Emirates veut obtenir davantage de droits de trafic entre l’Inde et les Émirats arabes unis, alors que la demande de voyages vers Dubaï et Abou Dhabi dépasse largement l’offre actuelle de sièges. La compagnie de Dubaï, qui opère déjà au maximum des capacités permises par les accords bilatéraux, espère que les discussions en cours entre New Delhi et Abou Dhabi aboutiront à un relèvement des plafonds, au bénéfice des voyageurs indiens comme du hub émirati.
Emirates exploite aujourd’hui 167 vols hebdomadaires vers l’Inde, mais se heurte à des plafonds de sièges qui l’empêchent de répondre à la demande, notamment sur l’axe Inde–Dubaï. Selon la compagnie, de nombreux vols sont « complets » plusieurs jours à l’avance, ce qui l’oblige à refuser des passagers faute de droits supplémentaires. L’Inde reste pourtant l’un des marchés les plus importants du réseau d’Emirates, même si le pays a glissé de la catégorie des cinq premiers marchés à celle du top 10 en termes de contribution, essentiellement en raison de ces contraintes de capacité. « Cela garantirait que la compagnie soit prête à monter rapidement en puissance si des droits supplémentaires sont accordés », a déclaré Adnan Kazim, directeur commercial et directeur général adjoint d’Emirates, soulignant que le transporteur optimise déjà ses horaires et correspondances pour tirer le maximum du cadre actuel.
Un accord Inde–Dubaï figé depuis 2014
Les droits de trafic entre l’Inde et Dubaï n’ont pas été révisés depuis 2014. L’accord de services aériens plafonne l’offre à 65 000 sièges hebdomadaires pour chaque partie sur les routes entre Dubaï et une quinzaine de villes indiennes, un contingent désormais intégralement utilisé par les compagnies indiennes et émiraties.
Emirates estime que la demande réelle sur l’axe Inde–Dubaï approche aujourd’hui les 200 000 sièges par semaine, soit plus de deux fois et demie le plafond actuel, ce qui illustre l’ampleur du décalage entre le marché et la régulation. Un plafonnement similaire s’applique aux transporteurs indiens, ce qui limite aussi leurs ambitions internationales via Dubaï.
Abou Dhabi également sous contraintes
La situation n’est pas très différente sur l’axe Inde–Abou Dhabi, où le contingent total reste fixé à 55 000 sièges hebdomadaires, là aussi intégralement consommé. Cet encadrement limite le potentiel de croissance des grands hubs des Émirats, alors même que la demande indienne vers le Golfe et au-delà (Europe, Amérique du Nord, Afrique) continue de croître, portée par la diaspora, le tourisme et les voyages d’affaires.
Historiquement, l’Inde a accepté plusieurs relèvements de droits avec les Émirats, comme l’accord Inde–Abou Dhabi de 2013 qui avait fait passer la capacité autorisée de 13 700 à 50 000 sièges hebdomadaires, sur trois ans, pour accompagner l’essor d’Etihad et de ses partenaires. Mais depuis près d’une décennie, aucune augmentation significative n’a été accordée à Dubaï, dans un contexte où New Delhi souhaite désormais mieux protéger l’essor de ses propres compagnies sur le long-courrier.
Un débat stratégique pour l’aviation indienne
Pour les autorités indiennes, la question des droits supplémentaires va au-delà de la seule relation avec Emirates : elle touche à l’équilibre entre le développement des hubs du Golfe et l’ambition de bâtir des plateformes de correspondance sur le sol indien. L’Inde a ainsi demandé, dans les discussions récentes, quatre sièges supplémentaires pour ses transporteurs pour chaque siège additionnel accordé aux compagnies de Dubaï, une exigence inédite dans les négociations bilatérales traditionnelles.
Emirates, qui a longtemps fait de l’Inde un pilier de son trafic de « sixième liberté » vers l’Europe et l’Amérique du Nord, avertit que le blocage actuel finit par réduire le poids relatif du marché indien dans sa stratégie. Tim Clark, président d’Emirates, a d’ailleurs rappelé l’an dernier que l’incapacité de la compagnie à augmenter ses capacités vers l’Inde depuis plus de dix ans a rendu ce marché « moins important » dans sa hiérarchie, même si la demande reste très forte.
Quelles conséquences pour les voyageurs ?
Pour les passagers indiens comme pour les voyageurs européens connectant via les hubs du Golfe, le statu quo se traduit par des vols fréquemment saturés, des tarifs élevés sur les périodes de pointe et une flexibilité réduite en termes d’horaires. Les transporteurs tentent de compenser en déployant des avions de plus grande capacité et en ajustant finement les banques de correspondance, mais ces mesures ne suffisent plus à absorber la croissance de la demande.
Si un relèvement des plafonds était acté, Emirates pourrait rapidement ajouter des fréquences ou monter en capacité sur plusieurs métropoles indiennes, améliorant le choix de vols et la disponibilité de sièges, notamment pour les flux vers l’Europe et l’Amérique du Nord. À plus long terme, l’enjeu est aussi de savoir si les passagers indiens continueront de privilégier les hubs du Golfe pour leurs voyages long-courriers, ou si les routes directes opérées par les compagnies indiennes et étrangères au départ de l’Inde prendront davantage d’ampleur.

GVA1112 a commenté :
9 février 2026 - 16 h 00 min
L’inde veut sa part du gâteau …. elle protège ses compagnies sur les vols Inde – Europe car ce sont surtout les marchés européens qui alimentent ce hub de Dubai, en transportant les PAX en transit vers l’Inde.
Ainsi, elle pousse les PAX à faire des vols directs sur les compagnies indiennes, en particulier depuis et vers la Grande Bretagne.