L’EASA a décidé de prolonger jusqu’au 11 mars 2026 son bulletin d’information sur les zones de conflit (CZIB) visant le Moyen-Orient et le golfe Persique, confirmant que la région reste considérée comme une zone de forte volatilité aérienne, même si le trafic commence doucement à reprendre. Depuis le 28 février, plus de 65 000 vols programmés ont été affectés dans la région, dont plus de 37 000 annulés, dessinant un « ciel troué » au-dessus des grands hubs du Golfe.

EASA prolonge l’alerte sur le Moyen-Orient

Dans son avis 2026-03-R2, l’Agence européenne de la sécurité aérienne rappelle que les compagnies doivent « éviter ou contourner » certaines zones et adapter leurs procédures de gestion du risque de survol, sur fond de tensions militaires impliquant notamment l’Iran et plusieurs pays du Golfe. La validité du CZIB, initialement fixée au 2 mars puis prorogée au 6 mars, a été étendue au 11 mars 2026 après une nouvelle revue par les États membres, la Commission européenne et EASA.

Le CZIB ne constitue pas une interdiction absolue de vol, mais un cadre de précaution qui conduit de facto de nombreuses compagnies à suspendre les survols ou à allonger leurs routes, avec des coûts opérationnels et environnementaux significatifs. En pratique, plusieurs autorités nationales et compagnies européennes appliquent des restrictions plus strictes encore, limitant fortement les opérations commerciales vers les hubs du Golfe et Israël.

Ciel du Golfe : des hubs au ralenti

Les chiffres de Cirium pour la seule journée du 8 mars donnent un instantané d’un réseau régional encore très dégradé. Sur 3 571 vols au départ du Moyen-Orient ce jour‑là (hors Turquie), 1 601 ont été annulés, soit 44,83% de suppressions — et plus de 3 200 vols si l’on tient compte des trajets retour.

Depuis le 28 février, ce sont 32 914 vols qui devaient décoller de la région, dont 18 531 annulés, soit plus de 56% de taux moyen d’annulation sur onze jours. Au total, plus de 65 500 parcours, aller‑retour inclus, étaient programmés sur la période, avec plus de 37 000 vols déjà rayés des plans de vol, un niveau de perturbation inédit depuis la crise du Covid pour cette zone.

Les aéroports les plus touchés

Derrière ces totaux se cache une géographie très contrastée des annulations. Le tableau ci‑dessous montre la situation du 8 mars dans les principaux aéroports du Moyen-Orient, selon Cirium. Plusieurs hubs clés restent quasiment figés : Doha (97,6% d’annulations) et Bahreïn (100%) illustrent la fermeture quasi complète de leur espace aérien commercial.

Moyen -Orient : L’EASA étend son CZIB jusqu’au 11 mars, Air France poursuit des vols de rapatriement 1 Air Journal

©Cirium / DR

Si l’on zoome sur la journée du 8 mars, quelques signaux de reprise apparaissent toutefois, notamment depuis les grands hubs du Golfe. Les données de trafic montrent ainsi 151 vols effectivement partis de Dubaï, 26 d’Abou Dhabi, 5 de Doha, 55 de Mascate et aucun décollage commercial de Bahreïn ce jour‑là.

Cette remontée reste fragile et très encadrée : les autorités de l’aviation civile des Émirats, par exemple, n’autorisent que des « vols spéciaux » pour rapatrier des passagers ou repositionner des avions, tandis que les programmes commerciaux réguliers demeurent encore très réduits. Plusieurs compagnies du Golfe, Emirates, Qatar Airways et Etihad en tête, ont annoncé qu’elles ne rétabliraient que progressivement leurs banques de correspondance, en fonction de l’évolution des restrictions d’espace aérien et des assurances.

Air France et les vols de rapatriement

Comme d’autres États européens, la France a activé son dispositif de protection des ressortissants présents dans la région, où vivent, travaillent ou voyagent environ 400 000 Français. « La France va organiser plusieurs vols d’évacuation mercredi pour ramener ses citoyens du Moyen‑Orient », a déclaré le ministre des affaires étrangères Jean‑Noël Barrot, évoquant des départs des Émirats Arabes Unis, d’Égypte et d’Israël. Le ministre des transports Philippe Tabarot a annoncé que 900 Français avaient déjà été rapatriés par des vols spécialement affrétés par l’État, tandis qu’environ 15 000 autres sont parvenus à regagner le territoire par des vols commerciaux. Les vols de rapatriement, prioritairement destinés aux personnes les plus vulnérables, viennent ainsi compléter les capacités des compagnies aériennes, sollicitées par Paris pour maintenir ou renforcer leurs dessertes.

Ces opérations s’appuient notamment sur des vols spéciaux opérés par Air France et, lorsque les conditions le permettent, sur des capacités affrétées auprès de partenaires du Golfe. À ce stade, ces liaisons restent ponctuelles, sous forte contrainte de créneaux et de corridors sécurisés, et ne préfigurent pas encore un retour à la normale des programmes réguliers de la compagnie vers les hubs du Moyen-Orient. Pour les passagers comme pour les exploitants, la prolongation du CZIB jusqu’au 11 mars signifie que cette « aérologie de crise » va se prolonger encore plusieurs jours, au mieux dans un scénario de normalisation graduelle.

Moyen -Orient : L’EASA étend son CZIB jusqu’au 11 mars, Air France poursuit des vols de rapatriement 2 Air Journal

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