En route pour le Forum économique mondial de Davos, l’avion présidentiel américain a été contraint de faire demi‑tour mardi soir après la détection d’un « problème électrique mineur », retardant de près de trois heures l’arrivée de Donald Trump en Suisse. Sans conséquence pour la sécurité des passagers, le dernier incident met ainsi en lumière l’âge avancé des Boeing 747-200B de la flotte présidentielle et les incertitudes qui entourent leur remplacement.

Parti à 21h34 (heure locale) de la base aérienne de Joint Base Andrews, près de Washington, l’Air Force One transportant Donald Trump vers Davos a interrompu sa route environ une trentaine de minutes après le décollage. Le quadriréacteur présidentiel a rebroussé chemin et s’est posé à nouveau sur la base à 23h07, « par mesure de précaution » après la détection d’un « problème électrique mineur », a précisé la porte‑parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt. Selon des journalistes faisant partie du pool presse, les lumières se sont brièvement éteintes dans la cabine, un clignotement fugace ayant été observé peu après le décollage dans la section réservée aux médias. La Maison Blanche a insisté sur le caractère non critique de l’anomalie, parlant d’une décision de retour prise « par excès de prudence » et non d’une situation d’urgence.

Un second Air Force One, deux à trois heures de retard

Une fois au sol, le président américain n’a pas annulé son déplacement mais a embarqué sur un second appareil désigné à son tour comme Air Force One, l’indicatif radio « Air Force One » étant attribué à tout avion de l’US Air Force à bord duquel se trouve le président. Ce second décollage est intervenu peu après minuit, soit avec environ deux heures de décalage par rapport à l’horaire initial de départ depuis Andrews. Depuis Davos, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a indiqué que Donald Trump arriverait « avec environ trois heures de retard », le temps de vol, des procédures d’atterrissage à Zurich et du transfert jusqu’à la station alpine venant s’ajouter au retard de départ. 

Une flotte présidentielle vieillissante dans l’attente de nouveaux 747-8 présidentiels

Derrière cet incident sans gravité se profile un enjeu structurel : la flotte actuelle d’Air Force One, constituée de deux Boeing VC‑25A dérivés du 747‑200B, est entrée en service au début des années 1990 sous la présidence de George H. W. Bush. Ces appareils, aujourd’hui trentenaires, ont fait l’objet de modernisations successives mais restent basés sur une plateforme conçue dans les années 1970, avec les contraintes de maintenance et de disponibilité que cela implique.

Pour remplacer les VC‑25A actuels, Boeing doit livrer deux 747‑8 hautement modifiés, connus sous la désignation VC‑25B, qui reprendront le rôle d’Air Force One une fois les travaux d’aménagement et de durcissement militaire terminés. L’US Air Force et Boeing ont déjà prévenu que la transformation de ces avions commerciaux en plateformes présidentielles – communications sécurisées, autoprotection, autonomie étendue, reconfiguration cabine – prendrait plusieurs années (en 2027 ?) et nécessiterait des investissements supplémentaires substantiels. Boeing a déjà déclaré des pertes totalisant 2,5 milliards de dollars sur le programme, depuis qu’il a accepté d’assumer la responsabilité de dépassements de coûts devenus vertigineux.

Le « cadeau » qatari : une alternative tout en polémique

Face à ces délais, Donald Trump s’est vu proposer par le Qatar un Boeing 747‑8 utilisé comme jet de luxe par la famille régnante, présenté par lui comme un « cadeau, gratuit » pour le département de la Défense et comme une solution transitoire. Le coût d’aménagement et sécuritaire s’élèverait quand même à près d’un milliard de dollars. L’appareil, actuellement stationné à San Antonio, doit être profondément réaménagé et sécurisé, notamment en matière de systèmes de défense antimissile, de communications sécurisées, de brouillage et de protection contre les impulsions électromagnétiques, avant d’être utilisé comme avion présidentiel, ce qui suppose des surcoûts pharaoniques. S’ils ne sont pas officiellement divulgués pour des raisons de sécurité, une analyse budgétaire du Congrès et des sources journalistiques suggèrent un transfert de 934 millions de dollars provenant d’un programme nucléaire de modernisation du Pentagone, appelé Sentinel, vers ce projet de rénovation. 

Ce projet a suscité de vives réserves à Washington, plusieurs responsables militaires et parlementaires dénonçant un « cauchemar sécuritaire ». Des élus démocrates ont souligné des risques de conflits d’intérêts, le fait qu’un avion présidentiel offert par une puissance étrangère inquiète notamment en raison des exigences de sécurité et la nature stratégique d’Air Force One, qui sert de centre de commandement mobile en cas de crise nationale.

Air Force One contraint au demi-tour : le vol de Donald Trump vers Davos retardé par une avarie électrique 1 Air Journal

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