La liaison Dubaï–Alger d’Emirates devrait disparaître début 2027, conséquence directe de la dénonciation par l’Algérie de son accord de services aériens avec les Émirats arabes unis, signé en 2013 et aujourd’hui au cœur d’un bras de fer diplomatique.
Pour la compagnie de Dubaï, c’est la perte annoncée d’une porte d’entrée vers l’Afrique du Nord ; pour Alger, une réduction assumée de sa connectivité directe avec le Golfe, au risque de renforcer encore la centralité d’autres hubs comme Istanbul ou Doha.
Un dernier vol programmé le 3 février 2027
Emirates a confirmé que ses opérations se poursuivent « normalement » pour l’instant sur la route Dubaï–Alger. La compagnie précise toutefois que « notre dernier vol programmé, EK757, doit actuellement quitter Alger le 3 février 2027 », fixant pour la première fois un terme clair à cette desserte ouverte il y a plus d’une décennie. Selon les horaires en vigueur, Emirates assure aujourd’hui six vols hebdomadaires entre Dubaï et la capitale algérienne, en Boeing 777‑300ER, tandis qu’Air Algérie exploite un vol quotidien vers Dubaï en Airbus A330‑900neo. Ensemble, les deux transporteurs offrent environ 8 250 sièges hebdomadaires aller‑retour entre l’Algérie et les Émirats, Emirates représentant un peu plus de la moitié de cette capacité.
La compagnie du Golfe indique qu’elle « se conformera à toute directive émise par les autorités et informera ses clients, employés et partenaires si les circonstances venaient à évoluer », alors que les discussions se poursuivent entre régulateurs et diplomaties des deux pays.
Article 22 : un compte à rebours juridique enclenché
C’est l’Algérie qui a pris l’initiative de rompre le cadre juridique permettant les liaisons aériennes bilatérales. Début février, Alger a officiellement invoqué l’article 22 de l’accord de transport aérien signé à Abou Dhabi le 13 mai 2013 et ratifié par décret présidentiel le 30 décembre 2014, ouvrant une procédure de dénonciation par voie diplomatique. L’article 22 prévoit qu’une partie peut mettre fin à la convention en notifiant sa décision à l’autre État par canal diplomatique, tout en en informant simultanément le secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) à Montréal. La dénonciation prend effet douze mois après la réception de cette notification, ce qui place l’échéance juridique au début de l’année 2027, sauf accord politique ou nouveau traité d’ici là.
Le texte encadre non seulement les droits de trafic (transport de passagers et de fret) mais aussi la « liberté de survol sans atterrissage », les escales techniques et divers avantages comme certaines exonérations fiscales, autant d’éléments appelés à disparaître si la rupture n’est pas retirée « d’un commun accord ».
Un marché en repli et des hubs alternatifs déjà en embuscade
Sur le plan strictement aéronautique, la liaison entre l’Algérie et les Émirats reste de taille modeste mais stratégique pour les flux entre l’Afrique du Nord, le Moyen‑Orient et au‑delà. Selon les données Sabre Market Intelligence, environ 351 500 passagers ont voyagé entre les deux pays sur les douze mois jusqu’en juin 2025, soit une baisse de 12% en un an.
Près de 78% de ces voyageurs empruntaient des vols directs, le reste transitant par des hubs concurrents, principalement Istanbul, Jeddah et Doha, qui offrent de multiples correspondances vers l’Europe, l’Asie et l’Afrique. La disparition d’Emirates sur la route Dubaï–Alger, conjuguée à une possible remise en cause des droits de survol, renforcerait mécaniquement le rôle de ces plateformes dans la desserte de l’Algérie par les compagnies du Golfe et leurs partenaires.
Une décision sur fond de tensions politiques régionales
Si Alger n’a pas détaillé publiquement les raisons de la dénonciation de l’accord, la mesure intervient dans un contexte de crispation plus large entre les deux capitales. Les autorités algériennes reprochent aux Émirats une forme d’ingérence dans les affaires régionales, notamment en Afrique du Nord et au Sahel, ainsi que des positions divergentes sur plusieurs dossiers diplomatiques sensibles.
Depuis plusieurs mois, des médias algériens accusent les Émirats arabes unis de chercher à « semer la discorde régionale » et de s’immiscer dans les affaires internes du pays. En octobre 2025, le président Abdelmadjid Tebboune déclarait que l’Algérie entretenait des relations « chaleureuses » avec l’ensemble des États du Golfe, « à l’exception d’un seul », allusion largement interprétée comme visant les Émirats. Il avait décrit ses liens avec l’Arabie saoudite, le Koweït, Oman et le Qatar comme « fraternels », tout en reprochant à un État du Golfe non nommé de « s’ingérer dans les affaires internes de l’Algérie » et de chercher à la « déstabiliser ».
Du côté émirati, l’Autorité générale de l’aviation civile (GCAA) insiste toutefois sur le fait que l’accord « reste en vigueur » durant toute la période de préavis et que les droits de trafic, y compris certains droits de cinquième liberté et accords de partage de codes, demeurent valides jusqu’au début 2027. Les discussions se poursuivent « par les canaux diplomatiques et réglementaires » afin de préserver la continuité des opérations, même si aucun signe tangible de détente n’a, à ce stade, été rendu public.

Aucun commentaire !