Le parquet d’Évreux a ouvert une enquête après le refus présumé du commandant de bord d’un Airbus A320 d’Aer Lingus de rejoindre immédiatement la base aérienne normande, jeudi 5 novembre. Visé par une alerte à la bombe finalement infondée, l’appareil reliant Dublin à Rome avec 157 personnes à bord s’est posé sans incident, escorté par deux chasseurs français. La compagnie assure que ses pilotes ont pleinement coopéré avec les autorités.

L’alerte à la bombe a été levée, mais les circonstances du déroutement restent à éclaircir. La justice française cherche à comprendre pourquoi le commandant de bord du vol Aer Lingus Dublin–Rome-Fiumicino aurait, dans un premier temps, refusé de se poser sur la base aérienne 105 d’Évreux-Fauville, lui préférant un aéroport civil. Une enquête a été ouverte pour déterminer si son comportement est susceptible de constituer une infraction au code des transports, a indiqué le procureur de la République d’Évreux, Rémi Coutin. « Je suis sur place pour éclaircir le comportement du pilote irlandais de l’avion Aer Lingus qui aurait refusé d’obtempérer à l’ordre donné d’atterrir sur un aéroport militaire, préférant un aéroport civil », a déclaré le magistrat à l’AFP. À ce stade, ce refus présumé demeure précisément l’objet des investigations : l’ouverture de l’enquête ne préjuge ni des raisons de l’équipage ni d’éventuelles poursuites.

Un Airbus A320 escorté par un Rafale et un Mirage 2000

L’Airbus A320 assurait jeudi matin la liaison entre Dublin et Rome avec 151 passagers et six membres d’équipage lorsqu’il a été dérouté vers la Normandie à la suite d’une alerte à la bombe. Il a finalement atterri à Évreux à 10 h 04, sans incident, sous escorte d’un Rafale et d’un Mirage 2000.

L’intervention militaire est confirmée par les autorités françaises. « Le pilote n’ayant pas coopéré comme attendu avec les autorités, le Premier ministre a immédiatement ordonné que des avions de chasse interceptent l’appareil et l’escortent », ont indiqué les services de Sébastien Lecornu. Dans un communiqué diffusé jeudi soir, le parquet a également confirmé l’engagement de deux chasseurs pour amener l’A320 à se poser à Évreux, tout en soulignant que les investigations n’en étaient qu’à leur début.

Aucun engin explosif n’a été découvert à bord. Après l’atterrissage, les passagers ont été débarqués et contrôlés par les gendarmes, puis accueillis dans un gymnase de la base. Ils ont ensuite quitté Évreux en autocar pour rejoindre Paris-Charles-de-Gaulle, d’où ils devaient poursuivre leur voyage vers Rome.

Le commandant et le copilote entendus en audition libre

Le commandant de bord, de nationalité irlandaise, a été entendu jeudi après-midi en audition libre. Le copilote britannique devait également être entendu sous ce même régime, selon les précisions données par Rémi Coutin. Le procureur a insisté sur les incertitudes entourant encore les motivations de l’équipage. « À ce stade, je n’ai pas encore confirmation des raisons pour lesquelles il aurait eu ce comportement », a-t-il expliqué à la radio locale. Le magistrat a évoqué la possibilité de poursuites devant le tribunal correctionnel d’Évreux si les investigations établissaient un comportement contraire à la loi, sans annoncer de décision en ce sens. L’enquête a été confiée conjointement à la section de recherches de la gendarmerie des transports aériens de Roissy, à celle de la gendarmerie de l’air et de l’espace de Vélizy-Villacoublay et au groupement de gendarmerie départementale de l’Eure. Les enquêteurs doivent également exploiter les enregistrements de bord, selon l’AFP.

Aer Lingus défend pour sa part la coopération de son équipage. Dans un communiqué publié jeudi soir, dont The Irish Times rapporte la teneur, la compagnie affirme que ses pilotes « ont pleinement coopéré avec les autorités françaises dans cette affaire et que leurs échanges avec celles-ci sont désormais terminés ». Cette prise de position ne signifie toutefois pas que la procédure judiciaire est close : le parquet avait annoncé qu’il communiquerait ultérieurement sur ses suites.

Aéroport civil ou base militaire : les raisons du désaccord restent inconnues

Pourquoi l’équipage aurait-il préféré un aéroport civil ? Le Corriere della Sera évoque Nantes ou Beauvais et avance l’hypothèse d’une prise en charge plus simple des passagers pour la poursuite de leur voyage. Mais cette explication n’est pas établie. Interrogé jeudi par Ouest-France, le procureur indiquait au contraire : « Nous ne savons pas à ce stade vers quel aéroport il souhaitait se rendre. »

Il convient donc de distinguer une préférence logistique, un éventuel motif de sécurité et la nature exacte des instructions reçues. Les éléments rendus publics ne permettent pas encore de connaître les arguments échangés entre le cockpit et les autorités, ni de reconstituer précisément la succession des demandes et des réponses. C’est cette séquence que les auditions et l’exploitation des enregistrements doivent contribuer à éclaircir.

Interception d’un avion civil : que prévoient les règles aéronautiques ?

L’intervention de chasseurs autour d’un avion de ligne relève d’un cadre international conçu pour préserver la sécurité des personnes à bord. Le manuel de l’Organisation de l’aviation civile internationale consacré à l’interception des aéronefs civils rappelle qu’une telle opération ne doit être entreprise qu’en dernier recours. Elle peut notamment conduire à guider un appareil vers un aérodrome désigné pour son atterrissage.

Ces procédures ne font pas pour autant disparaître les exigences de sécurité propres à l’avion intercepté. L’OACI précise que le terrain imposé doit permettre un atterrissage sûr du type d’appareil concerné. Le caractère militaire d’un aérodrome ne suffit donc, à lui seul, ni à le rendre inadapté à un avion commercial ni à garantir son adéquation à toutes les circonstances d’un vol.

L’article 3 bis de la convention de Chicago reconnaît par ailleurs aux États, dans des circonstances définies — notamment un survol sans autorisation ou des motifs raisonnables de soupçonner une utilisation contraire aux objectifs de la convention —, le droit d’exiger l’atterrissage d’un aéronef civil sur un aéroport désigné. Il impose le respect des ordres délivrés conformément à ces dispositions, tout en rappelant que l’interception ne doit mettre en danger ni les occupants ni l’appareil. Ce cadre général ne permet cependant pas, à lui seul, de trancher le cas d’Aer Lingus : la qualification juridique dépendra des faits établis par l’enquête française.

Une nouvelle journée d’alertes à la bombe dans le ciel européen

Le déroutement du Dublin-Rome s’inscrit dans une série de menaces ayant perturbé le transport aérien européen. Selon le bilan rapporté jeudi soir par l’AFP, au moins une vingtaine de vols ont été visés dans la journée, après plusieurs fausses alertes en début de semaine. À Évreux, les vérifications n’ont révélé aucun explosif.

Le volet judiciaire porte désormais sur la conduite du déroutement, et non sur la découverte d’une bombe. Il reste à déterminer si les échanges traduisent un refus d’exécuter une instruction, un désaccord opérationnel motivé ou une autre difficulté. Les déclarations publiques du parquet ne permettent pas encore de conclure sur ce point.

Aer Lingus : deux chasseurs pour escorter le Dublin-Rome, le commandant de bord visé par une enquête 1 Air Journal

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