Trois semaines après le début de la guerre au Moyen-Orient, les deux principaux transporteurs indiens, IndiGo et Air India, sollicitent un soutien financier urgent du gouvernement de New Delhi. Fermetures d’espaces aériens, routes détournées et explosion des coûts du carburant : ces perturbations s’ajoutent à des difficultés déjà lourdes, menaçant la rentabilité et la connectivité de l’Inde.
Depuis le 28 février 2026, IndiGo et Air India n’ont pu assurer que 36 % de leurs 1 230 vols réguliers vers le Moyen-Orient, l’Europe et l’Amérique du Nord entre le 28 février et le 9 mars, soit 64 % d’annulations ou de suspensions. La situation est aggravée par l’interdiction permanente d’utiliser l’espace aérien pakistanais depuis avril 2025. Air India estime déjà que cette mesure lui coûte 600 millions de dollars par an. « La situation actuelle au Moyen-Orient entraînerait un fardeau significatif sur les coûts et la rentabilité des compagnies indiennes », selon une analyse de la banque HSBC.
Les deux compagnies aérienens indiennes demandent au gouvernement une réduction immédiate des taxes sur le kérosène, qui représente 30 à 40 % de leurs dépenses. La taxe fédérale s’élève à 11 %, à laquelle s’ajoutent des prélèvements étatiques pouvant atteindre 29 %. Air India souhaite également ramener la taxe sur les billets en classe économie de 18 % à 5 % et obtenir des baisses de redevances dans les aéroports privés. De son côté, « IndiGo réclame un allègement fiscal sur le kérosène », confirment des sources proches du dossier citées par l’agence Reuters. Ces mesures visent à soulager un secteur aérien en pleine mutation, entraînée par la privatisation récente d’Air India (Tata Group) et la domination d’IndiGo sur le marché intérieur (63,6 % de parts en janvier 2026).
Le Moyen-Orient, pilier économique et aérien de l’Inde
Le Golfe n’est pas seulement un hub de correspondance : il est vital pour l’économie indienne. Près de 50 % des importations de pétrole brut et 54 % du gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz. Des millions de travailleurs migrants indiens vivent aux Émirats, en Arabie saoudite et au Qatar ; leurs transferts de fonds représentent une manne essentielle pour l’Inde.
Sur le plan aérien, les vols de l’Inde vers Dubaï, Abu Dhabi, Doha ou Riyad sont parmi les plus fréquentés. IndiGo dessert huit destinations au Moyen-Orient et Air India a déjà mis en place 58 vols spéciaux pour rapatrier des passagers bloqués. Ces liaisons servent aussi de passerelle vers l’Europe et l’Afrique, désormais beaucoup plus longues et coûteuses.
Des mesures d’urgence déjà lancées
Face à la crise, les compagnies aériennes indiennes n’attendent pas passivement. IndiGo a introduit une surcharge carburant (425 roupies sur les vols domestiques, jusqu’à 2 300 roupies vers l’Europe) dès le 14 mars. Air India a ajouté des rotations directes vers l’Europe et l’Amérique du Nord pour compenser la perte des hubs du Golfe. Des vols spéciaux vers le Golfe ont également été organisés pour faciliter les déplacements de travailleurs indiens. Malgré ces efforts, les experts estiment que la prolongation du conflit pourrait peser durablement sur le secteur aérien et l’économie indienne.
Dans un pays où l’aviation soutient à la fois le commerce, les expatriés et le tourisme, IndiGo et Air India espèrent que le gouvernement entendra leur cri d’alarme. Une aide ciblée permettrait de limiter la hausse des billets et de maintenir les liens vitaux avec le Moyen-Orient. Le ministère de l’Aviation civile indiennes suit la situation de près, mais n’a pas encore répondu publiquement aux demandes. Pour l’heure, les voyageurs indiens sont invités à vérifier régulièrement leurs vols : le ciel au-dessus du Golfe reste incertain.

Delhi @Weena/DR
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