La compagnie aérienne Lufthansa va pouvoir toucher une aide d’état d’environ 9 milliards d’euros, la Commission européenne ayant revu à la baisse le nombre de slots qu’elle devait abandonner dans les aéroports de Francfort et Munich. Des ajustements de capacité à moyen terme sont en vue, tout comme des négociations avec les syndicats.

L’accord de principe annoncé le mois dernier entre l’Allemagne et sa compagnie nationale a reçu le 1er juin 2020 le feu vert du Conseil de supervision, et sera présenté aux actionnaires en Assemblée générale extraordinaire à la fin du mois. Le Fonds de stabilisation économique fédéral (WSF) prévoit des mesures de stabilisation et des prêts pouvant aller jusqu’à 9 milliards d’euros pour le principal membre du groupe éponyme aux côtés d’Austrian Airlines, Brussels Airlines, Eurowings et Swiss International Airlines ; Lufthansa rejoindra donc bien Air France et KLM dans la liste des transporteurs aidés par leurs gouvernements.

L’accord sur cette aide d’Etat avait été suspendu par Lufthansa en raison des conditions imposées par la Commission européenne au nom de la concurrence, l’obligeant à céder des créneaux de vols dans ses deux hubs de Francfort et Munich ; mais ces conditions ont été revues à la baisse. La compagnie aérienne ne devra plus céder « que » 24 créneaux, soit 12 rotations par jour, dans chaque aéroport (où elle est largement majoritaire en parts de marché) ; et pendant 18 mois, ils ne seront disponibles que pour les « nouveaux concurrents » à Francfort et Munich. Si aucun nouveau transporteur ne se porte volontaire, les créneaux pourront être repris via un appel d’offres par des compagnies uniquement européennes déjà présentes à Francfort et Munich. Avec une condition supplémentaire : l’acquéreur ne pourra pas avoir reçu de « recapitalisation substantielle » de son État suite à la crise sanitaire.

Selon Karl-Ludwig Kley, le président du conseil de surveillance de Deutsche Lufthansa AG cité dans un communiqué, « ce fut une décision très difficile. Après des discussions approfondies, nous sommes parvenus à la conclusion d’accepter la proposition du directoire. Nous recommandons à nos actionnaires de suivre cette même si cela leur impose de contribuer de manière substantielle à la stabilisation de leur entreprise ».

Le président du directoire de la compagnie de Star Alliance Carsten Spohr a ajouté : « la stabilisation de notre Lufthansa n’est pas une fin en soi. Avec le gouvernement allemand, notre objectif doit être de défendre notre position de leader dans l’aviation mondiale. Nous sommes reconnaissants à toutes les personnes impliquées dans le processus de stabilisation, y compris nos clients, nos employés et nos actionnaires pour cette perspective. Nous ne les décevrons pas et nous travaillerons maintenant dur pour assurer la compétitivité et la viabilité future de notre groupe de compagnies aériennes ».

Il est « déjà évident » aujourd’hui que le trafic aérien international n’atteindra pas les niveaux d’avant la crise dans les années à venir. Cette lente reprise du trafic aérien mondial « rend inévitable un ajustement de nos capacités », a souligné Carsten Spohr, qui va « entre autres discuter avec les partenaires de négociations collectives et sociaux de la manière dont l’impact de cette évolution peut être atténué de la manière la plus socialement acceptable possible ». Le Conseil exécutif de Lufthansa discutera donc des mesures nécessaires en Allemagne « lors d’une réunion de haut niveau » avec les syndicats Verdi, VC (Vereinigung Cockpit) pour les pilotes et UFO pour le personnel de cabine. Aucune date n’est fixée.

Un rapport intérimaire sur les résultats du troisième trimestre (avril-juin) sera présenté demain. Rappelons que le groupe allemand avait annoncé dès avril son intention de supprimer 10.000 emplois et d’opérer une flotte réduite de 100 avions à l’issue de la crise économique liée à la pandémie. D’ici la fin juin, il prévoit d’opérer 2000 vols par semaine vers environ 130 destinations, dont sept en France.

On retiendra que ces conditions imposées à Lufthansa ne devraient pas lui rester uniques : Margrethe Vestager, responsable de la politique de la concurrence à la Commission européenne, a clairement prévenu Air France-KLM que « l’égalité de traitement » sera de mise si le groupe franco-néerlandais recherche une nouvelle aide d’Etat – notamment via une recapitalisation, déjà évoquée chez Air France pour l’automne.

Lufthansa: feu vert à l’aide d’Etat contre des créneaux de vol 1 Air Journal

©Fraport