Les rebelles houthis du Yémen ont averti, lundi 5 octobre 2026, les compagnies aériennes que l’espace aérien saoudien pourrait devenir un théâtre d’opérations militaires. Cette menace intervient alors qu’une offensive soutenue par Riyad relance les combats au Yémen. Depuis le 30 septembre, l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne recommande déjà d’éviter une partie de la région d’information de vol de Djeddah, à toutes les altitudes.
Le conflit yéménite fait peser une nouvelle menace sur l’aviation commerciale au Moyen-Orient. Dans un communiqué diffusé par l’agence Saba, contrôlée par les Houthis, leur Centre de coordination des opérations humanitaires — le HOCC — a appelé les transporteurs à ne plus emprunter l’espace aérien de l’Arabie saoudite. Celui-ci « n’est pas sûr » et « sera le théâtre des opérations de nos forces armées », affirme l’organisme, selon une dépêche de l’AFP reprise par Naharnet. Le mouvement, soutenu par l’Iran, présente cet avertissement comme une réponse aux opérations militaires saoudiennes au Yémen.
Une offensive soutenue par Riyad
L’avertissement intervient au moment où les forces du gouvernement yéménite reconnu internationalement, appuyées par l’aviation saoudienne, tentent de reprendre des positions aux Houthis. Le ministre yéménite de l’Information, Moammar al-Eryani, a affirmé lundi que ces forces avaient obtenu le contrôle effectif du détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. Des combats se poursuivaient néanmoins dans le secteur, tandis que les Houthis contestaient les avancées annoncées.
Riyad a déclaré avoir frappé plusieurs centaines de cibles au Yémen afin de couvrir les forces terrestres et les opérations autour du détroit. Ces développements s’inscrivent dans une reprise des hostilités après le cessez-le-feu conclu en 2022, qui avait largement tenu jusqu’à cet été. Pour les compagnies aériennes, l’enjeu dépasse donc le seul communiqué houthi : les opérations de combat et les tirs de missiles ou de drones modifient l’environnement de sécurité des vols.
Espace aérien saoudien : l’alerte EASA
L’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne avait anticipé cette dégradation. Publié le 30 septembre, son bulletin sur les zones de conflit, référencé CZIB-2026-09, est valable jusqu’au 16 novembre 2026, sauf révision anticipée. Il concerne la région d’information de vol de Djeddah — FIR Jeddah, code OEJD — à toutes les altitudes et tous les niveaux de vol.
L’EASA recommande aux opérateurs concernés de ne pas voler dans la portion de l’espace aérien saoudien délimitée par les points de navigation RIBOK, BOSUT, ISLAM, DEKLO, OBSAM et SILPA, ainsi que par la limite de la FIR. Dans le reste de cette région, elle préconise la prudence, une évaluation actualisée des risques et des plans de repli permettant de répondre à des instructions des autorités avec un préavis très court.
Le bulletin vise les opérateurs soumis à la réglementation européenne applicable aux opérations aériennes, ainsi que les transporteurs de pays tiers autorisés par l’EASA lorsqu’ils effectuent des opérations à destination, au départ ou à l’intérieur de l’Union européenne. L’agence demande également de suivre les publications aéronautiques et les consignes des autorités nationales.
Missiles, drones et défense antiaérienne
L’analyse européenne décrit une menace qui s’étend désormais au-delà des zones saoudiennes proches du Yémen. Selon l’EASA, les Houthis ont accru en septembre la fréquence et la portée géographique de leurs attaques contre des infrastructures énergétiques, militaires et liées à l’aviation. Des secteurs autour de Riyad, de Tabuk et de Yanbu ont été concernés, alors que le sud et le sud-ouest du royaume restent particulièrement exposés.
Pour les avions civils, le danger ne tient pas uniquement à une éventuelle attaque directe. L’EASA souligne que les tirs de missiles et de drones, combinés à l’activation des systèmes de défense antiaérienne, augmentent les risques de mauvaise identification d’un appareil civil, d’interception et de chute de débris. Sa recommandation d’éviter la zone désignée s’applique ainsi également aux avions volant à leur altitude de croisière.
L’agence reconnaît la capacité de l’Arabie saoudite à gérer son espace aérien, notamment par la coordination entre activités civiles et militaires et par des mesures de contrôle d’urgence du trafic. Elle avertit néanmoins que « l’environnement opérationnel reste susceptible de se dégrader rapidement ». La poursuite des opérations exige donc une surveillance rapprochée de la situation, et pas seulement une vérification ponctuelle avant le départ
Des routes régionales sous pression
Cette alerte saoudienne s’ajoute aux restrictions et recommandations qui affectent déjà plusieurs espaces aériens du Moyen-Orient depuis les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran du 28 février 2026 et la riposte iranienne. Un bulletin distinct de l’EASA recommande notamment d’éviter, à toutes les altitudes, l’espace aérien au-dessus des eaux du golfe Persique dans les FIR de Bahreïn, du Koweït, de Doha et des Émirats, sauf lorsque leur utilisation est nécessaire pour les arrivées et les départs des aérodromes concernés. L’agence déconseille également les vols au-dessus des eaux du golfe d’Oman situées dans la FIR de Mascate à l’ouest du méridien 58° Est.

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