La compagnie de Dubaï a dégagé un bénéfice avant impôt d’un milliard de dollars entre avril et septembre 2026, malgré les perturbations du transport aérien dans le Golfe et l’envolée du kérosène. Si son trafic passagers a reculé de 22%, la progression des recettes du fret et les couvertures contre la hausse du carburant ont amorti le choc. À l’échelle du groupe Emirates, qui comprend également dnata, le bénéfice avant impôt atteint 1,1 milliard de dollars.
Résultats Emirates : un milliard de dollars de bénéfice avant impôt
Emirates reste dans le vert, mais la dégradation est sévère. La compagnie aérienne, dont les comptes intègrent l’activité d’Emirates SkyCargo, a annoncé le 5 novembre un bénéfice avant impôt de 3,7 milliards de dirhams, soit un milliard de dollars, pour le premier semestre de son exercice 2026-2027, clos le 30 septembre. C’est 68% de moins que les 11,4 milliards de dirhams — 3,1 milliards de dollars — enregistrés un an auparavant, qui constituaient un record semestriel.
Après impôt, son bénéfice s’établit à 3,3 milliards de dirhams, soit 903 millions de dollars, en baisse de 66%. La distinction importe : le recul concerne le résultat avant impôt de la compagnie, et non son bénéfice net ni celui de l’ensemble du groupe. Son chiffre d’affaires, autres produits d’exploitation compris, diminue de 13%, à 56,9 milliards de dirhams, soit 15,5 milliards de dollars. « Ces six mois ont été éprouvants et, une fois encore, notre modèle économique et nos équipes ont résisté à l’épreuve », déclare Ahmed ben Saïd Al Maktoum, président-directeur général d’Emirates Airline et du groupe, dans le communiqué de résultats. Il invoque des « difficultés régionales sans précédent » et le niveau élevé des prix du carburant.
À Dubaï, un réseau encore fragilisé par les restrictions aériennes
Le semestre a été marqué par des restrictions et des fermetures intermittentes d’espaces aériens dans la région. À ces contraintes opérationnelles se sont ajoutées les recommandations aux voyageurs émises par les gouvernements, qui ont modifié les choix des clients et les flux de déplacements, explique Emirates. La compagnie a concentré ses efforts sur le rétablissement de son réseau et des correspondances via son hub de Dubaï.
Au 30 septembre, elle indiquait avoir rétabli 91% de son réseau d’avant les perturbations, avec une desserte passagers et cargo couvrant 150 aéroports dans 78 pays et territoires. Ce taux de rétablissement du réseau ne signifie toutefois pas que l’offre de sièges ou les fréquences avaient retrouvé leur niveau antérieur : sur l’ensemble du semestre, la capacité passagers, mesurée en sièges-kilomètres offerts, a reculé de 17%.
Emirates a transporté 21,8 millions de passagers entre le 1er avril et le 30 septembre, soit 22% de moins qu’un an auparavant. Le trafic exprimé en passagers-kilomètres payants a diminué davantage encore, de 25%. Le coefficient d’occupation est ainsi passé de 79,5% à 72%, une baisse de 7,5 points qui traduit un recul du trafic supérieur à la réduction des capacités.
Pour rassurer sa clientèle, la compagnie a notamment mis en place une couverture voyage présentée comme applicable indépendamment des recommandations gouvernementales, ainsi que des changements de dates gratuits et des conditions de remboursement assouplies.
Carburant : les couvertures limitent fortement la hausse de la facture
Le kérosène demeure le principal point de pression sur les comptes. Malgré une diminution de 12% des volumes de carburant avitaillés, liée au programme de vols réduit, la facture d’Emirates avant gains de couverture a augmenté de 60% par rapport au même semestre de l’exercice précédent. Selon son président, les prix mondiaux du carburéacteur ont doublé sur un an. « La demande des clients a tenu bon et nos activités cargo ont fortement contribué à maintenir les recettes et la trésorerie à des niveaux solides, alors même que les prix mondiaux du carburéacteur ont doublé par rapport à la même période de l’année précédente, pesant sur nos coûts et notre rentabilité », souligne Ahmed ben Saïd Al Maktoum.
La stratégie de couverture du risque carburant a joué un rôle majeur : les gains correspondants ont atteint 7,1 milliards de dirhams, soit environ 1,9 milliard de dollars. Ils ont ramené à 13% la hausse nette des dépenses de carburant. Le kérosène représente néanmoins toujours 34% des charges d’exploitation de la compagnie.
Emirates SkyCargo : des recettes en hausse de 52%
L’autre amortisseur est venu du fret. Emirates SkyCargo a transporté 1,2 million de tonnes sur le semestre, un volume en léger recul de 1%. Ses recettes ont pourtant bondi de 52%. Emirates attribue cette divergence à la contraction des capacités de fret aérien disponibles dans la région, mais aussi aux perturbations du transport maritime, qui ont conduit des chargeurs à se tourner vers l’avion.
Cette contribution ne repose donc pas sur une envolée des tonnages, mais sur des recettes nettement plus élevées pour des volumes presque stables. Elle illustre aussi la double exposition d’Emirates au conflit : les perturbations pénalisent son réseau passagers, tandis qu’elles soutiennent la demande de solutions de transport aérien pour certaines marchandises.
SkyCargo a parallèlement renforcé ses moyens avec la livraison de cinq Boeing 777 cargo neufs et la mise en service de son premier appareil issu d’une conversion passagers-fret. La division a ajouté Almaty et Zhengzhou à son réseau tout-cargo, lancé des dessertes par avions-cargos vers plus de quinze destinations déjà présentes dans le réseau Emirates et augmenté certaines fréquences, notamment en Extrême-Orient.
Emirates Group : une trésorerie solide, dnata également en retrait
À l’échelle d’Emirates Group, qui réunit notamment la compagnie aérienne et le prestataire de services aéroportuaires dnata, le bénéfice avant impôt atteint 4,1 milliards de dirhams, soit 1,1 milliard de dollars, en baisse de 66%. Le bénéfice après impôt recule dans les mêmes proportions, à 3,6 milliards de dirhams, soit environ un milliard de dollars. Le chiffre d’affaires consolidé diminue de 12%, à 18 milliards de dollars.
Dnata n’échappe pas au ralentissement. Son bénéfice avant impôt chute de 51%, à 410 millions de dirhams, soit 112 millions de dollars, pour un chiffre d’affaires en baisse de 7%, à trois milliards de dollars. Ses activités internationales ont toutefois compensé une partie du recul des opérations aériennes et touristiques aux Émirats arabes unis et dans le Golfe.
Le groupe conserve une réserve financière importante : sa trésorerie s’établissait à 54,1 milliards de dirhams, soit 14,7 milliards de dollars, au 30 septembre, contre 16,2 milliards de dollars six mois plus tôt. Durant cette période, il a notamment financé des acomptes sur ses futurs avions, honoré ses échéances de dette et versé le solde du dividende dû à son actionnaire, Investment Corporation of Dubai.
Airbus A350 et rénovation des cabines : les investissements se poursuivent
Malgré le repli de ses résultats, Emirates maintient ses investissements dans la flotte et le produit à bord. La compagnie a réceptionné neuf Airbus A350 pendant le semestre et achevé la rénovation complète des cabines de douze appareils : neuf Airbus A380 et trois Boeing 777. Son programme de modernisation des cabines représente désormais un investissement prévu de plus de sept milliards de dollars.
L’équipement en connexion Starlink s’est également poursuivi, avec 36 appareils supplémentaires dotés du service en six mois, portant à 57 le nombre d’avions équipés au 30 septembre. Emirates a par ailleurs lancé en mai les travaux de son futur complexe d’ingénierie et de maintenance à l’aéroport international Al Maktoum, un projet de 5,1 milliards de dollars dont l’achèvement est attendu au milieu des années 2030.
Pour la seconde moitié de l’exercice, la direction affiche un « optimisme mesuré », tout en promettant une surveillance étroite des coûts et de la situation géopolitique. La compagnie aborde ainsi la suite de l’année avec un réseau encore en cours de rétablissement, mais des investissements préservés et une trésorerie qui lui laisse une marge de manœuvre face à la volatilité du carburant.

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