Après plusieurs jours de paralysie quasi complète du trafic, provoquée par la fermeture en chaîne de nombreux espaces aériens au Moyen-Orient, les Émirats arabes unis entament une reprise progressive et très encadrée de leurs opérations aériennes.
Emirates annonce un programme de vols réduit « jusqu’à nouvel ordre », tandis qu’Etihad rouvre par étapes certaines liaisons au départ d’Abu Dhabi, sur fond de corridors aériens surveillés et de priorisation des vols de rapatriement et du fret essentiel. La reprise partielle annoncée par Emirates et Etihad reste entourée de prudence, comme l’illustre le vol de rapatriement d’Air France contraint de rebrousser chemin pour des raisons de sécurité, rappelant que chaque rotation peut encore être remise en cause à la dernière minute.
Un programme Emirates encore très limité
La compagnie Emirates confirme qu’elle opère « un programme de vols réduit jusqu’à nouvel ordre », rendu possible par « la réouverture partielle de l’espace aérien régional » après plusieurs jours de fermeture. Les 5 et 6 mars, plus de 100 vols ont été programmés au départ et à destination de Dubaï, afin d’acheminer des passagers vers leur destination finale et de transporter du fret jugé prioritaire, notamment « des denrées périssables et des produits pharmaceutiques ».
Cette reprise reste décrite par la compagnie comme « progressive » et strictement conditionnée « à la disponibilité de l’espace aérien » ainsi qu’au respect de l’ensemble des exigences opérationnelles, la sécurité étant rappelée comme « priorité absolue ». Emirates souligne suivre de près l’évolution de la situation et adapter son programme de vols en conséquence, tout en invitant les passagers à ne se rendre à l’aéroport que s’ils disposent d’« une réservation confirmée » et à consulter régulièrement son site officiel et ses comptes sur les réseaux sociaux pour les dernières mises à jour.
Etihad rouvre par étapes depuis Abu Dhabi
Depuis Abu Dhabi, Etihad Airways a été l’une des premières à relancer quelques vols sous contrôle étroit des autorités. Un vol vers Londres Heathrow a ainsi marqué la reprise symbolique des départs commerciaux, avant l’augmentation graduelle des opérations, avec une quinzaine de vols opérés sur des destinations majeures comme Londres, Amsterdam, Paris-CDG, Moscou, Mumbai ou encore Riyad et Le Caire, via des « corridors aériens contrôlés » supervisés par le gouvernement émirati et l’autorité de l’aviation civile (GCAA).
La compagnie prévoit une montée en puissance très progressive, avec un redémarrage plus structuré de son programme depuis le 5 mars, tout en continuant à assurer des vols de rapatriement et de repositionnement pour les passagers encore bloqués dans la région. Attention, de nombreux vols s’annoncent comme étant annulés sur le site de l’aéroport. Etihad propose, comme Emirates, des mesures de flexibilité commerciale, incluant un réacheminement gratuit pour certains billets émis avant la crise, signe de l’ampleur des perturbations et de la volonté de préserver la confiance de la clientèle internationale.
Flydubai, Air Arabia et les autres acteurs régionaux
Aux côtés des deux grands transporteurs de Dubaï et d’Abu Dhabi, d’autres compagnies de la région entament, elles aussi, une reprise partielle et fragmentée de leurs opérations. Flydubai réactive ainsi un nombre limité de liaisons depuis Dubaï, tandis qu’Air Arabia, basée à Sharjah, a programmé la reprise progressive de certains vols depuis les Émirats, tout en maintenant la suspension vers les destinations les plus exposées comme le Liban, la Jordanie, la Syrie ou l’Irak jusqu’aux premiers jours de mars.
Du côté des transporteurs voisins, Qatar Airways a également annoncé amorcer un redémarrage restreint après une suspension totale de ses opérations au départ de Doha, notamment pour assurer des vols de rapatriement. Là encore, la situation est plus que précaire puisque hier encore, le Qatar a été ciblé par une attaque de missiles, interceptés par ses systèmes de défense. Le tableau d’affichage de l’aéroport de Doha annonçait hier encore l’annulation de tous les vols planifiés.
Plusieurs compagnies indiennes (IndiGo, Air India Express, Akasa Air, SpiceJet) profitent par ailleurs de la disponibilité d’aéroports alternatifs comme Fujairah pour acheminer leurs passagers, dans un schéma réseau profondément reconfiguré par les fermetures d’espaces aériens.
Un ciel régional encore largement contraint
Si les Émirats tentent de remettre progressivement leurs hubs en mouvement, le ciel moyen-oriental reste loin d’un fonctionnement normal. En quelques jours, près de 19 000 liaisons aériennes ont été interrompues dans la région, selon des estimations relayées par la presse, avec des hubs majeurs – Tel-Aviv, Doha, Dubaï, Abu Dhabi – à l’arrêt total ou partiel, et des annulations en cascade vers le Liban, la Jordanie, l’Iran ou l’Irak.
Les compagnies européennes ont été contraintes de suspendre leurs vols vers de nombreuses capitales régionales, notamment Tel-Aviv, Beyrouth, Amman, Téhéran, Dubaï et Abu Dhabi, au moins jusqu’au début de la deuxième semaine de mars. La diplomatie française alerte d’ailleurs sur « la fermeture de plusieurs espaces aériens » et sur la nécessité de vérifier systématiquement l’état des vols, tandis que les autorités et les transporteurs coordonnent des opérations de rapatriement des ressortissants.
Un vol spécial d’Air France contrarié
Alors que les premiers vols affrétés pour le rapatriement des Français décollaient sous étroite coordination entre Air France, le Quai d’Orsay et les autorités de l’aviation civile, l’un de ces appareils a été contraint de rebrousser chemin pour des raisons de sécurité, selon une déclaration hier de Philippe Tabarot citée par l’AFP. Il a été contraint de « faire demi-tour en raison de tirs de missiles dans la zone », a écrit sur X le ministre des transports, Philippe Tabarot.
« Cette situation témoigne de l’instabilité dans la région et de la complexité des opérations de rapatriement. Nous sommes pleinement conscients des attentes légitimes de nos compatriotes sur place, mais leur retour ne peut se faire que dans des conditions de sécurité garanties », a-t-il ajouté. Ce demi-tour, intervenu dans un contexte de fermetures d’espaces aériens en cascade, rappelle à quel point chaque rotation reste exposée aux évolutions de la situation militaire et aux restrictions imposées par les États de survol.
Un laboratoire de gestion de crise aéronautique
Pour les compagnies des Émirats, cette reprise timide et partielle s’apparente à un exercice grandeur nature de gestion de crise dans un environnement de forte incertitude. La construction de corridors spécifiques, la réouverture très progressive de certaines routes, la priorisation du fret essentiel et des vols de rapatriement illustrent la capacité des hubs de Dubaï et d’Abu Dhabi à reconfigurer leur réseau en temps réel, tout en restant dépendants des décisions souveraines de fermeture ou de réouverture d’espaces aériens. Pour l’heure, Emirates comme Etihad maintiennent un discours de prudence : priorité à la sécurité, reprise progressive « sous réserve » des conditions opérationnelles, flexibilité commerciale, et une même consigne adressée aux voyageurs, « ne pas se présenter à l’aéroport sans réservation confirmée » et s’informer en temps réel en ligne.

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