Au moment où les incidents de circulation au sol se multiplient aux États‑Unis, la Federal Aviation Administration (FAA) vient de mettre à jour sa cartographie des « hot spots », ces zones d’aérodrome présentant un risque accru d’incursion de piste, dans plus de 150 aéroports civils et militaires du pays. Une liste qui inclut les grands hubs de New York, San Francisco, Chicago ou Atlanta et rappelle que la sécurité des opérations au sol demeure l’un des maillons les plus sensibles de l’aviation commerciale américaine.

Des « hot spots » sur plus de 150 aéroports américains

Dans sa dernière mise à jour, la FAA recense plus de 150 « airport surface hot spots » répartis sur l’ensemble du territoire, couvrant des aéroports civils, militaires et des plateformes accueillant l’aviation d’affaires. L’agence décrit un hot spot comme « une zone de l’aire de mouvement d’un aérodrome présentant un historique ou un risque potentiel de collision ou d’incursion de piste et où une attention accrue des pilotes et conducteurs est nécessaire ».

Concrètement, il s’agit de points du terrain où la combinaison de la conception des taxiways, de la proximité des pistes, de la signalisation ou des flux de trafic rend les erreurs plus probables. La FAA précise que ces zones restent répertoriées tant que le risque n’a pas été réduit ou éliminé, par exemple après une modification de l’infrastructure, de la signalisation ou des procédures.

Les grands hubs dans le viseur

Parmi les plateformes concernées figurent certains des aéroports les plus fréquentés au monde : New York–LaGuardia (LGA), John‑F.‑Kennedy (JFK), Newark‑Liberty (EWR), Chicago O’Hare (ORD), Chicago Midway (MDW), Hartsfield‑Jackson Atlanta (ATL) ou encore San Francisco International (SFO). À San Francisco, la FAA signale plusieurs zones problématiques, notamment là où pistes et voies de circulation se croisent et où la lecture de la signalisation peut prêter à confusion, en particulier de nuit ou en conditions de forte charge.

La Californie illustre à elle seule la densité du trafic américain : 34 aéroports de l’État apparaissent sur la liste actualisée. Cette concentration reflète la pression opérationnelle dans une région où se côtoient hubs internationaux, plateformes régionales et aérodromes très fréquentés par l’aviation générale.

Les incursions de piste, menace persistante

Au sens de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), une incursion de piste est « tout événement survenant sur un aérodrome impliquant la présence indue d’un aéronef, d’un véhicule ou d’une personne dans la surface protégée d’une piste destinée aux décollages et atterrissages ». La FAA reprend une définition similaire et classe ces incursions selon plusieurs catégories de gravité, des simple erreurs de trajectoire aux quasi‑collisions (catégories A et B).

Les facteurs de risque sont bien documentés : géométrie complexe des taxiways, intersections angulaires, pistes qui se croisent, marquages ambigus, éclairage insuffisant ou encore encombrement des aires de trafic. Un rapport récent, fondé sur l’analyse de plus de 400 aéroports américains entre 2021 et 2024, montre que quelques plateformes concentrent une part importante des incursions les plus graves, notamment Chicago Midway, Boston Logan ou Chicago O’Hare.

San Francisco et l’ombre des quasi‑catastrophes

San Francisco International est devenu, ces dernières années, un cas d’école des risques liés aux opérations de nuit et aux pistes parallèles rapprochées. Le 7 juillet 2017, un Airbus A320 d’Air Canada (vol AC759) a failli se poser par erreur sur un taxiway occupé par quatre avions en attente de décollage, après avoir aligné l’appareil sur la voie de circulation parallèle à la piste 28R. L’équipage n’a remis les gaz qu’à une soixantaine de pieds du sol, survolant de très près deux des appareils au sol.

L’enquête a conclu que la performance de l’équipage constituait la cause directe de l’incident, mais elle a également mis en lumière le rôle de la configuration de SFO – pistes parallèles serrées, taxiways adjacents, fermeture temporaire d’une piste – dans la charge de travail des pilotes. Depuis, la FAA et l’aéroport ont renforcé les procédures, la signalisation et la sensibilisation des équipages aux risques de confusion entre piste et taxiway.

Une réponse systémique de la FAA

Face à la persistance des incursions, la FAA a fait des hot spots un outil central de sa politique de prévention. Ces zones sont désormais systématiquement représentées sur les cartes d’aéroport officielles, avec une symbologie standardisée destinée à attirer l’attention des pilotes et des contrôleurs lors de la préparation du roulage.

L’agence rappelle que « l’identification des hot spots doit permettre aux usagers de planifier le cheminement le plus sûr possible sur et autour d’un aéroport ». Les descriptions de ces zones et les mesures associées sont révisées sur un cycle de 28 jours, en fonction des travaux, des incidents rapportés et des retours des compagnies. Parallèlement, la FAA travaille sur les « runway confusion events » – événements de confusion de piste – en harmonisant les cartes, les marquages et les procédures de communication radio.

FAA : plus de 150 aéroports américains identifiés comme « zones à risque » sur les pistes 1 Air Journal

©Chicago Midway Airport