Une plainte pour propos antisémites visant un agent aéroportuaire a été déposée après un incident survenu le 30 décembre 2025 à Paris-Charles de Gaulle, relançant le débat sur la banalisation de la haine antijuive dans les aéroports parisiens. Cet épisode s’ajoute à plusieurs affaires récentes, dont l’agression filmée d’un enfant juif, qui ont contraint le gestionnaire des plateformes parisiennes à durcir son discours et à promettre des mesures renforcées.

Le 30 décembre 2025, une mère de famille juive, voyageant avec son jeune fils, affirme avoir été prise à partie par un agent aéroportuaire dans un restaurant en zone embarquement, au terminal 2F de Paris-Charles de Gaulle. Selon la plaignante, l’échange a dégénéré après une remarque sur son nom et des éléments visibles de son identité juive, entraînant un flot d’invectives à caractère antisémite.

L’affaire a été révélée par le compte X Sword of Salomon, qui a relayé une vidéo de l’altercation verbale. D’après le récit de la mère de famille, relayé par son avocat, l’agent aurait déclaré notamment « on en a marre de vous les Juifs » et laissé entendre qu’« avec ce qui se passe au Proche-Orient, vous croyez que vous êtes en sécurité ici ? », et d’ajouter « sionistes de merde », des paroles que la mère décrit comme menaçantes pour elle et son enfant. Choquée, elle a immédiatement saisi la Police aux frontières et déposé plainte pour injures publiques à caractère antisémite, tandis que sa famille a été prise en charge par les services de l’aéroport.

Réaction d’ADP et ouverture d’une enquête
Le Groupe ADP, gestionnaire des aéroports parisiens, a fait savoir qu’« aucune compromission sur l’antisémitisme » ne serait tolérée et qu’une enquête interne avait été déclenchée dès la connaissance des faits. L’agent mis en cause a été écarté de tout contact avec le public pendant la durée des investigations, qui devront recouper les témoignages et les images de vidéosurveillance. Selon le gestionnaire, « 90 000 salariés de plus de 700 entreprises disposent d’un badge et travaillent quotidiennement sur l’aéroport Paris-CDG ».

Les autorités judiciaires ont été informées et une procédure pénale est engagée pour déterminer les responsabilités exactes, dans un contexte où les actes antisémites restent à un niveau très élevé en France depuis 2023. Le Service de protection de la communauté juive et des associations spécialisées suivent le dossier de près, y voyant un nouvel exemple de la « décomplexion » d’un antisémitisme assumé dans l’espace public.

Agression d’un enfant juif dans la « PlayStation Zone »
Ce nouvel épisode survient quelques mois après une agression visant un enfant juif dans une zone de jeux de Paris-Charles de Gaulle, révélée par la diffusion d’une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux. Les faits, survenus le 25 juin 2025 dans la « PlayStation Zone » du terminal 2B, montrent un homme noir anglophone s’en prenant à un garçon portant une kippa en lui arrachant sa console de jeu.

Dans la séquence, l’agresseur exige que l’enfant « libère la Palestine sinon je t’arrache ton chapeau », en référence à la kippa, avant de lui ordonner à plusieurs reprises de « danser, cochon » dans un français approximatif. Une enquête pour « violences commises en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion » a été ouverte par le parquet de Bobigny et confiée à la Police aux frontières, tandis que le préfet de police a exprimé son « indignation » et promis que ces propos « ne resteront pas impunis ».

En 2024, un chauffeur de taxi à Paris-Orly a été condamné à huit mois de prison avec sursis et à une interdiction temporaire d’exercer pour des propos antisémites tenus à l’encontre d’un couple de clients en provenance d’Israël. L’affaire avait conduit les autorités aéroportuaires et les compagnies de taxis à rappeler les obligations de neutralité et de respect des passagers, avec la promesse de renforcer les formations et les contrôles sur les comportements discriminatoires. Ces précédents nourrissent aujourd’hui les critiques de ceux qui dénoncent une accumulation d’incidents visant des voyageurs juifs dans les enceintes aéroportuaires parisiens et leurs abords.