Deux jours après la collision mortelle entre un CRJ900 d’Air Canada Express et un camion de secours sur la piste 4 de l’aéroport new‑yorkais de LaGuardia, les enquêteurs ont récupéré les enregistreurs de vol et commencent à reconstituer, seconde par seconde, le déroulé d’un accident survenu en phase d’atterrissage, pourtant réputée maîtrisée.

Dans la nuit du 22 au 23 mars, le vol Air Canada Express 8646, opéré par Jazz Aviation en CRJ900 entre Montréal et New York, se pose à LaGuardia sur la piste 4 vers 23 h 37, heure locale. L’appareil, un biréacteur régional MHIRJ (ex‑Bombardier) CRJ900, transporte environ 72 passagers et 4 membres d’équipage.

Alors que la phase d’atterrissage semble se dérouler normalement, le jet percute, sur la même piste, un véhicule de pompiers d’Aircraft Rescue and Firefighting (ARFF) dépendant de la Port Authority, engagé pour intervenir sur un incident distinct impliquant un avion de United Airlines ayant avorté son décollage sur une autre piste. Sous la violence du choc, la partie avant du CRJ est littéralement arrachée et le fuselage bascule en arrière, l’avion se retrouvant posé sur sa queue, tandis que le camion de pompiers est retourné et méconnaissable sur les images diffusées au petit matin.

Boîtes noires récupérées, enquête en phase d’exploitation des données

Très vite, le National Transportation Safety Board (NTSB) dépêche une équipe sur place, rejointe par le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST/TSB), compétent en raison de l’exploitant canadien. Les enquêteurs confirment avoir récupéré les deux enregistreurs, le cockpit voice recorder (CVR) et le flight data recorder (FDR), transférés au laboratoire du NTSB à Washington.

Selon la présidente du NTSB, Jennifer Homendy, les équipes de secours ont dû « couper un trou dans le toit de l’appareil et descendre à l’intérieur » pour atteindre les enregistreurs, l’avion reposant en position anormale sur sa queue. Le CVR est « intact » et exploitable, tandis que le FDR fait encore l’objet de vérifications techniques, mais les enquêteurs espèrent disposer rapidement de données précises sur les paramètres de vol, les commandes et la trajectoire au moment du choc.

Une vitesse d’atterrissage au cœur des interrogations

Les premières informations publiques sur la vitesse de l’appareil demeurent prudentes et parfois contradictoires, reflet d’un stade encore préliminaire de l’enquête. Des responsables informés du dossier sur des sites spécialisés, évoquent une vitesse sol élevée, de l’ordre d’environ 151 mph (plus de 24 km/h) au moment de la collision, ce qui correspondrait davantage à une phase de décélération encore significative après le toucher des roues d’un CRJ900 sur une piste relativement courte comme la 4 de LaGuardia. Le NTSB n’a toutefois pas confirmé de valeur officielle, rappelant que « l’analyse des enregistreurs de vol est en cours » et que toute donnée chiffrée restera provisoire tant que le FDR n’aura pas été pleinement exploité.

Le scénario opérationnel : un camion autorisé à traverser la piste

Selon les notices aux aviateurs (NOTAM) et les premières déclarations des autorités, le camion d’intervention, rattaché aux services de secours aéroportuaires, se rendait vers un avion de United Airlines ayant interrompu son décollage sur la piste 13 lorsque l’accident s’est produit. L’ARFF aurait reçu une autorisation de traverser ou d’occuper la piste 4, sur laquelle était en train de se poser le CRJ900 d’Air Canada Express.

Des extraits présumés des communications radio, relayés par plusieurs médias, laissent entendre un contrôleur lancer, quelques secondes avant l’impact, « Truck One, stop, stop, stop! » puis adresser à l’équipage : « JAZZ 646, je vois que vous êtes entré en collision avec le véhicule »

. Là encore, c’est l’écoute et la transcription intégrale des enregistrements ATC officiels, couplées aux données radar sol, qui permettront d’établir précisément la chronologie et le contenu des autorisations, ainsi que la réaction éventuelle de l’équipage à un dernier ordre d’interruption ou d’alerte.

Un bilan humain lourd : deux pilotes tués, une hôtesse éjectée

Le bilan humain est particulièrement lourd pour un accident survenu en phase de roulage : le commandant de bord et le copilote, installés aux commandes dans un cockpit qui a littéralement été disloqué, sont décédés sur le coup. Deux pompiers présents dans la cabine avant du camion ont été grièvement blessés mais ont survécu, éjectés du véhicule lors du choc selon les premiers témoignages.

Parmi le personnel navigant commercial, une hôtesse de l’air assise sur le jumpseat avant a été projetée hors de l’avion, toujours sanglée à son siège, après la destruction de la partie nez, mais a survécu et a été prise en charge en milieu hospitalier. Au total, les autorités évoquent environ 41 personnes transportées vers des hôpitaux de la région, dont 9 blessés graves et plus de 30 blessés légers parmi les passagers.

Conditions météo et facteurs environnementaux

Au moment de l’accident, LaGuardia était confronté à des conditions météorologiques dégradées, avec brouillard et brume réduisant la visibilité à environ 3,5 milles nautiques. Pour un aéroport dense et contraint comme LaGuardia, où les pistes sont relativement courtes et les marges opérationnelles limitées, la combinaison d’une activité intense, d’une météo marginale et d’interventions de secours en cours accroît la complexité de la gestion du trafic.

Les enquêteurs vont examiner l’état des aides lumineuses et au sol (balises, marquages, feux de piste et de voie de circulation), ainsi que l’utilisation éventuelle de systèmes de surveillance de surface type ASDE ou ASDE‑X permettant de détecter en temps réel les incursions de piste. L’analyse de ces paramètres sera mise en perspective avec la charge de travail des contrôleurs, les procédures en vigueur pour les véhicules de secours et la coordination interservices au moment de l’incident United qui a déclenché la mobilisation du camion.

Une piste 4 fermée et un aéroport durablement perturbé

À la suite de la collision, la piste 4 de LaGuardia et plusieurs voies de circulation adjacentes, dont la taxiway D, ont été immédiatement fermées, un NOTAM signalant une fermeture « pour plusieurs jours » en raison de la présence d’un vaste champ de débris. Le NTSB évoque une « quantité énorme de débris » disséminés sur la piste et la taxiway D, ainsi que des préoccupations liées à d’éventuels matériaux dangereux transportés par le véhicule de secours.

La fermeture prolongée d’une piste clef de LaGuardia, aéroport urbain à la capacité déjà saturée, entraîne des perturbations significatives pour les compagnies aériennes et les passagers, avec annulations, retards en chaîne et diversions vers les autres plateformes new‑yorkaises. Les travaux de dégagement, d’inspection et de remise en état des infrastructures ne pourront s’achever qu’une fois la collecte de preuves jugée suffisante par les enquêteurs, l’intégrité de la scène d’accident restant une priorité.

 

Deux pilotes tués, une hôtesse éjectée, des blessés graves : retour sur l’accident du CRJ900 à New York 1 Air Journal

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