consiste à trouver le bon équilibre entre budget, expérience, sécurité, impact environnemental et proximité.

@IFTM
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