ITA Airways envisage de relier Milan-Malpensa à Lima au Pérou, en complément d’une desserte depuis Rome-Fiumicino. Révélé le 3 novembre par le Corriere della Sera, ce projet reposerait sur une rotation en Airbus A350 sans ouverture de base en Lombardie. Une manière de renforcer son réseau latino-américain, mais aussi de contrer Emirates, qui demande à exploiter le même axe en cinquième liberté. Le programme reste toutefois à finaliser.
Milan-Malpensa–Lima : un retour inattendu pour ITA Airways
Malpensa semblait sorti de l’équation. Depuis l’arrêt de sa liaison vers New York, en janvier 2024, ITA Airways avait concentré son développement sur son hub de Rome-Fiumicino et sa présence milanaise sur Linate, l’aéroport proche du centre-ville. L’entrée de Lufthansa à son capital, en janvier 2025, n’avait pas remis en cause cette organisation. Selon le Corriere della Sera, la taille de sa flotte ne permettait pas de développer deux plateformes de correspondances long-courriers avec les réseaux d’alimentation nécessaires.
Le Pérou pourrait pourtant ramener ses avions à Malpensa. Le quotidien italien rapporte que la compagnie étudie une desserte de Lima depuis les deux principales métropoles du pays. Son directeur général, Joerg Eberhart, confirme cette intention : « Nous souhaitons également ouvrir la ligne au départ de Milan-Malpensa, compte tenu de l’appel de nombreux industriels et de la communauté milanaise et lombarde, favorables à cette liaison avec le Pérou. »
Un Airbus A350 en rotation entre Rome, Lima et Milan
Pour revenir en Lombardie sans y installer une nouvelle base opérationnelle, ITA Airways envisage une rotation dite en W. Un Airbus A350 partirait de Rome-Fiumicino pour Lima, puis rejoindrait Milan-Malpensa. Il repartirait ensuite vers la capitale péruvienne avant de rentrer à Rome. Ce schéma permettrait de desservir les deux marchés italiens avec les mêmes appareils, tout en conservant Fiumicino comme point d’ancrage du dispositif.
Le programme étudié comprendrait trois fréquences hebdomadaires entre Rome et Lima, auxquelles s’ajouteraient deux à trois fréquences entre Milan et Lima. Il ne faut donc pas confondre ce retour ciblé avec la création d’un second hub : le montage décrit vise précisément à éviter l’ouverture d’une base à Malpensa.
« L’offre sera plus importante sur Rome-Lima, car cette ligne présente un potentiel de trafic plus élevé », explique Joerg Eberhart au Corriere. Le dirigeant défend aussi une mission territoriale : « En tant que transporteur italien, nous tenons à valoriser les besoins des territoires pour contribuer, par le développement de notre réseau, à la croissance et à la compétitivité du “Sistema Paese”. » Cette expression désigne les acteurs publics et privés concourant au développement économique du pays.
Emirates et la cinquième liberté au cœur du dossier
Cette inflexion répond à un concurrent bien identifié. Emirates a demandé l’autorisation de transporter des passagers entre Milan-Malpensa et Lima dans le cadre d’un service relié à Dubaï. La cinquième liberté permet à une compagnie de commercialiser un tronçon entre deux pays étrangers dans le prolongement d’une liaison commençant ou s’achevant dans son propre pays. Emirates utilise déjà ce modèle entre Milan et New York-JFK.
Selon le Corriere, le transporteur émirati viserait une desserte quotidienne et demanderait trois fréquences supplémentaires aux quatre prévues par le cadre bilatéral évoqué par le journal. Face à cette perspective, les compagnies italiennes ont manifesté leur opposition. Neos a notamment écrit à l’ENAC, l’autorité italienne de l’aviation civile, tandis qu’ITA travaillait déjà à une liaison Rome-Lima. En proposant désormais son propre Milan-Lima, ITA apporte une réponse commerciale à un débat jusqu’alors surtout réglementaire et politique.
La Lombardie réclame une liaison directe avec le Pérou
Le dossier dépasse les seules stratégies des transporteurs. Comme on le rapportait le 15 octobre, le président de la Lombardie, Attilio Fontana, et le maire de Milan, Giuseppe Sala, ont soutenu le projet d’Emirates dans une lettre adressée au ministre des Transports, Matteo Salvini. Des organisations économiques et SEA, gestionnaire de Malpensa et de Linate, se sont associées à cette démarche.
Leur priorité est l’accès sans escale au marché péruvien, pour les voyageurs comme pour le fret. Le Corriere avance désormais quelque 189 000 passagers annuels entre Milan et Lima via des correspondances, contre 62 000 entre Rome et Lima. ITA doit encore discuter avec les institutions et les entreprises lombardes pour affiner son programme.

Aucun commentaire !