Confrontée à une envolée sans précédent du prix du kérosène depuis le déclenchement de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, United Airlines va retirer environ 5 points de capacité de son programme 2026, essentiellement en périodes creuses et sur certaines liaisons internationales. 

Dans un message adressé aux salariés, Scott Kirby ne minimise pas l’ampleur du choc provoqué par la flambée du carburant aérien, dopée par la guerre au Moyen-Orient. Selon lui, le prix du kérosène a plus que doublé depuis le début de l’offensive militaire israélo-américaine contre l’Iran le 28 février, dans le sillage d’un baril de brut et de produits raffinés propulsés par les tensions sur l’offre. «Si le prix reste à ce niveau, cela signifiera 11 milliards de dollars de dépenses annuelles supplémentaires uniquement pour le kérosène», a prévenu le patron de la compagnie américaine, en évoquant un scénario où le cours du pétrole grimperait jusqu’à 175 dollars le baril et ne repasserait pas sous les 100 dollars avant fin 2027. D’après les données de l’Association internationale du transport aérien (IATA), le prix moyen mondial du jet fuel a récemment bondi pour atteindre environ 175 dollars le baril, soit une hausse de plus de 80% en un mois, sous l’effet combiné des frappes, de la fermeture partielle du détroit d’Ormuz et des contraintes de raffinage.

Une réduction «tactique» des capacités, ciblée sur les périodes creuses

Face à ce mur de coûts, United Airlines renonce à une partie de sa croissance mais veut le faire «avec scalpel» plutôt qu’à coup de hache. «À court terme, cela signifie une suppression tactique des vols qui ne sont pas rentables temporairement à cause des cours élevés du pétrole», explique Scott Kirby dans son message interne. Concrètement, la compagnie prévoit de retrancher environ 3% de capacités sur les périodes dites creuses – vols de nuit, mardis, mercredis et samedis – aux deuxième et troisième trimestres, en ciblant les liaisons les plus sensibles au prix du carburant et à la faiblesse de la demande hors pics.

À ces ajustements s’ajoute un retrait d’environ 1 point de capacité à l’aéroport O’Hare de Chicago, l’un de ses principaux hubs, une réduction qui interviendra une fois les procédures avec la Federal Aviation Administration (FAA) finalisées. United maintient par ailleurs la suspension de ses vols vers Tel Aviv et Dubaï, ce qui représente environ 1 point de capacité supplémentaire, portant le total de la réduction à quelque 5 points par rapport au programme initialement prévu pour l’année. «C’est donc environ 5% des capacités annuelles qui vont disparaître à court terme et notre plan actuel est de rétablir une programmation complète à l’automne», insiste Scott Kirby.

Paradoxalement, cette réduction de voilure intervient alors que la demande de transport aérien reste extrêmement robuste du côté de United. La compagnie affirme avoir enregistré les dix meilleures semaines de réservations de toute son histoire, signe que les envies de voyages des ménages américains et internationaux résistent pour l’heure à la dégradation du contexte géopolitique. «Nous avons le temps et le luxe de pouvoir traverser la tempête et de rester concentrés sur l’avenir», assure Scott Kirby, qui doit présenter à Los Angeles la prochaine phase du développement de la flotte.

Préserver l’outil industriel : pas de reports d’avions ni de chômage technique

L’un des messages clés adressés par United à ses équipes est qu’il ne s’agit pas d’un plan d’austérité généralisé mais d’un ajustement ciblé pour ne pas «brûler du cash» sur des vols devenus non rentables. « Beaucoup d’entre vous se souviennent que, par le passé, lorsque des nuages noirs se sont amoncelés, United a licencié, reporté des commandes d’avions, rétrogradé vers des jets régionaux, lancé des plans d’économies drastiques, décalé des investissements », écrit Scott Kirby, avant d’ajouter : « Nous n’allons PAS faire cela cette fois-ci. »

L’ajustement décidé par United Airlines s’inscrit dans un contexte plus large où la flambée du kérosène rebattrait les cartes dans le transport aérien mondial, comme ce fut le cas lors d’autres chocs pétroliers. Selon les calculs de l’IATA, le carburant représente habituellement entre 20% et 30% des coûts d’exploitation des compagnies ; lorsque les prix se mettent à flamber, l’équation économique de nombreuses liaisons se dégrade rapidement, en particulier pour les transporteurs peu couverts ou très exposés aux longs détours imposés par les fermetures d’espace aérien.

United Airlines réduit légèrement ses capacités face au choc du kérosène 1 Air Journal

©Aéroport de Faro