Porté par la montée en gamme de ses cabines et la progression de ses recettes unitaires, Air France-KLM a dégagé un bénéfice net de 938 millions d’euros au troisième trimestre 2026, malgré l’envolée du kérosène. Cette bonne saison estivale n’empêche pas KLM d’engager une nouvelle transformation : réorganisation des activités, réduction des effectifs et révision de la flotte européenne doivent lui permettre de retrouver une rentabilité durable.

Air France-KLM a réussi à faire progresser ses résultats pendant les mois les plus rémunérateurs de l’année. Entre juillet et septembre 2026, le groupe franco-néerlandais a réalisé un chiffre d’affaires de 9,916 milliards d’euros, en hausse de 7,6%, et un bénéfice net de 938 millions d’euros, soit une progression de 22%. Son résultat opérationnel ajusté atteint 1,346 milliard d’euros, en augmentation de 126 millions, pour une marge de 13,6%. Sur les neuf premiers mois, le tableau reste toutefois plus contrasté : le bénéfice net recule de 25%, à 877 millions d’euros. « Air France-KLM a réalisé un troisième trimestre résilient, soutenu par un résultat opérationnel ajusté solide », souligne Benjamin Smith, directeur général du groupe, dans le communiqué financier publié le 5 novembre. Il attribue notamment cette résistance à la demande sur les marchés stratégiques du groupe, à la discipline commerciale et à la maîtrise des coûts.

Des recettes en hausse plus rapide que le nombre de passagers

La performance estivale tient moins à une forte croissance des volumes qu’à une meilleure valorisation de l’offre. Air France-KLM a transporté 29,7 millions de passagers au troisième trimestre, soit 1,8% de plus qu’un an auparavant. Les capacités, mesurées en sièges-kilomètres offerts, ont augmenté de 1,3%, tandis que le coefficient de remplissage a légèrement reculé, de 0,4 point, à 88,4%. Dans le même temps, la recette unitaire du groupe a progressé de 7% à taux de change constants.

La montée en gamme continue de jouer un rôle central. Sur l’activité Passage des compagnies de réseau, la recette par passager-kilomètre — le « yield » — a augmenté de 11,5% dans les cabines La Première et Business, de 9,1% en Premium et de 5% en Economy. Le groupe fait notamment état d’une forte demande en Amérique du Nord et en Asie, ainsi que d’un redéploiement de capacités vers les Amériques au cours du trimestre.

Le fret a également soutenu les résultats. Les recettes unitaires du Cargo ont bondi de 21,9% à taux de change constants, pour un trafic en progression de 8%. Selon Air France-KLM, les perturbations des routes maritimes autour du canal de Suez et du détroit d’Ormuz ont favorisé le transfert vers l’aérien de marchandises urgentes ou à forte valeur ajoutée.

Une facture de carburant portée à 9,2 milliards de dollars

Ces recettes supplémentaires ont permis d’absorber le renchérissement du kérosène. Au troisième trimestre, l’effet de la hausse des prix du carburant a représenté 436 millions d’euros par rapport à la même période de 2025, après couverture. La progression des recettes unitaires a, de son côté, apporté une contribution positive de 592 millions d’euros au résultat opérationnel ajusté. « Les recettes unitaires solides ont intégralement compensé l’impact de la hausse des prix du carburant, dans un contexte de crise au Moyen-Orient », indique le groupe. Les coûts unitaires n’ont augmenté que de 0,1%, un indicateur calculé à prix du carburant et taux de change constants, et hors système européen d’échange de quotas d’émission. Cette quasi-stabilité ne signifie donc pas que la facture réelle de carburant est restée inchangée.

Air France-KLM relève d’ailleurs son estimation de dépenses de carburant pour l’ensemble de 2026 à 9,2 milliards de dollars, contre 8,9 milliards précédemment. Pour limiter son exposition aux fluctuations des cours, le groupe dispose de couvertures portant sur 62% de sa consommation prévue au quatrième trimestre 2026 et sur 54% de celle de l’exercice 2027.

KLM améliore ses résultats, mais reste moins rentable qu’Air France

Chez KLM, l’été a pourtant marqué une nette amélioration. Le pôle néerlandais, qui comprend Transavia Pays-Bas, a enregistré un résultat opérationnel ajusté de 458 millions d’euros, en hausse de 106 millions, avec une marge de 11,4%. Le pôle Air France, comprenant Transavia France, a dégagé 811 millions d’euros, en légère hausse de 5 millions, pour une marge de 13,5%. L’écart demeure également sur les neuf premiers mois : la marge opérationnelle atteint 4,8% pour le groupe KLM, contre 6,6% pour le groupe Air France. La rentabilité du seul trimestre estival ne suffit donc pas à garantir l’atteinte durable de l’ambition du groupe, fixée à plus de 8% de marge opérationnelle.

Lancé fin 2024, le programme « Back on Track » a déjà produit, selon KLM, plus de 750 millions d’euros d’améliorations structurelles. La compagnie estime néanmoins devoir aller plus loin pour financer le renouvellement de sa flotte et ses investissements dans le service aux passagers. Elle chiffre à un milliard d’euros l’amélioration annuelle supplémentaire de ses résultats, nécessaire à la mise en œuvre de sa stratégie. « Les mesures additionnelles annoncées par KLM aujourd’hui s’inscrivent dans la continuité de ces progrès, avec des choix clairs visant à renforcer davantage la compétitivité de la compagnie », explique Benjamin Smith dans le communiqué d’Air France-KLM.

Flotte européenne : davantage d’Embraer E195-E2, sortie des 737 et E190

La transformation ne se limite pas aux fonctions administratives. KLM veut rétablir la rentabilité de son réseau européen en revoyant l’équilibre entre avions de grande et de petite capacité. L’Airbus A321neo restera dans la flotte, mais des Embraer E195-E2 remplaceront les A320 initialement prévus. KLM Cityhopper prendra ainsi une place plus importante dans l’organisation du réseau. La compagnie annonce également le retrait progressif des Boeing 737 et des Embraer E190 au cours des prochaines années. L’objectif est double : simplifier les opérations et adapter plus finement le nombre de sièges à la demande. Les capacités seront affectées en priorité aux lignes contribuant le plus à la connectivité du hub d’Amsterdam-Schiphol et à son réseau de destinations sans escale.

Cette révision de la flotte s’inscrit dans un mouvement plus large chez Air France-KLM. À fin septembre, les avions de nouvelle génération représentaient 39% de la flotte du groupe, contre 32% un an plus tôt. Leur moindre consommation constitue l’un des leviers utilisés pour contenir les coûts d’exploitation.

Environ 1 000 postes en moins, des milliers d’autres transférés

Sur le plan social, KLM prévoit une nouvelle diminution de près de 15% du nombre de postes dans son périmètre. Il convient toutefois de distinguer les suppressions de postes des transferts d’activités : la compagnie indique qu’environ 5 000 postes ont déjà été, ou seront, concernés par une réorganisation, sans que cela corresponde à autant de suppressions d’emplois. Parmi les principales mesures annoncées, environ 800 postes des services au sol seront concernés par des transferts d’activités vers des prestataires extérieurs. Quelque 2 000 postes, dont 1 500 au centre de relation client Cygnific, seront transférés à Air France-KLM. À cela s’ajoutent les activités correspondant à 1 250 postes de KLM Catering Services, réalisées depuis le printemps en partenariat avec gategroup.

Les gains de productivité recherchés doivent, pour leur part, conduire à environ 1 000 postes en moins au cours des prochaines années. KLM entend limiter les conséquences pour les salariés grâce aux départs naturels, aux dispositifs volontaires et aux mobilités internes. La compagnie souhaite négocier de nouvelles conventions collectives permettant une hausse structurelle de la productivité d’au moins 8% d’ici 2028, accompagnée d’une progression salariale très modérée.

La réorganisation touchera également le fret et la maintenance. KLM prévoit de regrouper le traitement de ses marchandises dans son propre entrepôt à Schiphol et de recentrer progressivement les activités de maintenance sur les appareils qui composeront sa future flotte.

Air France-KLM privilégie la rentabilité à la croissance des capacités

Pour l’ensemble de 2026, Air France-KLM prévoit désormais une augmentation de ses capacités d’environ 2%, contre une fourchette de 2% à 3% auparavant. Le groupe attend une hausse des coûts unitaires d’environ 1%, dont un demi-point lié à la montée en gamme, et maintient ses investissements nets sous les 3 milliards d’euros.

La priorité reste donc la rentabilité plutôt que la conquête de volumes supplémentaires. Avec 10,5 milliards d’euros de liquidités disponibles à fin septembre et un ratio dette nette sur EBITDA ajusté de 1,6, le groupe conserve des moyens financiers pour poursuivre sa transformation. Mais le nouveau plan de KLM montre que, même après un été bénéficiaire, la modernisation de la flotte et le maintien d’un réseau mondial exigent une amélioration des performances sur l’ensemble de l’année.

Air France-KLM : le bénéfice grimpe de 22% au troisième trimestre 1 Air Journal

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