Le tourisme israélien montre des signes de redémarrage depuis le cessez‑le‑feu du 10 octobre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, porté par l’arrivée de 1,34 million de visiteurs internationaux en 2025. Cette reprise demeure toutefois très progressive, car elle repose encore largement sur un marché affinitaire tandis que la destination mise sur un élargissement des clientèles et un renforcement de la connectivité aérienne pour transformer ce redémarrage en rebond durable.
En 2025, Israël a accueilli environ 1,34 million de visiteurs, soit une hausse de 37,8% par rapport à 2024, année marquée par l’effondrement du tourisme international. Ce niveau reste néanmoins inférieur de 58,5% à celui de 2023, lorsque la reprise post-Covid était encore en cours avant le déclenchement de la guerre à Gaza. Selon l’Office national du tourisme israélien (ONIT), les États-Unis demeurent le premier marché émetteur avec 33,5% des arrivées (environ 400 000 visiteurs), devant la France (13,2%, 159 000 visiteurs), le Royaume-Uni (7,8%, 95 000 visiteurs), la Russie (5,6%), l’Allemagne, l’Ukraine, le Canada et la Roumanie, confirmant le poids des clientèles nord‑américaine et européenne. La dépense moyenne des touristes individuels atteint 1 622 dollars hors vols, pour un séjour de 9,3 nuits en moyenne, avec un niveau de satisfaction très élevé : 88% se disent « très satisfaits » et 83% recommanderaient Israël.
Une clientèle encore « à majorité affinitaire »
Malgré la remontée des arrivées, la fréquentation reste « à majorité affinitaire » : des membres de la communauté juive internationale, des pèlerins catholiques et des voyageurs de sensibilité évangélique, pour qui la dimension spirituelle et identitaire du voyage prime encore sur la recherche de vacances balnéaires ou urbaines classiques. Une enquête réalisée en 2025 montre que 51% des visiteurs se déclarent de confession juive (contre 66% en 2024) et que la part des pèlerins religieux atteint désormais 9%. Les motivations du voyage reflètent ce profil : 45% des séjours sont liés aux visites familiales et amicales, 12% aux déplacements professionnels et 14% aux vacances, le reste se répartissant entre tourisme religieux, événements et voyages d’étude. Pour le tourisme israélien, cette base affinitaire constitue à la fois un socle de résilience et une limite à dépasser.
Stratégie de relance : culture, gastronomie et balnéaire
Pour conquérir d’autres clientèles, Israël mise sur une combinaison de diplomatie touristique, de campagnes ciblées et d’appuis à la connectivité aérienne. L’ONIT prévoit de multiplier les actions de visibilité : présence renforcée dans les salons professionnels, workshops en région, campagnes sur les réseaux sociaux, etc. L’objectif est de parler à la fois aux clientèles affinitaires, qui restent le noyau dur, et à un public international plus large, intéressé par la culture, la gastronomie ou le balnéaire.
Pour structurer son discours marketing, l’ONIT met en avant cinq piliers du tourisme israélien : la Bible et le spirituel, l’histoire et le patrimoine, le lifestyle (gastronomie, vin), le balnéaire, et le tourisme sportif, en forte progression. S’y ajoutent deux segments jugés également porteurs : le tourisme rural et la découverte du désert du Néguev, qui couvre 60% du territoire et se prête à des séjours nature, randonnée ou aventure.
Au salon du tourisme IMTM 2026, qui s’est tenu la semaine dernière à Tel Aviv, le ministre du tourisme israélien Haim Katz a rappelé que « les dernières années ont été difficiles, marquées par une baisse significative du nombre de touristes », tout en insistant sur la volonté des autorités de soutenir le secteur. Il a souligné que son ministère « a travaillé à fournir à l’industrie le plus large éventail d’outils pour la préservation et une reprise rapide », citant notamment des budgets dédiés à la réhabilitation des hôtels ayant accueilli des évacués, au maintien de l’emploi chez les réceptifs et à l’encouragement du tourisme intérieur via l’initiative « Israeli Tourism Month ».
Sept millions de touristes d’ici 2030
Haim Katz a reconnu que « l’incertitude et les avertissements aux voyageurs ont affecté l’activité touristique », mais estime qu’« avec les améliorations attendues de la disponibilité des vols en 2026, il y a des raisons d’être optimiste, les premiers signes de reprise étant déjà là ». Il a également souligné que « la demande pour Israël parmi les publics de soutien et les pays clés, emmenés par les États‑Unis, est restée forte ». Le ministre a fixé un cap à moyen terme : « J’ai fixé un objectif de sept millions de touristes d’ici 2030, et nous travaillons à transformer cet objectif en réalité » en augmentant l’offre hôtelière, en développant les infrastructures, en renforçant la main‑d’œuvre du secteur et en poursuivant l’effort sur le tourisme intérieur.
Vols France–Israël : une offre qui se reconstitue
Sur le plan aérien, la desserte entre la France et Israël s’est nettement améliorée depuis la mise en place du cessez‑le‑feu d’octobre 2025 entre l’État hébreu et le Hamas, même si la connectivité reste en deçà de son niveau d’avant‑guerre. La compagnie nationale israélienne El Al assure désormais depuis Paris‑Charles de Gaulle jusqu’à cinq vols directs par jour (parfois six) vers Tel‑Aviv du dimanche au jeudi, avec un seul vol les vendredis et samedis en raison du shabbat. Elle propose également entre trois et quatre vols par semaine au départ de Lyon‑Saint‑Exupéry, consolidant ainsi sa présence en région.
Air France a repris sa liaison quotidienne entre Paris‑CDG et Tel‑Aviv, avec des coefficients de remplissage jugés « corrects » et une clientèle mêlant voyageurs d’affaires, familles et touristes. La compagnie tricolore a même lancé une classe Première sur cette route depuis décembre 2025 en opérant les vols AF962/AF963 en Boeing 777‑300ER, proposant un produit très haut de gamme facturé entre 5 000 et 6 000 euros l’aller simple, comprenant notamment transfert en limousine, terminal privé et services ultra‑personnalisés.
Transavia, filiale low cost du groupe Air France‑KLM, a également remis Tel‑Aviv à son programme avec deux à trois vols quotidiens depuis Paris‑Orly, deux rotations hebdomadaires depuis Lyon‑Saint‑Exupéry et Marseille‑Provence et un vol hebdomadaire depuis Toulouse-Blagnac. Les ventes sont jugées « bonnes » par la low cost française, qui anticipe un redémarrage progressif de la demande loisirs à mesure que la perception de sécurité s’améliore.
À cette offre au départ de l’Hexagone s’ajoute un maillage européen en cours de reconstitution, avec le retour prudent des principales compagnies aériennes européennes (celles du Lufthansa Group, KLM, Aegean, etc.) vers Tel‑Aviv depuis Amsterdam, Francfort, Rome ou Athènes, tandis que d’autres restent encore à l’écart en attendant un environnement plus stable.
El Al muscle son programme international
La reprise du tourisme s’appuie aussi sur un effort massif des compagnies aériennes israéliennes pour reconstruire et élargir leur réseau international. El Al a dévoilé pour l’été 2026 le programme le plus ambitieux de son histoire, avec environ 900 vols hebdomadaires vers plus de 50 destinations dans le monde. Elle portera à 55 le nombre de vols hebdomadaires entre Tel‑Aviv et l’Amérique du Nord, avec jusqu’à sept vols quotidiens vers New York (JFK et Newark combinés) et un renforcement vers Miami. Ce déploiement vise autant les clientèles affaires que le flux affinitaire « VFR » (visiting friends and relatives), une composante essentielle du marché diasporique aux États-Unis.
Wizz Air, première low‑cost européenne basée à Tel‑Aviv
Dans ce contexte, l’arrivée de Wizz Air comme première low cost européenne à s’installer durablement à Tel‑Aviv symbolise aussi la nouvelle phase de la reprise. Après avoir renoncé à sa base d’Abou Dhabi faute de demande suffisante, la low cost hongroise redéploie une partie de sa capacité sur Israël, attirée par la combinaison d’un marché affinitaire et d’un marché loisirs appelé à rebondir à moyen terme. Elle va baser dès cette année 10 avions en permanence à l’aéroport Tel‑Aviv‑Ben‑Gourion pour desservir une cinquantaine de destinations.
Wizz Air compte se positionner sur les liaisons à bas coûts entre Israël et l’Europe centrale et occidentale, notamment vers la Hongrie, la Pologne, l’Italie et le Royaume‑Uni, en profitant du retrait de Ryanair, qui a suspendu ses opérations vers Israël pour une durée indéterminée. Cette stratégie vise à capter une clientèle sensible au prix, susceptible de revenir dès que les conditions de sécurité paraissent suffisamment stabilisées.
Pour le ministère israélien du Tourisme, l’implantation de nouveaux acteurs est une bonne nouvelle : chaque nouvel opérateur et chaque nouvelle route renforcent le message d’un pays « ouvert au monde ». Haim Katz a toutefois souligné, lors du IMTM 2026, sur la nécessité de créer un environnement durable pour ces investissements, en rappelant que « notre objectif n’est pas seulement de revenir là où nous étions, mais de nous améliorer et de battre de nouveaux records ».
Défis persistants : sécurité, volatilité et perception
Si les indicateurs repassent progressivement au vert, la route vers un retour aux niveaux d’avant‑guerre reste semée d’embûches. En premier la capacité aérienne : malgré la montée en puissance d’El Al ou de l’implantation de Wizz Air, l’offre de sièges demeure inférieure à celle de 2019 ou 2023, en particulier sur certains marchés européens où les grandes compagnies aériennes et les tour‑opérateurs n’ont pas encore entièrement reprogrammé la destination.
L’autre frein à la reprise tient au risque sécuritaire et à son impact immédiat sur les liaisons aériennes. Plusieurs compagnies aériennes, américaines, européennes et aussi du Golfe, ont montré ces derniers mois qu’elles n’hésitaient pas à suspendre leurs vols vers Tel‑Aviv à la moindre alerte, qu’il s’agisse de tensions régionales, de tirs de roquettes ou de dégradations de la situation intérieure. Cette volatilité complique la planification des séjours pour les voyageurs comme pour les acteurs du tourisme, qui peuvent voir une partie de leurs clients annuler au dernier moment.
Le retrait de Ryanair, qui a interrompu ses liaisons vers Israël et n’a pas fixé de date de retour, symbolise cette prudence d’une partie du secteur low cost européen. D’autres transporteurs, notamment britanniques ou nord‑européens, restent également en retrait, préférant attendre des signaux durables de stabilisation.
Au‑delà de la sécurité, l’enjeu est aussi celui de la perception du pays. Après plusieurs années de conflit très médiatisé, l’État hébreu doit convaincre à nouveau un public international parfois réticent à voyager dans un pays perçu (à tord) comme un agresseur dans la guerre qu’il a mené à Gaza. « Votre présence ici […] est un signe de confiance dans le tourisme israélien et dans un chemin commun vers l’avenir », a insisté Haim Katz au salon IMTM 2026, illustrant la volonté des autorités israéliennes de s’appuyer sur les professionnels pour restaurer la crédibilité de la destination.
Pour l’heure, le redémarrage reste donc prudent mais réel, porté par les clientèles affinitaires, par une offre aérienne en reconstruction et par une volonté politique affichée de faire du tourisme un vecteur de normalisation. Reste à savoir si le climat sécuritaire permettra à cette reprise de se transformer en véritable rebond durable.

Eilat @AJ
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