La compagnie aérienne russe IrAero est au cœur d’une polémique après avoir fait voyager des passagers dans un avion cargo, sans les en avertir à l’avance. Elle a remplacé au dernier moment un Antonov An‑24 de transport de passagers par un Antonov An‑26 configuré pour le fret sur un vol intérieur en Sibérie entre Irkoutsk et Mama.

Le 22 janvier 2026, les voyageurs du vol vol RD382, dont des enfants, s’attendaient à embarquer dans un An‑24 équipé d’une cabine classique. À leur arrivée à l’aéroport, ils découvrent que l’appareil a été remplacé par un An‑26, dérivé cargo du même turbopropulseur soviétique : à l’intérieur, des sièges rabattables le long du fuselage, le fret et les bagages arrimés au centre de la cabine.

Des images récupérées par le site allemand Aero Telegraph montrent les passagers attachés sur ces banquettes latérales, à proximité immédiate de palettes et de valises sanglées, dans un environnement dépourvu des aménagements habituels d’un avion de ligne. L’épisode a suscité de nombreuses réactions, certains commentateurs dénonçant des « conditions de transport indignes » et y voyant le symptôme d’une aviation civile russe sous forte pression depuis le début de la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales.

En Russie, IrAero fait voler des passagers dans un avion cargo, faute d'avion de ligne disponible 1 Air Journal

@capture du site Aero Telegraph

Une enquête ouverte par le parquet des transports
Selon les médias russes, le parquet des transports d’Irkoutsk a ouvert une enquête pour vérifier si les règles de transport de passagers ont été respectées, en particulier l’obligation d’informer les clients d’un changement substantiel des conditions de voyage. Dans un communiqué cité par plusieurs sites russes, le parquet estime que « les passagers n’ont pas été informés du changement des conditions de transport », ce qui pourrait constituer une violation des règles en vigueur. Les autorités doivent déterminer si l’An‑26 utilisé était homologué en configuration mixte fret‑passagers pour ce type de vol et si les exigences de sécurité (issues de secours, équipements, procédures) ont été respectées.

IrAero invoque le droit au changement d’appareil
Basée à Irkoutsk en Sibérie et opérant à la fois des vols passagers et cargo, IrAero conteste toute irrégularité grave. La compagnie aérienne rappelle dans ses conditions de transport qu’elle « se réserve le droit d’utiliser un autre type d’appareil afin d’assurer la ponctualité des opérations et d’éviter des retards au départ ou à l’arrivée ». Elle soutient que le turbopropulseur Antonov An‑26 utilisé peut servir d’appareil « convertible » en version mixte, une variante civile permettant de transporter à la fois des passagers et du fret. Selon son interprétation, il ne s’agirait donc pas d’un avion purement de fret : son exploitation mixte cargo-passagers est autorisée par le certificat de type de l’appareil, même si la configuration intérieure reste très éloignée des standards de confort habituels.

Un symptôme de la crise de l’aviation civile russe
Au‑delà de ce vol, l’incident est largement interprété comme le signe des difficultés structurelles rencontrées par l’aviation russe depuis l’instauration de sanctions occidentales, qui compliquent la maintenance et l’approvisionnement en pièces détachées des flottes Airbus et Boeing du pays. Les compagnies aériennes russes font revoler des modèles datant de l’URSS pour faire face à la pénurie d’avions. Dans cet incident impliquant IrAero, l’Antonov An‑24 initialement prévu est un turbopropulseur soviétique produit jusqu’à la fin des années 1970. Sa version cargo Antonov An‑26 date de la même période.