Une trentaine de gros-porteurs de compagnies du Golfe se retrouvent immobilisés sur le tarmac de 13 aéroports nord‑américains, conséquence directe de la fermeture brutale d’une large partie de l’espace aérien du Moyen‑Orient après des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran.

Selon le site spécialisé Simple Flying, 33 appareils long‑courriers de compagnies moyen‑orientales sont actuellement bloqués sur 13 aéroports aux États‑Unis et au Canada. Sont concernés des avions d’Emirates, Etihad Airways, Qatar Airways, El Al et Saudia, dont des Airbus A380, des Airbus A350, des Boeing 777 passagers et cargos, des Boeing 787‑9 ainsi qu’un Gulfstream G700 opéré par Qatar Executive.

Qatar Airways représente la plus grande part de cette flotte immobilisée, avec plusieurs Boeing 777‑300ER, 777‑200LR et A350 stationnés loin de leur base de Doha. Emirates a des A380 et des 777‑300ER dispersés sur les principales portes d’entrée nord‑américaines, notamment New York‑JFK, Los Angeles, Washington‑Dulles, Boston, Orlando, Montréal et Toronto. Etihad voit des 787‑9 et des A350‑1000 bloqués, tandis qu’El Al compte quatre 787‑9 en attente d’autorisation de départ à Newark, New York‑JFK et Los Angeles. Saudia a au moins un 787‑9 immobilisé à Toronto Pearson, et des appareils de Qatar Cargo et Qatar Executive sont également à l’arrêt à Houston et San Francisco.

Fermetures d’espaces aériens en cascade : un effet domino sur le réseau mondial

L’onde de choc a son origine dans une série de frappes menées par les États‑Unis et Israël contre des cibles en Iran, suivies de ripostes iraniennes, qui ont conduit au verrouillage de pans entiers du ciel moyen‑oriental. Au moins huit pays – dont l’Iran, Israël, la Jordanie, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et les Émirats arabes unis – ont fermé tout ou partie de leur espace aérien au trafic civil, tandis que la Syrie a restreint le sud de son FIR pour douze heures. Ces décisions ont coupé l’un des principaux corridors Est‑Ouest reliant l’Europe et l’Amérique du Nord à la péninsule Arabique, à l’Inde et à l’Asie du Sud‑Est, contraignant les compagnies à des déroutements massifs via la Turquie, le Caucase, l’Égypte ou la Méditerranée quand cela est possible. 

Les trois grands hubs que sont Dubaï, Abou Dhabi et Doha – maillons essentiels entre l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Océanie – ont temporairement suspendu leurs opérations, parfois de manière quasi totale. À Dubaï, l’un des aéroports les plus fréquentés au monde pour le trafic international, les vols ont été arrêtés « jusqu’à nouvel ordre », laissant des dizaines de milliers de passagers bloqués dans les terminaux ou déroutés vers d’autres plateformes.

Les conséquences dépassent largement les seules compagnies du Golfe. Des transporteurs européens comme Lufthansa, Air France‑KLM ou Turkish Airlines ont annoncé des suspensions de vols vers plusieurs destinations de la région (Liban, Syrie, Irak, Iran, Jordanie), ou des contournements systématiques de l’espace aérien jugé à risque. Des compagnies américaines, telles qu’American Airlines et United, ont gelé leurs liaisons vers Tel‑Aviv, tandis que KLM avait déjà interrompu ses vols vers Israël plus tôt dans la semaine.

Les données de Flightradar24 font état de plus de 3 400 vols annulés en une seule journée sur sept grands aéroports moyen‑orientaux, alors que des centaines de milliers de voyageurs se retrouvent soit immobilisés, soit déroutés vers des aéroports de dégagement en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord. « Personne ne sait vraiment quand nous pourrons repartir », confie un passager britannique interrogé à Newcastle, dont le vol Emirates vers Dubaï a été annulé au dernier moment.

Des risques opérationnels et économiques majeurs

Pour les compagnies du Golfe, bâties sur le modèle du hub et qui drainent chaque jour des dizaines de milliers de passagers en correspondance, cette paralysie est particulièrement douloureuse. Emirates, Qatar Airways et Etihad traitent à elles seules près de 90 000 passagers quotidiens via leurs hubs, ce qui donne une idée du choc financier lié à plusieurs jours de suspension et de déroutements.

Au‑delà du trafic passagers, le fret est lui aussi frappé de plein fouet : à Dubaï, les opérations cargo ont été interrompues, perturbant des chaînes logistiques mondiales très dépendantes de ces plateformes pour l’acheminement de produits pharmaceutiques, de e‑commerce ou de haute technologie. Les transporteurs et les analystes avertissent déjà que des durées de vol plus longues, une consommation de carburant accrue et une moindre efficacité réseau pourraient, si la situation se prolonge, se traduire par une hausse des prix des billets et des coûts logistiques.

Pour l’heure, aucune visibilité claire n’est donnée sur la réouverture complète des espaces aériens concernés ni sur la remise en service progressive des banques de correspondance à Dubaï, Doha, Abou Dhabi ou Tel‑Aviv. Les compagnies invitent leurs clients à vérifier en temps réel l’état de leur vol et mettent en place des mesures de flexibilité commerciale – reports sans frais, remboursements, changements d’itinéraire – pour tenter de gérer une crise dont l’issue dépend avant tout de l’évolution militaire et diplomatique dans la région.

Trente gros‑porteurs du Golfe bloqués en Amérique du Nord après la fermeture du ciel au Moyen-Orient 1 Air Journal

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