L’aérogare de Bordeaux-Mérignac va tester, en partenariat avec la start-up française Outsight, une technologie de « Physical AI » capable de modéliser en temps réel les flux de passagers dans le Hall A, avec l’ambition d’anticiper les files d’attente et de réduire les temps de passage aux points névralgiques.

Bordeaux Aéroport a lancé le 16 mars une phase d’expérimentation de la solution de Physical AI développée par Outsight, déployée sur des zones jugées stratégiques du Hall A, notamment autour des contrôles de sûreté. Accueillant près de 6 millions de passagers par an et desservant 92 destinations avec 133 routes opérées par 25 compagnies, l’aéroport fait de la fluidité des parcours et de la qualité de service un axe central de sa stratégie.

Dans un environnement où les capacités d’infrastructures restent limitées – l’aéroport a retrouvé 5,7 millions de passagers dès 2022 puis 6,6 millions en 2023, soit 85% du niveau de 2019 – la priorité est désormais d’optimiser l’existant plutôt que de construire de nouveaux terminaux. « Si nous expérimentons cette technologie, c’est pour améliorer notre compréhension et notre maîtrise des flux de passagers, afin de dimensionner au mieux nos ressources. L’objectif est bien sûr la satisfaction des voyageurs ! », explique Talel Jaouad, chef du service Process Aéroportuaire de Bordeaux Aéroport.

Un jumeau numérique en mouvement, sans caméras

La solution d’Outsight repose sur la création d’un « Motional Digital Twin », un jumeau numérique dynamique du terminal qui restitue en trois dimensions et en temps réel les déplacements des passagers dans les zones observées. Concrètement, les flux sont digitalisés de manière anonyme au sein d’un même référentiel spatial, ce qui permet d’analyser la formation des files d’attente, l’évolution de la densité ou l’utilisation effective des zones de contrôle et d’embarquement.

À la différence de nombreuses solutions de vision par ordinateur qui s’appuient sur la vidéo, Outsight exploite principalement des capteurs LiDAR 3D, enrichis par d’autres sources de données, pour « produire en temps réel un jumeau numérique du mouvement ». L’entreprise insiste sur une conception « privacy by design » : le système fonctionne sans captation d’images ni identification personnelle, ce qui le distingue d’autres approches basées sur les caméras intelligentes, même anonymisées.

De la mesure des files d’attente à la décision opérationnelle

Pour les équipes d’exploitation, l’intérêt d’une telle technologie réside dans la possibilité de passer d’une gestion réactive à un pilotage anticipatif des flux. L’expérimentation doit fournir « une vision partagée et objective des flux, d’ajuster plus finement les ressources en fonction de la demande et d’améliorer la coordination opérationnelle entre les différentes entreprises et services de l’État impliqués dans l’accueil des passagers », souligne l’aéroport.

Dans la pratique, les données issues du jumeau numérique peuvent alimenter un centre de contrôle opérationnel pour suivre en temps réel la longueur des files, déclencher des alertes en cas de surcharge et reconfigurer les files ou ouvrir des postes supplémentaires avant que la congestion ne s’installe. « Des aéroports comme Bordeaux adoptent des technologies éprouvées, qui s’intègrent naturellement à leurs opérations et apportent une plus-value immédiate et concrète », affirme Raul Bravo, président et cofondateur d’Outsight, pour qui « l’usage de la Physical AI est devenu un standard dans la manière dont les aéroports modernes, quels qu’ils soient, opèrent ».

Une vague d’IA dans les terminaux du monde entier

L’initiative bordelaise s’inscrit dans une dynamique mondiale où les aéroports s’équipent de solutions d’intelligence artificielle pour maîtriser des flux toujours plus denses, avec des ressources humaines souvent contraintes. En combinant données de flux, informations de vols et outils de planification des effectifs, ces plateformes cherchent à réduire les temps de passage aux contrôles, limiter les retards induits par les engorgements et améliorer la perception globale du voyage par les passagers. « La gestion des flux passagers, appuyée par la donnée et l’intelligence artificielle, s’impose progressivement comme un levier central de performance opérationnelle », résume Bordeaux Aéroport dans son communiqué.

Bordeaux Aéroport mise sur l’intelligence artificielle pour fluidifier ses terminaux et réduire les temps d’attente des passagers 1 Air Journal

©Outsight – Aéroport de Bordeaux