Le transport aérien européen pourrait connaître une nouvelle poussée tarifaire en 2027. Michael O’Leary, directeur général du groupe Ryanair, évoque des hausses de 10 à 20%, sous l’effet du renchérissement du kérosène et de l’arrivée à échéance des contrats qui amortissent encore la facture énergétique des compagnies.
Le répit pourrait prendre fin au printemps prochain. À Bruxelles, mardi 20 octobre, Michael O’Leary a prévenu que les compagnies européennes seraient bientôt davantage exposées aux prix élevés du carburant. « Vous allez voir les tarifs aériens augmenter l’année prochaine en Europe, je pense de 10, 15, peut-être 20% », a déclaré le dirigeant lors d’une conférence de presse. Le patron du groupe irlandais pousse l’avertissement plus loin : « Vous allez assister, je dirais, à la plus forte hausse des tarifs aériens de l’histoire en Europe au cours des douze prochains mois ». Cette formule spectaculaire reste une prévision du dirigeant : elle ne constitue ni une hausse annoncée pour tous les billets Ryanair, ni une projection indépendante pour l’ensemble du marché européen.
Prix du kérosène : le tournant attendu au printemps 2027
Au cœur de cette alerte figure le décalage entre la flambée du kérosène et sa traduction dans les comptes des transporteurs. Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, fin février, le prix du carburant aviation a fortement augmenté. Mais plusieurs compagnies européennes bénéficient encore de couvertures financières souscrites auparavant, qui fixent le prix d’une partie de leurs besoins et limitent leur exposition immédiate au marché. Ryanair illustre ce mécanisme. Selon les chiffres rappelés par Michael O’Leary, le groupe était couvert à hauteur de 80% de ses besoins, à environ 67 dollars le baril, pour l’exercice s’achevant en mars 2027. Pour la période suivante, à compter d’avril 2027, cette protection ne porte plus que sur 15% des besoins, à environ 85 dollars le baril. Le dirigeant compare ce dernier montant à des cours au comptant proches du double.
La distinction entre ces deux périodes est essentielle : Ryanair n’est pas soudainement passée de 80% à 15% de couverture sur son exercice en cours. C’est l’exercice suivant qui apparaît, à ce stade, beaucoup moins protégé. « Pour l’année prochaine, nous ne sommes couverts qu’à 15%, à 85 dollars le baril. En pratique, nous sommes très peu couverts pour l’été 2027 », a expliqué Michael O’Leary à Politico, avant sa conférence de presse.
Il ne s’agit donc pas d’une disparition générale des contrats de couverture, mais de l’épuisement progressif de protections obtenues à des conditions plus favorables. Si les cours restent élevés, les compagnies devront absorber une part plus importante du choc ou chercher à la répercuter sur leurs recettes. Le scénario évoqué par Michael O’Leary dépend précisément du maintien de ces prix élevés.
Un carburant plus cher, sans pénurie annoncée à court terme
Le problème ne se limite pas au prix du pétrole brut. Le 8 octobre, lors d’une conférence de l’association Airlines for Europe à Bruxelles, Michael O’Leary avait souligné le renchérissement relatif du carburant aviation : « Historiquement, le carburant d’aviation était entre 10 et 15% plus cher que le baril de Brent. Il se situe actuellement à un prix 50% plus élevé », avait-il déclaré à l’AFP. Il mettait notamment en cause les tensions sur les capacités de raffinage et le transport des produits pétroliers.
Cette pression sur les coûts ne doit toutefois pas être confondue avec une pénurie physique annoncée. Au même rendez-vous, le patron de Ryanair estimait que la disponibilité du carburant en Europe n’était pas menacée durant l’hiver ni jusqu’à l’été 2027, « à moins que se produise un quelconque événement imprévu ».
La couverture n’a d’ailleurs pas totalement préservé Ryanair du choc. Au premier trimestre de son exercice, clos fin juin 2026, le groupe a publié un bénéfice net de 538 millions d’euros, en recul de 34%. Ses coûts d’exploitation ont progressé de 11%, le prix du kérosène non couvert ayant « plus que doublé au premier trimestre », expliquait alors Michael O’Leary.
Moins de sièges en Europe : l’autre risque pour les tarifs aériens
Le carburant n’est pas le seul ressort du scénario avancé par le dirigeant. Michael O’Leary anticipe également une réduction de l’offre européenne, sous l’effet de faillites et de rachats de compagnies. Il estime que cette contraction des capacités, conjuguée à des couvertures énergétiques moins importantes, pourrait favoriser des hausses tarifaires allant jusqu’à 20%.
En Belgique, en revanche, les réductions annoncées sont concrètes. Dans un communiqué publié le 20 octobre, Ryanair indique retirer 20 lignes et 1,1 million de sièges de son programme hivernal 2026-2027 à Bruxelles-Zaventem et Charleroi. Six appareils doivent être réaffectés à d’autres marchés européens. La compagnie justifie cette décision par le relèvement de la taxe aérienne belge, dont elle compare le niveau de 2 euros en janvier 2025 aux 7 euros prévus en janvier 2027.
En France, les billets d’avion ont augmenté de 10,6% en septembre
Pour les voyageurs français, la hausse n’est déjà plus seulement une perspective. Selon l’indice des prix du transport aérien de passagers publié le 15 octobre par la Direction générale de l’aviation civile, les tarifs au départ de France ont progressé de 10,6% en septembre 2026 par rapport à septembre 2025. Le réseau international affiche une augmentation de 12,1%, contre 3,7% pour le réseau intérieur.
Au départ de métropole, les liaisons moyen-courriers enregistrent une hausse de 13,7%, qui atteint 16% vers l’ensemble européen « UE+ » suivi par la DGAC. Sur le long-courrier, la progression s’établit à 11%, avec des augmentations particulièrement marquées vers l’Amérique du Nord, à 14,2%, et l’Amérique latine, à 14%. Le chiffre de septembre ne doit cependant pas être confondu avec une moyenne annuelle. Sur les neuf premiers mois de 2026, la hausse cumulée au départ de métropole demeure de 3%, toutes destinations confondues.
La demande constitue également une limite à la capacité des transporteurs à relever leurs prix. À Paris-Charles-de-Gaulle et Orly, le trafic a reculé de 0,4% sur les neuf premiers mois de 2026. Groupe ADP évoque notamment les effets de la hausse des carburants, les ajustements de capacités des compagnies et « un environnement de demande moins favorable ».

Merci Donald a commenté :
21 octobre 2026 - 16 h 03 min
Quand un élit un 🤡 orange, le palais devient un cirque… 🙏🏻MAGA💩